LABISO laboratoire des innovations sociales  

Double cahier Labiso
Périodique N°103
Culture, art et travail social: un rendez-vous à ne pas manquer!
L’approche culturelle dans la formation des assistants sociaux

Sommaire


Mon compte



 

Nous remercions, pour son soutien actif, Eliane Tillieux, la Ministre de la Santé, de l'Action sociale et de l'Egalité des chances.

Comment valoriser l’intérêt d’une approche culturelle dans le travail social d’aujourd’hui ? La logique de l’Etat social actif fait peser une pression croissante à l’intégration, à l’insertion et au contrôle sur les épaules des travailleurs sociaux. Pour s’en libérer autant que pour affirmer l’importance des droits culturels à côté des droits économiques et sociaux, certains cherchent, innovent et introduisent l’art et la culture dans leurs pratiques. Au sein de l’asbl Culture et Démocratie, un groupe de formateurs explore depuis quelques années les enjeux de cette évolution pour la formation des travailleurs sociaux.

Chapitre 1 : Le projet

Publication inédite (édition in extenso). Langue : français.
Date de publication : 30/12/2009
Etat d'avancement du travail : Terminé.

Classification : SCIENCES SOCIALES / ASSISTANCE SOCIALE

Mots clés : Culture, art, travail social, Bruxelles, démocratie, Unesco, Biot, Liège

Publication de l'ouvrage : Mr. Benjamin Lachterman le 30/12/2009 à 07:33
Dernière modification : Mr. Benjamin Lachterman le 14/02/2010 à 10:33
Dispose des droits sur la publication.

Publication de la page : Mr. Benjamin Lachterman le 14/02/2010 à 17:30
Bloc HTML non structuré n°85/1632#7 - Nombre de téléchargements : 943/5382

Contact : Culture et Démocratie - A.S.B.L. => contactez-les ici

Marie Poncin
Tél. : 02 502 12 15
Fax. : 02 512 69 11
Site Web : http://www.cultureetdemocratie.be
Rue Émile Feron, 70
1060 Saint Gilles
Bruxelles BELGIQUE

 





La culture est présentée ici dans le sens de la définition de l’Unesco sur les politiques culturelles (Déclaration de Mexico, 1982). « Dans son sens le plus large, la culture peut aujourd’hui être considérée comme l’ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs qui caractérisent une société ou un groupe social. Elle englobe, outre les arts et les lettres, les modes de vie, les droits fondamentaux de l’être humain, les systèmes de valeurs, les traditions et croyances. La culture donne à l’homme la capacité de réflexion sur lui-même. C’est elle qui fait de nous des êtres humains rationnels, critiques et éthiquement engagés. C’est par elle que l’homme s’exprime, recherche inlassablement de nouvelles significations et crée des œuvres qui le transcendent.

Naissance de Culture et Démocratie

« Culture et Démocratie. Peuvent-elles vivre l’une sans l’autre? L’objectif principal de toute société digne de ce nom étant l’épanouissement de la personne, la culture et la démocratie en sont les outils essentiels. Pour être mises en œuvre, elles requièrent la participation active de chacun. Une démocratie vivante, véritable, ne peut donc se passer de dimension culturelle. S’il a été vérifié que la culture peut exister (et même avec une certaine qualité) dans des régimes non démocratiques, elle n’y jouera jamais - par définition - de mission émancipatrice. » (Georges Vercheval, vice-président de Culture et Démocratie)

En 1993, Culture et Démocratie/Kunst en Democratie, mouvement pour une culture liée aux valeurs démocratiques, est créé. De nombreuses personnalités du monde artistique et culturel adhèrent à son manifeste qui revendique une place pour l’art dans l’enseignement, l’augmentation du volume global du financement public de la culture, une collaboration concrète entre les Communautés dans le domaine culturel, une plus large compétence culturelle aux villes et communes, et la reconnaissance des activités artistiques comme créatrices d’emploi et contribuant à la qualité de l’environnement social et économique. Ce mouvement rappelle qu’une société vit de sa capacité à se remettre en cause, à se repenser en fonction des réalités qu’elle rencontre et des objectifs qu’elle se fixe. Dans ce permanent effort de renouvellement, les activités artistiques et particulièrement la dynamique de création qui est à leur principe, occupent une position vitale.

En 1998, l’association bicommunautaire se réorganise sous la forme de deux entités linguistiques - Kunst en Democratie, renommée depuis 2008 en Demos, et Culture et Démocratie -, maintenant un lien et développant des missions en commun.




Depuis, Culture et Démocratie mène une réflexion critique à propos de la culture, de la démocratie et sur ce qui les relie. Elle encourage l’accès et la participation de tous à la vie culturelle, sans exclusion, et affirme le rôle de l’art dans l’épanouissement de la personne ainsi que l’exigence d’une place centrale et fondamentale pour la culture dans notre société. De 1996 à 2000, l’asbl a collaboré avec la Fondation Roi Baudouin à la campagne « Art 23 », destinée à soutenir des projets alliant la dimension artistique à une démarche d’émancipation sociale. En 1999 et 2000, elle a réuni un groupe de travail pour analyser la place de la culture et des conditions de développement des projets artistiques en milieu scolaire.

Depuis 2001, l’association réalise plusieurs missions. En tant que réseau, elle développe et consolide des passerelles entre les secteurs de la culture et les secteurs de l’éducation, du social, de la santé, du politique, etc. Elle organise des moments de réflexion et des espaces de rencontres, d’échange pour les acteurs de terrain, sous forme de groupes de travail, débats, conférences, colloques, formations… Culture et Démocratie propose des outils d’information et de sensibilisation aux enjeux que comportent ses axes de travail (Rapports et actes de rencontres, répertoires, guides, le Journal de Culture et Démocratie, la Lettre électronique de Culture et Démocratie, le centre de documentation, le site Internet). Enfin, elle relaie les attentes et requêtes des acteurs de terrain auprès des pouvoirs compétents.

Culture et Démocratie, le propos est très vaste! Aujourd’hui, l’asbl travaille prioritairement sur les thématiques d’action suivantes: Culture(s) et Citoyenneté, Politiques culturelles, Interculturalité, Culture(s) et Enseignement et Culture(s) et Solidarité. Le réseau de Culture et Démocratie rassemble des partenaires de toutes les disciplines du monde artistique et culturel, les reliant au monde de l’enseignement et à la mouvance sociale et associative. L’association rassemble également ceux qui travaillent isolément à des projets parallèles. Elle jette des ponts et réunit des mondes complémentaires…


Un groupe de travail sur la culture et la créativité dans la formation des travailleurs sociaux

Suite à la réalisation de différentes missions, de 2003 à 2007, confiées par le ministre de l’Intégration sociale visant à favoriser une implémentation optimale de la mesure concernant l’épanouissement culturel et sportif des usagers des CPAS - d’un montant annuel de 6.200.000 euros à l’époque -, à répartir entre les 589 CPAS belges -, Culture et Démocratie a développé une réflexion sur la formation « culturelle » des futurs travailleurs sociaux. En effet, une mise en œuvre durable et efficace des projets de participation culturelle au sein des CPAS nécessite une ouverture des travailleurs sociaux à la spécificité de ce type d’actions. Les écoles sociales sont donc les lieux privilégiés de sensibilisation au rôle de la culture dans le champ du social.

Depuis 2006, un groupe de travail, constitué d’enseignants en écoles sociales et d’acteurs culturels, mène une réflexion commune sur cette thématique. Au départ de plusieurs constats, des recherches et échanges d’expériences, il s’est fixé comme objectif de construire un argumentaire sur la nécessité d’introduire, de renforcer ou d’accorder plus de lisibilité aux pratiques culturelles dans la formation des travailleurs sociaux et d’aboutir à des propositions d’actions en matière de formation.


Le groupe

Paul Biot (Mouvement du Théâtre Action et Culture et Démocratie),
Baptiste De Reymaeker (Culture et Démocratie),
Isabelle Dorchain (Institut d’enseignement supérieur social, des sciences de l’information et de la documentation (IESSID) Haute École Paul-Henry Spaak, département social),
Bernadette Heinrich (Institut Cardijn de la Haute École de Louvain en Hainaut),
Frédéric Janus (Haute École de Namur, département social),
Marie Poncin (Culture et Démocratie),
Florence Pire (Haute École de Louvain en Hainaut),
Claire Walthéry (Haute École libre mosane/École supérieure d’action sociale (HELMO/ESAS)).

Trois événements fondateurs

En février 2007, à l’initiative de ce groupe de travail, un atelier basé sur les échanges de pratiques et d’expériences a été organisé autour d’un essai d’état des lieux à propos de l’initiation à la créativité et à la culture dans les onze écoles d’assistants sociaux de la Communauté française. Les onze écoles sociales francophones ont été contactées par courrier et par mail. Sept d’entre elles ont répondu. Cette recherche visait à identifier ce qui est mis en place dans les écoles sociales, au niveau du programme de cours et des stages, pour sensibiliser les futurs assistants sociaux à la culture et à la créativité.

Ensuite, en juillet 2007, Claire Walthéry, membre du groupe de travail et enseignante à la Haute École libre mosane (HELMO), a donné une communication sur La place des expressions créatrices dans la formation des travailleurs sociaux lors du Congrès Quelles formations aux métiers du social pour quel travail social? Son intervention traitait des rapports entre le travail social, la culture et l’art. Elle reprenait tout d’abord plusieurs constats, développés ci-dessous. Dans son texte, elle présente ensuite des propositions concrètes, basées sur un cadre éthique, pour donner une perspective culturelle à la formation des futurs travailleurs sociaux. Il ne s’agit pas en effet d’en faire des artistes mais des « passeurs de cultures », sensibilisés à ce que la créativité et la culture peuvent apporter au niveau individuel et au niveau collectif. L’accueil réservé à cette intervention a été enthousiaste et a débouché sur des échanges avec les participants à l’atelier. Ce texte a également été publié dans les actes du Congrès.

Dans la suite des actions menées, un survol de la littérature existante sur le sujet a été réalisé par Paul Biot, autre membre du groupe de travail. Son rapport (La formation culturelle des assistants sociaux) propose, en trois volets, des éléments de réponse aux questions suivantes: pourquoi intégrer la culture dans la formation des travailleurs sociaux; en matière de culture, à quoi et comment former les étudiants?

Il s’agit là d’un premier squelette de l’argumentaire développé par le groupe de travail.

La première partie de ce travail est intitulée Quinze ans de réflexion sur le lien entre culturel et social. Elle présente des réflexions d’acteurs culturels et politiques, de travailleurs sociaux, menées depuis de nombreuses années, sur le rôle de la culture dans une société, dans la lutte contre les exclusions, sa fonction émancipatrice, les enjeux politiques qui se trouvent au cœur de ces actions.

La deuxième partie Cent et une raisons de donner des compétences aux travailleurs sociaux rappelle le rôle culturel du secteur social et inversement le rôle social de la culture.

Enfin, la dernière partie Formation et transmission, pour quels savoirs? présente, toujours sur base des témoignages et réflexions d’acteurs des secteurs concernés, des pistes en matière de formation. Que ce soit pour penser le lien entre social et culturel au départ du social, en identifiant par exemple ce que ce lien représente pour chaque étudiant, en interrogeant l’approche personnelle du travail social, la notion de « gens en difficulté », de mission culturelle. Que ce soit au niveau de l’acquisition de connaissances de nature institutionnelle, de savoirs propres à l’action (étapes de travail, partenariat, etc.) ou aux publics concernés (culture de ces publics à valoriser, pédagogie d’engagement, de réciprocité, de création à mettre en œuvre, regard critique à développer). Que ce soit enfin au niveau de l’acquisition de compétences de contextualisation, d’évaluation, de mise en réseau…

Ce premier argumentaire a inspiré plusieurs parties cette publication. L’ambition du groupe de travail est d’utiliser celle-ci comme support à des échanges et débats futurs avec les acteurs de la formation, du social, de la culture…