Labiso N°109

Icar
Travail en milieu prostitutionnel liégeois

Sommaire



 
 
Active dans le domaine du « travail de rue en milieu prostitutionnel » depuis près de vingt ans, l'asbl Icar est un acteur de terrain bien connu à Liège. Trois nuits par semaine, ses travailleurs arpentent les pavés du quartier Cathédrale Nord afin de s'approcher au plus près de leur public cible : les prostitué(e)s. Un travail de terrain doublé d'une volonté d'amener ce même public à fréquenter les locaux d'Icar pour qu’il y trouve une assistance, médicale, administrative, humaine ou... esthétique.

Chapitre 5 : Prospective

Publication inédite (édition in extenso). Langue : français.
Date de publication : 06/07/2010
Etat d'avancement du travail : Terminé.

Classification : SCIENCES SOCIALES / ASSISTANCE SOCIALE

Mots clés : Icar, prostitutées, liège, villain, filles, Eros, Nid, toxicomanes, toxicomanie, drogues, milieu prostitutionnel, prostitués

Publication de l'ouvrage : Mme. Charlotte Quevedo le 06/07/2010 à 14:06
Dernière modification : Mr. Labiso Newsletter le 09/07/2010 à 16:05
Dispose des droits sur la publication.

Publication de la page : Mme. Charlotte Quevedo le 07/07/2010 à 13:21
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Contact : Icar - A.S.B.L. => contactez-les ici

Michèle Villain
Tél. : 04 223 18 26
Site Web : http://www.icar-wallonie.be
Email : icar@skynet.be
Place Xavier Neujean 36
4000 Liège
Liège BELGIQUE

 

Éros Center : un avenir qui pose question ?


Fortement médiatisée depuis peu, notamment suite au projet d'édification de l' « Éros Center », Icar est peut-être à un tournant. Les médias et les politiques semblent ne jamais s'être autant intéressés à cette structure travaillant pourtant depuis presque 20 ans. Aux dernières nouvelles, c'est la ministre de l'Action sociale de la Région wallonne, Éliane Tillieux (PS) qui devait rendre visite aux travailleurs d'Icar alors que nous bouclions ce Labiso.


Il faut dire, comme nous l'avons noté, que l'asbl va jouer un rôle important dans ce projet un peu fou de « Villa Tinto » gérée par l'associatif. Un sacré défi puisqu’Icar va jouer un rôle d'« acteur » du phénomène prostitutionnel même si – précise à raison l'équipe – ce n'est pas Icar qui gérera la structure mais bien le « consortium » Isatis. Icar sera donc le moteur du projet mais pas le gestionnaire direct. Il n'empêche, on peut se poser la question de savoir si une crise d'identité n'est pas en vue. S'il est encore un peu tôt pour le dire, Icar a néanmoins encore de beaux jours devant elle en tant qu'acteur de terrain. Comme nous le disait une travailleuse à propos des situations rencontrées et du courage déployé par Icar pour y faire face, « Tant qu'il y aura des filles qui décideront de se prostituer, ça existera. » Quand on sait que la prostitution est considérée comme « le plus vieux métier du monde », ce n'est pas près de s'arrêter...


Quoiqu'il en soit, nous avons demandé à Icar d'effectuer un petit travail personnel et de tenter de dégager les enjeux qui mobiliseront la structure pour les années à venir. Voici le résultat des cogitations :


« Depuis que nous existons, nous avons toujours revu notre projet pédagogique et institutionnel en tenant compte de l'évolution de notre public et de l'attitude des politiques à son égard. Notre avenir, nous l'envisageons sous plusieurs axes :


  • la mise en place de l'Éros Center à Liège fait actuellement partie de nos priorités. Depuis deux ans, nous travaillons en étroite collaboration avec les instances de la Ville et de la police (principalement la brigade des mœurs) en vue de créer ce « centre de travail pour personnes prostituées ». Inspiré de la Villa Tinto à Anvers, l'originalité du projet liégeois réside dans la gestion de ce centre. À la demande de la Ville, il sera en effet géré par un consortium d'asbl et aura comme objectif de permettre aux personnes prostituées de travailler dans des conditions optimales d'hygiène et de sécurité. Ce projet demande un budget de quatre millions d'euros et une banque manifeste actuellement son intérêt, estimant ce projet utile sur le plan humain et viable sur le plan financier. Si nous obtenons l'accord du conseil communal, nous pouvons espérer que le centre ouvrira ses portes en 2012;


  • deux autres projets nous tiennent également à cœur. Premièrement, la création d'un centre d'accueil pour mineurs en fugue. Depuis sa création, Icar a pris en charge une quarantaine de mineurs qui se sont retrouvés, à un moment donné de leur errance, dans la prostitution. L'absence d'hébergement et de ressources étant très souvent la porte d'entrée dans le monde de la prostitution. La création d'un centre d'accueil pourrait être une solution. Deuxième projet, la mise en place d'une structure d'accueil de type « halte garderie » serait également souhaitable. Les personnes prostituées ont en effet souvent des enfants. Certaines vivent en couple, mais beaucoup sont célibataires. Dans ce contexte, elles sont souvent confrontées à des problèmes de garderie car leurs horaires de travail ne cadrent pas avec les horaires des structures d'accueil existantes. Surtout pour les personnes réalisant les 'pauses nocturnes'. Ce service pourrait faire partie intégrante de l'Éros Center;


  • le travail de rue. C'est l'outil de travail de contact d'Icar. Nous avons été les précurseurs du travail de rue en Communauté française et nous avons toujours eu comme priorité de défendre l'éthique du travail de rue. En 1995, nous avons fait partie des membres fondateurs de la Fédération des travailleurs de rue. En 1996, nous avons participé au groupe de travail mis en place par la Fondation Roi Baudouin et qui a permis l'élaboration du premier document concernant la méthodologie du travail de rue. Actuellement, Icar représente la Belgique dans le cadre du réseau international du travail de rue qui réunit 40 pays à ce jour. Notre objectif est de faire reconnaitre le travail de rue comme un métier avec sa propre méthodologie. L'absence de balises amène malheureusement des dérives dans le fonctionnement de certaines équipes;


  • un autre de nos combats importants vise la reconnaissance de la personne prostituée, la sortir de l'anonymat, lui rendre une identité. C'est dans cet esprit que nous demanderons aux personnes désirant travailler dans l'Éros Center de prendre un statut d'indépendant. Ce choix philosophique se justifie à nos yeux à deux niveaux. Premièrement, il convient de protéger les prostituées contre elles-mêmes. La plupart des personnes prostituées cumulent une allocation sociale avec les revenus de la prostitution. Ce fait n'étant pas ignoré par l'État, des contrôles sont régulièrement organisés par l'Inasti et les agents de l'Onem. Condamnées pour avoir réalisé du travail en noir, les prostituées doivent alors rembourser des sommes importantes (très souvent plusieurs dizaines de milliers d'euros) aux lois sociales ou à tout autre organisme payeur dont elles dépendent. Deuxièmement, il faut améliorer l'image de la personne prostituée en la sortant de la clandestinité dans laquelle elle est souvent plongée. Les gens fantasment énormément sur le milieu de la prostitution, les préjugés et les clichés sont malheureusement omniprésents;


  • depuis le 15 avril 2009, tous les salons sont fermés à Liège. Nous avons donc adapté notre travail en nous rendant dans les cafés connus comme étant des lieux de rencontre pour de potentiels clients. Cette nouvelle approche est très intéressante car elle nous permet de rencontrer un autre type de personnes prostituées. Elles sont un peu plus âgées et beaucoup sont d'origine étrangère. Depuis un an, une éducatrice (ndlr - Marianne) passe son vendredi après-midi dans l'un de ces établissements. Vu l'intérêt que les filles portent à notre travail, il nous paraît intéressant d'élargir nos moments de présence;


  • un autre projet qui nous tient à cœur concerne les personnes prostituées de rue. Le racolage est interdit par la loi et les personnes qui pratiquent cette forme de prostitution font régulièrement l'objet d'interpellations policières. Nous militons depuis une dizaine d'années pour que la Ville accepte de mettre en place une « zone P » organisée sur le modèle de ce qui se fait au Luxembourg. Il s'agirait de tolérer la prostitution dans un quartier bien délimité. Nous continuons ce combat qui est cependant tributaire des directives politiques locales en la matière;


  • enfin, nous aimerions avoir une influence sur les politiciens en vue de changer la loi belge sur la prostitution, qui est soumise à la convention de New-York que la Belgique a signé en 1949 avec une quarantaine d'autres pays. Cette convention autorise la prostitution sous certaines conditions et a comme ambition de protéger la personne prostituée. Malheureusement, son application est quelque peu biaisée. L’impression qui prévaut est que l'on impose beaucoup de devoirs à la personne prostituée, avec peu de droits en contrepartie. Il est sans doute également bon de citer quelques hypocrisies flagrantes. La loi punit toute publicité alors que les petites annonces d'un grand nombre de journaux regorgent de messages pour le moins ambigus... Autre chose, la loi interdit également le proxénétisme immobilier tout en restant très vague puisqu'il est défini comme un 'profit anormalement élevé'. Demandez aux propriétaires de salon combien ils empochent par mois, en toute quiétude, pour la location d'immeuble qui sont parfois à la limite de l'insalubrité. On parle ici de plusieurs milliers d'euros par mois... »





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