LABISO laboratoire des innovations sociales  

Double cahier Labiso
Périodique N°103
Culture, art et travail social: un rendez-vous à ne pas manquer!
L’approche culturelle dans la formation des assistants sociaux

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Nous remercions, pour son soutien actif, Eliane Tillieux, la Ministre de la Santé, de l'Action sociale et de l'Egalité des chances.

Comment valoriser l’intérêt d’une approche culturelle dans le travail social d’aujourd’hui ? La logique de l’Etat social actif fait peser une pression croissante à l’intégration, à l’insertion et au contrôle sur les épaules des travailleurs sociaux. Pour s’en libérer autant que pour affirmer l’importance des droits culturels à côté des droits économiques et sociaux, certains cherchent, innovent et introduisent l’art et la culture dans leurs pratiques. Au sein de l’asbl Culture et Démocratie, un groupe de formateurs explore depuis quelques années les enjeux de cette évolution pour la formation des travailleurs sociaux.

Chapitre 5 : Prospective

Publication inédite (édition in extenso). Langue : français.
Date de publication : 30/12/2009
Etat d'avancement du travail : Terminé.

Classification : SCIENCES SOCIALES / ASSISTANCE SOCIALE

Mots clés : Culture, art, travail social, Bruxelles, démocratie, Unesco, Biot, Liège

Publication de l'ouvrage : Mr. Benjamin Lachterman le 30/12/2009 à 07:33
Dernière modification : Mr. Benjamin Lachterman le 14/02/2010 à 10:33
Dispose des droits sur la publication.

Publication de la page : Mr. Benjamin Lachterman le 30/12/2009 à 20:51
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Contact : Culture et Démocratie - A.S.B.L. => contactez-les ici

Marie Poncin
Tél. : 02 502 12 15
Fax. : 02 512 69 11
Site Web : http://www.cultureetdemocratie.be
Rue Émile Feron, 70
1060 Saint Gilles
Bruxelles BELGIQUE

 

Pour tracer les contours d’une formation des futurs assistants sociaux qui intègre pleinement la dimension culturelle, le groupe de travail s’est livré à un exercice: identifier les aptitudes à valoriser chez les futurs intervenants sociaux et les dispositifs formatifs les plus susceptibles d’ouvrir à ces aptitudes.


Des aptitudes « humanistes »

Agir en professionnel « autonome » est l’un des points cardinaux qui ressort de l’exercice. Cette aptitude suppose à la fois d’avoir confiance en soi et d’être capable de remise en question. En effet, une autre aptitude soulignée est celle qui consiste à « avoir conscience personnellement et socialement de ce que l’on est », soit du bagage culturel que l’on transporte et qui rejaillit, immanquablement, à travers nos représentations et nos actions. Il s’agit en somme de faire preuve de recul et de réflexivité sur ses pratiques, soit deux démarches susceptibles d’amener des remises en question. L’indépendance est un autre trait mis en évidence. Il s’agit ici « d’avoir des idées, de les exprimer et d’être capable d’alimenter un débat. »

Au rayon du savoir-être professionnel, la « tolérance » est mise en avant. La tolérance non pas comme forme de politesse, mais comme attitude d’ouverture aux différences. Non pas pour accréditer d’emblée celles-ci, mais pour pouvoir entendre l’autre et, le cas échéant, discuter ces différences.

Jeter les bases d’un travail culturel, c’est aussi commencer par offrir un accueil véritable, digne. Les futurs professionnels devront être capables de considérer toute personne comme sujet de droits et de les accompagner dans le renforcement de leur capacité à les faire valoir.

Consubstantiellement, il s’agit de développer de façon générale « l’ouverture sur le monde », assortie d’une « curiosité » toujours entretenue pour ce qui se passe ailleurs – fût-ce juste à côté. De ce fait, une certaine mobilité, géographique et d’esprit, est requise ainsi que la capacité d’entrer en relation avec ses pairs sur le mode de l’échange (entre étudiants, entre assistants sociaux, entre enseignants, entre professionnels de diverses disciplines amenés à collaborer).

Si la formation des assistants sociaux considère depuis ses débuts qu’il s’agit pour eux d’être des acteurs de changement, le groupe de travail y adjoint aujourd’hui les qualificatifs « créatif » et « investi ». La créativité, la capacité à inventer, la place à accorder à la subjectivité, aux émotions et au sensible, la rigueur qu’exige la représentation et la mise en forme sont des compétences prioritaires. Sans oublier les dimensions de militance et de résistance, être « acteur de changement créatif et investi » signifie désormais aussi « être capable de construire, d’inventer, d’expérimenter des méthodologies d’intervention » au cas par cas. Il s’agit de se placer dans une dynamique d’innovation plus que de reproduction des classiques.

Sortir d’une conception uniquement sectorielle du métier suppose de pouvoir faire preuve de « décloisonnement, de transversalité et de transdisciplinarité », estime enfin le groupe de travail.

Face à ces différentes aptitudes, le débat pour une formation ouverte à la culture semble être une occasion de revenir sur les fondamentaux du métier et des missions des assistants sociaux.


Dispositifs de formation

La formation des assistants sociaux doit plus certainement reposer sur des croisements disciplinaires, comme par exemple intégrer la culture dans le cours de droit et vice versa. Au-delà d’une mise en dialogue de disciplines différentes, il s’agit de pousser la recherche de sens jusqu’à intégrer et articuler les différentes approches méthodologiques traditionnellement classées en trois catégories: individuelles, de groupe et communautaires. Soit, amener les futurs assistants sociaux à se demander comment prendre en compte ces trois dimensions en même temps dans leur travail. L’approche culturelle est à ce prix!



© Frédéric Pauwels (http://www.fredericpauwels.be)


Les didactiques privilégieront absolument les approches par projet et les démarches inductives qui prennent pour point de départ de la construction des savoirs les expériences et les points de vue des étudiants. C’est dans le cadre de ces projets qu’il faudra multiplier les expériences ou le partage de projets culturels et artistiques. Pour ce faire, il sera nécessaire de rechercher la collaboration des professionnels des arts et de la culture.

Corollaire de cette plus grande diversité didactique, l’expérimentation et la formation sur terrain occuperont une place beaucoup plus importante, y compris pour les enseignants. Pour ce faire, sans la faire disparaître, la place de la théorie sera réduite et son enseignement inséré dans un dialogue permanent avec la pratique.

Dans le même esprit, certains évoquent un allongement du temps de la formation ainsi que le renforcement de la possibilité d’y accéder plus tardivement dans un parcours de vie. Une manière de valoriser des parcours variés, riches déjà d’expériences de vie et professionnelles.

L’institution scolaire s’ouvrira à des collaborations disciplinaires variées afin de former à l’interdisciplinarité en commençant par l’exemple: opérateurs culturels, artistes, spécialistes des droits culturels et humains, architectes, urbanistes, spécialistes des droits culturels et humains… seront sollicités et intégrés dans la formation.

L’évaluation certificative cédera le pas sur l’évaluation formative, reposant sur un dialogue entre étudiants et enseignants. Cette évolution contribuera au développement d’une culture de la parole libre des étudiants comme antidote à la violence institutionnelle.

L’approche interculturelle sera plus présente dans le cursus, encouragée notamment par une plus grande mobilité des étudiants et des enseignants (rencontres entre établissements, échanges internationaux…).

À l’autonomie comme aptitude des futurs assistants sociaux répond l’autonomie formative des enseignants. Leur capacité à être acteurs et producteurs des formations en dehors de toute instrumentalisation liée à la commande politique doit être garantie et renforcée. Pas pour ignorer cette dernière mais pour maintenir une éthique propre et pouvoir entrer en débat contradictoire d’égal à égal, comme une forme de contre-pouvoir.

En une formule, les écoles sociales seront des « lieux de vie qui permettent la confrontation des subjectivités des étudiants et des enseignants ».