Pendant deux ans, six chercheurs engagés par les six relais sociaux wallons ont travaillé à identifier les freins à l'accueil d’urgence et à l'hébergement des personnes sans-abri en Région wallonne et à réfléchir à des pistes d'actions afin d'y remédier. Une série de recommandations se sont dégagées de leurs recherches.
Chapitre 6 : Et après l’hébergement?
Publication inédite (édition in extenso). Langue : français.
Date de publication : 14/02/2010
Etat d'avancement du travail : Terminé.
Classification : SCIENCES SOCIALES / ASSISTANCE SOCIALE
Mots clés : relais, sociaux, Namur, action, sociale, hébergement, logement, sans-abri, sans, abri, abris, précarité, rue, sdf, dal, Charleroi, Mons, Liège, santé, lits, lit
Publication de l'ouvrage : Mr. Pierre-Yves Krywicki le 14/02/2010 à 10:35
Dernière modification : Mr. Pierre-Yves Krywicki
Dispose des droits sur la publication.
Publication de la page : Mr. Pierre-Yves Krywicki le 14/02/2010 à 15:48
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Contact : Relais social du pays de Charleroi => contactez-les ici
Tél. : 071 50 67 31
Fax. : 071 50 69 36
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Hainaut BELGIQUE
La question du post-hébergement s’est posée à chacun des chercheurs. Le discours des responsables de centres d’hébergement, quant à la nécessité de développer des dispositifs post-hébergement, étant sensiblement similaire, nous avons choisi de sélectionner un seul intervenant pour illustrer la problématique. Un bref focus sur Verviers, via l’entretien réalisé avec un responsable de maison d’accueil, permettra donc d’illustrer et d’ancrer, dans la réalité, des recommandations à portée générale portant sur cette question.
L’accès au logement
D’une manière certaine, les difficultés ressenties par les sans-abri au sortir des centres d’hébergement représentent le symptôme évident de la crise du logement. Comment les personnes « précarisées » hébergées temporairement au cœur des structures d’accueil peuvent-elles accéder, à la fin de leur séjour, à un logement à la fois « décent » et accessible financièrement? La question est complexe, car elle implique de se pencher sur les difficultés d’accès aux logements sociaux (déjà largement documentées et expliquées dans les travaux ou articles consacrés à la problématique) ou bien encore sur les questions de l’accès et de l’insalubrité des logements du parc privé.
Les chercheurs recommandent à cet égard d’intensifier les liens entre les maisons d’accueil et les opérateurs du logement public (Associations de promotion du logement - APL, Agences immobilières sociales - AIS, Sociétés de logement de service public - SLSP).
« Ce qui me semble important, c’est la concrétisation de conventions avec les opérateurs du logement… Si on veut diminuer le temps d’attente pour entrer dans les maisons d’accueil, il faut en favoriser la sortie. Et comment en favoriser la sortie, alors que le post-hébergement existe déjà, mais qu’il souffre d’un manque de partenariat par rapport au logement? Si on pouvait avoir des projets qui vont vers des batteries de logements qui chaque année sont mis à disposition des APL par les SLSP ou les AIS, automatiquement on diminuerait les refus en maisons d’accueil. Cela ne va pas nécessairement solutionner la problématique pour les personnes les plus précarisées ou qui souffrent de « dépendances », mais y a-t-il LA solution? Ce serait en tout cas une avancée que de favoriser des coopérations entre ces différents opérateurs du logement. »
Une nécessité d’accompagnement
La question du post-hébergement ne se limite pas à celle de l’accès au parc locatif. La vie en autonomie demande une part d’adaptation après la vie en rue, en abri de nuit et/ou en maison d’accueil. Or, la perte d’un logement après tout le travail d’accompagnement qui a été réalisé pour le trouver n’est pas rare et elle est vécue comme un lourd échec, tant par la personne que par les travailleurs sociaux. Le travail qui devra suivre afin d’acquérir une nouvelle fois ces prémices d’autonomie n’en sera que plus laborieux.
Les chercheurs ont noté qu’il était donc important de s’inscrire dans une démarche de prévention, afin d’éviter une rechute de la personne et un retour en rue ou en structure d’hébergement. Il est donc important d’assurer un accompagnement aux personnes qui retrouvent un toit. Comment accompagner au mieux les individus ou ménages afin qu’ils puissent gérer correctement un logement, se l’approprier, l’occuper, le conserver etc.?
La relation que la personne a établie au sein de la maison d’accueil est un outil précieux afin de maintenir le lien après l’hébergement et ainsi assurer un suivi. La rupture trop brutale de la vie en communauté pour une vie parfois imprégnée de solitude peut être évitée grâce à ce type de suivi post-hébergement.
« Puis, il y a les personnes qui quittent la maison d’accueil et demandent le post-hébergement et, là, le taux de récurrence est de quasiment zéro. »
Pour « permettre l’accès et surtout le maintien des personnes dans leur logement », les dispositifs potentiels du post-hébergement pourraient recouvrir plusieurs éléments:
- Le renforcement de l’aide à la recherche au logement pendant le temps d’hébergement (conseils juridiques, informations sur les droits et devoirs des locataires, accompagnements éventuels dans les démarches avec les propriétaires, etc.)
- En cas de “mise en autonomie”, un travail dans le nouveau milieu de vie peut être entrepris afin de faire face au phénomène de l’isolement et des difficultés de gestion du logement, etc.
Quels moyens pour le post-hébergement?
Par ailleurs, les chercheurs posent la question des moyens modestes alloués au post-hébergement (liés aux prescriptions de l’article 35 du décret).
« Le post-hébergement en maison d’accueil est un budget de 20000 euros indexé pour prendre normalement un temps plein éducateur A2 et/ou des frais de fonctionnement. Donc, c’est un plus, mais il a fallu aller chercher l’argent ailleurs pour développer notre activité (dans les APE, etc.). La subvention spécifique post-hébergement est insuffisante pour faire du post-hébergement. C’est plus une “prime d’encouragement”. »
Corollairement, la question des moyens implique de réfléchir à l’allocation de ces éventuelles nouvelles ressources. Le choix peut se poser de la manière suivante:
- Disposer, pour chaque centre d’hébergement, d’une cellule de post-hébergement systématique;
- Créer des nouvelles structures sur le modèle d’« Un toit à soi » (service de guidance à domicile pour les anciens résidents de la maison d’accueil des Petits Riens sur Saint-Gilles-Ixelles) ou de « La Trame » (structure destinée à suivre dans leur milieu de vie les personnes souffrant de troubles psychotiques, et ce après un passage en hospitalisation) dont la mission centrale serait le post-hébergement. Ce qui impliquerait un partenariat serré entre ces structures et les centres d’hébergement.

Camping SDF de Dampremy - système d’épuration des eaux.
Les chercheurs mettent également en évidence l’importance des alternatives à proposer aux personnes précarisées rencontrées dans les espaces publics, et qui souhaitent un « accompagnement logement » sans devoir passer par les structures d’accueil ou d’hébergement (cf. stratégies d’évitement des structures d’hébergement dans le chef de certains sans-abri).
« On doit s’inscrire très clairement dans la perspective d’un relais social, ce que nous faisons (…) Il faut renforcer le travail en direction des personnes qui refusent l’accompagnement social. Si on ne va pas vers eux, on ne les récupère plus. Elles ont besoin d’une aide extérieure, mais il faut que l’accroche passe d’abord par le biais du travail de rue. Il y a un constat là qui à Verviers m’interpelle. Il y a des choses inexploitées de ce point de vue. »
Développer des formes alternatives de logement
Les difficultés que peuvent éprouver certains sans-abri à s’insérer dans des structures d’hébergement et de logement « classiques » amènent les chercheurs à recommander que les pouvoirs publics (communes, Région wallonne) soutiennent les initiatives originales qui permettraient d’apporter des réponses plus adaptées à certains profils. Il est ainsi opportun de penser à des formes alternatives de logements, qui seraient un intermédiaire entre la vie collective des maisons d’accueil et la vie autonome et « solitaire » d’un logement. En effet, suivant les cas, un cadre de vie individuel peut être plus adapté, alors qu’à l’inverse l’habitat collectif ou groupé peut contribuer plus fortement à la stabilisation des sans-abri. Notons, toutefois, qu’il est essentiel de comprendre que la principale demande des personnes précarisées, demeure, dans le cadre de l’hébergement, une chambre individuelle.
Dans cette optique, les chercheurs estiment opportun de développer et soutenir le travail des Associations de promotion du logement (APL), ainsi que les maisons de vie communautaire. Par ailleurs, des formes alternatives de logement doivent être au cœur des préoccupations des acteurs concernés par l’hébergement des personnes précarisées. Différents dispositifs devraient être pris en compte:
- le co-logement;
- l’habitat intergénérationnel;
- les dispositifs spécifiques pour les personnes toxicomanes. Il s’agit ici de réfléchir notamment à cette recommandation issue d’une recherche résumant les expériences en la matière: « La constatation la plus importante que nous pouvons peut-être tirer de cette étude est le degré de réussite qui peut être atteint grâce à la démarche accordant la « priorité au logement ». Les études de cas dans le présent rapport montrent que la plupart des sans-abri, y compris ceux qui souffrent de toxicomanie et d’autres troubles concomitants, peuvent passer directement de la rue à un logement stable si on leur procure les bons services au moment où ils les demandent. Les résultats de cette étude montrent clairement que, si l’on vise à mettre un terme à l’itinérance, la démarche « priorité au logement » est la solution à adopter dans de nombreux cas. »;
- les dispositifs spécifiques pour les anciens détenus et pour les adolescents sortant des services résidentiels d’aide à la jeunesse, etc.
« Le post-hébergement doit s’articuler avec des logements. Je pense à nos logements dans lesquels on peut mettre des alcooliques chroniques de 20-30 ans. Le fait de les avoir ici permet de les stabiliser… Les rechutes des alcooliques parasitent la vie de groupe c’est un fait. Donc, c’est déjà bien d’être stabilisé dans un logement individuel, car lorsqu’il y a des dérapages, ça n’a pas de retombées sur un groupe. En logement individuel, privé, il y a un seuil de tolérance plus important, et pour autant que ça ne parasite pas d’autres locataires… Ainsi, une personne que l’on allait exclure du centre d’accueil a été acceptée dans un de nos logements individuels et ça a très bien fonctionné. »
(…)
« On doit malheureusement faire en sorte que les hommes soient, dans un premier temps, dans une structure communautaire, car pour certains hommes c’est une étape trop tôt. En effet, ils vont directement “squatter” et faire n’importe quoi, profiter de la liberté pour faire du n’importe quoi. Mais plus vite on peut aller vers un appartement individuel, au plus vite on obtiendra un bon résultat. Tandis que si on les laisse trop longtemps dans une structure communautaire, ils vont commettre, à un moment donné, le comportement non adapté qui fait qu’ils vont s’exclure. »
Recommandations
- Favoriser la création de maisons communautaires, de structures intermédiaires entre l’hébergement et le logement et à durée indéterminée (habitat solidaire, logement collectif, maison-relais ou pension de famille), de squats organisés…
- Assurer un accompagnement dans le logement, un suivi à domicile pour personnes sans-abri qui retrouvent un toit, renforcer le travail de post-hébergement par les maisons d’accueil en augmentant leurs moyens matériels et en personnel.
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