Double cahier Labiso
Périodique N°105
Les relais sociaux wallons s'interrogent sur les freins à l'accueil et à l'hébergement des sans-abri

Sommaire



 
 
Pendant deux ans, six chercheurs engagés par les six relais sociaux wallons ont travaillé à identifier les freins à l'accueil d’urgence et à l'hébergement des personnes sans-abri en Région wallonne et à réfléchir à des pistes d'actions afin d'y remédier. Une série de recommandations se sont dégagées de leurs recherches.

Chapitre 2 : Des chercheurs dans les relais sociaux pour identifier les freins à l’accueil et à l’hébergement des sans-abri

Publication inédite (édition in extenso). Langue : français.
Date de publication : 14/02/2010
Etat d'avancement du travail : Terminé.

Classification : SCIENCES SOCIALES / ASSISTANCE SOCIALE

Mots clés : relais, sociaux, Namur, action, sociale, hébergement, logement, sans-abri, sans, abri, abris, précarité, rue, sdf, dal, Charleroi, Mons, Liège, santé, lits, lit

Publication de l'ouvrage : Mr. Pierre-Yves Krywicki le 14/02/2010 à 10:35
Dernière modification : Mr. Pierre-Yves Krywicki
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Publication de la page : Mr. Pierre-Yves Krywicki le 14/02/2010 à 12:04
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Des relais sociaux en Wallonie pour lutter contre la précarité


C’est au début des années 2000 que les relais sociaux ont vu le jour en Wallonie afin d’aider les personnes en détresse sociale en coordonnant les services existants. Ce dispositif de lutte contre la précarité et l’exclusion sociale se caractérise non seulement par sa prise en compte de l’après-urgence – il tente d’être un maillon dans la chaîne urgence sociale-insertion – mais aussi par le fait qu’il s’appuie sur le tissu institutionnel et associatif préexistant sur un territoire. En effet, avec les relais sociaux, il ne s’agissait pas de créer un nouveau service, mais bien de coordonner et renforcer les services existants. Ils sont constitués à la fois d’opérateurs publics (CPAS, villes et communes) et issus du tissu associatif (restos du cœur, structures d’hébergement, centres d’accueil de jour et de nuit…).
Six relais sociaux wallons (Liège, Verviers, Namur, Charleroi, La Louvière et Mons-Borinage) se sont structurés autour de quatre pôles:
  • un pôle accueil de jour, où peuvent notamment s’organiser des actions d’insertion sociale;
  • un pôle accueil de nuit, en lien avec un ou plusieurs lieux d’accueil;
  • un pôle travail de rue, qui a pour but de nouer ou renouer le contact;
  • un pôle urgence sociale, afin de répondre aux demandes fondamentales urgentes.
Un septième relais social a été mis sur pied cette année dans la zone de Tournai.


Un public diversifié, des missions multiples


Le public-cible des relais sociaux? Une population variée en précarité sociale aiguë: personnes sans-abri, toxicomanes, personnes ayant des troubles de santé mentale…
Parmi les missions des relais sociaux, citons celles-ci: permettre un espace de réflexion, d’échanges d’information et de communication entre les partenaires, organiser la mise en réseau, développer des propositions permettant de répondre aux difficultés vécues tant par le public cible que par les différents partenaires, permettre la réalisation de diverses initiatives et projets des différents partenaires notamment en les subsidiant, développer et coordonner des projets partenariaux, permettre la mise sur pied de formations et supervisions des travailleurs du réseau ou encore interpeller les décideurs politiques sur les problématiques rencontrées. Avec, en toile de fond, une attention particulière à la participation des usagers dans l’ensemble des initiatives menées. Les relais sociaux ont également un rôle d’étude et de collecte de statistiques. Chacun d’entre eux est chargé « d’observer, de former, d’évaluer et de susciter la participation des usagers. De par leur mission d’observation, les relais sociaux sont chargés, outre leur rôle de coordination, d’assurer un rôle d’études et de tenue de statistiques ».
Dans la poursuite de ces multiples objectifs, chaque relais social a avancé à son propre rythme, avec ses propres contraintes, ses propres développements. D’où des situations parfois inégales entre les six villes passées ici à la loupe en ce qui touche l’avancement dans ce travail en réseau.



Des chercheurs pour identifier les freins à l’hébergement des sans-abri


Chaque relais social a développé ses propres projets et solutions pour faire face aux besoins d’hébergement des sans-abri. Mais il reste de nombreux freins à l’accès à l’hébergement et toute personne dans le besoin ne trouve pas une place dans un abri de nuit ou une maison d’accueil. Les raisons peuvent être nombreuses et varient selon les arrondissements: manque de places dans les structures, présence d’animaux de compagnie, familles avec enfants, illégaux, jeunes en rupture, problèmes de santé mentale, violence, refus du règlement d’ordre intérieur…
C’est pourquoi, dans le courant du premier semestre 2008, le ministre de l’Action sociale, de la Santé et de l’Égalité des chances en Région wallonne a initié un projet de recherche portant sur cette problématique. L’objectif? Identifier les freins à l’accueil d’urgence et à l’hébergement des personnes sans-abri en Région wallonne et réfléchir à des pistes d’actions afin d’y remédier. Des recommandations devront être adressées au Gouvernement wallon, recommandations qui pourraient aboutir à des changements législatifs si cela s’avère nécessaire.
Cette recherche a été prise en charge par six relais sociaux wallons, via l’engagement de personnes chargées d’étude sous statut APE. Elle a démarré au printemps 2008. Pour chaque relais social, un rapport intermédiaire a été rendu en octobre 2008, suivi en mai 2009 d’un rapport final établissant un relevé des freins et des pistes de solutions au niveau local. Une année supplémentaire a été accordée aux chercheurs afin qu’ils approfondissent l’état des lieux de la problématique et leurs propositions de solutions communes, cela pour octobre 2009.
Rapidement après le lancement de la recherche, un besoin de coordination entre les chercheurs s’est fait sentir. L’Agence Alter a alors été sollicitée pour mettre en place un accompagnement méthodologique des chercheurs et, ainsi, les aider à mettre en perspective les différents enseignements dégagés par chacun.


D’un contexte à l’autre… Vers une méthode commune


Les chercheurs attachés aux relais sociaux ont tous partagé le même canevas de départ, défini dans le cadre du Comité d’Accompagnement de la recherche:

Canevas pour la rédaction du travail sur les freins à l’accueil d’urgence et l’hébergement des grands précarisés:
  • identifier et quantifier les ressources;
  • identifier et quantifier, si possible, les demandes d’accueil d’urgence et d’hébergement en maison d’accueil et abri de nuit;
  • identifier les raisons pour lesquelles les SDF et grands précarisés ne sont pas ou ne peuvent pas être accueillis en abri de nuit ou en maison d’accueil: raisons tenant à l’organisation de l’établissement, raisons tenant à l’organisation du réseau, raisons tenant aux demandeurs (raisons objectives et subjectives), autres raisons.

Malgré ce canevas commun, il va sans dire que chacun a évolué dans un cadre distinct. D’une part, les enjeux sont très différents d’une ville à l’autre. Dans les plus grosses villes, telles que Liège et Charleroi, on a tendance à voir s’intensifier la demande dans l’accès à l’hébergement. Par ailleurs, le cadre de travail, le contexte institutionnel de chaque relais social, mais aussi de chaque réseau local d’hébergement a impliqué des démarches différentes.
Si les objectifs à atteindre étaient similaires, les chercheurs ont eu recours à des méthodes de recherche différentes, en cumulant différentes techniques: questionnaire, entretien individuel semi-directif, entretien individuel informel, focus-group et immersion avec observation participante dans des structures d’hébergement (abris de nuit, maisons d’accueil, service logement d’un CPAS par exemple).
Deux outils ont été mis en œuvre par l’Agence Alter afin d’assurer l’accompagnement du travail des chercheurs:
  • la confection et la mise en route d’un site internet d’échange et d’archivage des documents afin de dynamiser le partage des ressources;
  • l’organisation d’une série de réunions d’intervision entre chercheurs, occasions d’échanges sur les aspects méthodologiques et pratiques, sur les hypothèses et résultats de chacun.


Circonscrire la question de l’hébergement


Le premier objectif des intervisions a été de définir des pistes d’analyse quantitative et qualitative communes et, de la sorte, d’harmoniser le contenu des recherches. Quelques remarques peuvent être faites à cet égard.
  • Premièrement, concernant le contour de l’objet de recherche: l’offre d’hébergement ne se limite pas aux abris de nuit, aux maisons d’accueil et aux maisons d’hébergement de type familial reconnus par le décret du 12 février 2004. Il faut prendre en compte d’autres types d’offres, qu’elles soient reconnues par le décret (maisons communautaires) ou non (locations supervisées, initiatives privées). Il existe aussi des « formes détournées d’hébergement », comme les hôpitaux psychiatriques, les urgences des hôpitaux, les prisons, les hôtels, mais aussi les squats, les campings… Si les abris de nuits et les maisons d’accueil constituent l’objet principal de cette recherche, ces autres formes d’hébergement ne doivent pas être oubliées.
  • Deuxièmement, il s’agissait de réfléchir à la problématique de l’hébergement en la replaçant dans son contexte plus global. Cela signifie, d’une part, prendre en compte la question de l’accès à un logement accessible et digne: les conditions imposées par le marché immobilier dans un contexte de crise du logement, mais aussi l’étendue du parc de logements à caractère social, insuffisant et souvent inaccessible aux sans-abri. D’autre part, cela a impliqué de faire le lien entre la question de l’hébergement et le contexte local du marché de l’emploi: le taux de chômage, la flexibilisation et la précarisation de l’emploi. Signalons entre autres l’apparition du phénomène des travailleurs sans-abri. Plusieurs catégories de populations sont aujourd’hui particulièrement touchées par ces évolutions: les jeunes, les sans-papiers, les femmes en ménage monoparental, les hommes âgés, les personnes handicapées…
  • Enfin, si l’analyse porte essentiellement sur les freins à l’hébergement, il est aussi apparu opportun de tenter de repérer les expériences positives, sur lesquelles pouvaient s’appuyer des propositions concrètes de solutions.
Le décret du 12 février 2004

En Wallonie, le décret du 12 février 2004 relatif à l’accueil, l’hébergement et l’accompagnement des personnes en difficultés sociales régit les services regroupés sous quatre catégories:
  • les abris de nuit
  • les maisons de vie communautaire
  • les maisons d’accueil
  • les maisons d’hébergement de type familial.

Le décret marque la disparition des termes “centres d’accueil” et “maisons maternelles”. Dans les maisons de vie communautaire et les maisons d’accueil, on peut distinguer des maisons accueillant des publics spécifiques tels que:
  • femmes accompagnées d’enfants
  • femmes éventuellement accompagnées d’enfants
  • hommes non accompagnés d’enfant(s)
  • tous publics (hommes seuls, femmes seules, couples, couples avec enfants ou encore familles monoparentales)

Source: Association des maisons d’accueil (AMA) - www.ama.be



L’objectif? Aboutir à des recommandations locales et régionales


La recherche s’est effectuée en trois temps. Un ensemble de constats a été identifié par les chercheurs des relais sociaux. Chacun s’est alors penché sur l’élaboration de pistes de solutions adaptées à son contexte local. En bref, il leur fallait répondre aux questions suivantes: quels freins? Quels acteurs sont concernés? Quelles mesures proposer et avec quels moyens? Troisième et dernière étape, se mettre ensemble afin d’identifier parmi ces pistes de solutions celles qui pouvaient être d’application pour l’ensemble de la région.
La rédaction de ce rapport par l’ensemble des chercheurs, en collaboration avec l’Agence Alter, constitue l’aboutissement de ce travail. À travers lui, ils présentent le fruit de leur recherche ainsi que les propositions de recommandations communes qu’ils adressent aux ministres concernés. Afin de faciliter la lecture et la compréhension de ce document, les recommandations élaborées par les chercheurs ont été regroupées selon différentes thématiques, qui constituent les chapitres qui suivent.


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