Chapitre 1 : Le projet
Date de publication : 06/07/2010
Etat d'avancement du travail : Terminé.
Classification : SCIENCES SOCIALES / ASSISTANCE SOCIALE
Mots clés : Icar, prostitutées, liège, villain, filles, Eros, Nid, toxicomanes, toxicomanie, drogues, milieu prostitutionnel, prostitués
Publication de l'ouvrage : Mme. Charlotte Quevedo le 06/07/2010 à 14:06
Dernière modification : Mr. Labiso Newsletter le 09/07/2010 à 16:05
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Publication de la page : Mme. Charlotte Quevedo le 07/07/2010 à 15:12
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Contact : Icar - A.S.B.L. => contactez-les ici
Tél. : 04 223 18 26
Site Web : http://www.icar-wallonie.be
Email : icar@skynet.be
Place Xavier Neujean 36
4000 Liège
Liège BELGIQUE
Introduction
Tenter d'aborder la thématique « Icar » dont l'objectif est de venir en aide aux prostitué(e)s, c'est aussi parler de sa coordinatrice, Michèle Villain. Non pas que la structure dépende exclusivement de cette femme de 51 ans. Mais il faut bien reconnaître que, présente depuis les origines, elle est la mémoire vivante de cette asbl liégeoise située dans le quartier de l'opéra. Entre la distribution de préservatifs, de seringues, l’aide administrative, les soins de santé, l’accueil, les moments de convivialité et surtout le « travail sur le terrain » - afin de s'approcher au plus près d'un public pour le moins fragilisé, et dont quelques fois personne ne semble vraiment se soucier - la liste des services proposés par Icar est longue et changeante.
Ici, en effet, on a appris à s'adapter à chaque situation. Chaque cas est unique. Le travail ou les horaires qui en découlent également. Écouter le récit d'Icar, c'est donc aussi comprendre l'action d'un groupe de travailleurs qui, tous, à un moment donné, ont décidé de s'engager dans un travail difficile, sans avoir peur de se brûler les ailes, même si, en ce froid hiver 2010 au cours duquel les entretiens ont eu lieu, le soleil semblait s'en être allé bien loin de Liège...
Icar : presque 20 ans d'histoire
C'est en 1991 que tout débute. « À l'époque, deux associations étaient actives dans le domaine de la prostitution à Liège : le Mouvement du Nid et Espace P, explique Michèle Villain. Aucune d'entre elles ne travaillait de nuit, en pleine rue, et ne se rendait auprès des 'vitrines'. Icar est donc venu boucher un trou. En tant que projet émanant de l'association Le Mouvement du Nid, nous étions, au début, rattachés à cette association. »
C'est dans ce contexte que Michèle Villain décide de se consacrer à ce « terrain en friche » qu'elle commence par limiter à la place de la République française, un endroit fréquenté par quelques prostitués homme, jeunes pour la plupart. « J'ai commencé par leur tourner un peu autour, sourit notre interlocutrice. Et ils ont fini par me repérer. Je fumais, ils sont venus me demander une cigarette. Je n'incite personne à fumer, mais dans ce genre de cas, ça aide. » De fil en aiguille, ils apprennent à se connaître, même s'il faut passer outre certaines craintes. « Au début, je pense qu'ils devaient se demander qui j'étais. Une cliente, un flic ? Mais très vite, ils se sont montrés heureux de ma présence, et les premières demandes d'aide sont venues d'elles-mêmes. »

Michèle Villain, une mémoire vivante
Portrait des prostitués
« Quelques remarques sur les prostitués hommes, déclare-t-on à Icar. Ils sont moins nombreux, ne dépendent généralement pas d'un proxénète et se connaissent tous. Mais attention, le fait qu'ils se connaissent ne signifie pas qu'ils sont solidaires. N'oublions pas que la prostitution, à Liège est fortement liée au phénomène de la drogue. Beaucoup de prostitué(e)s sont toxicomanes, ce qui influence leur comportement.
(...)
Autre chose : la plupart d'entre eux sont hétérosexuels, mais leur clientèle est principalement masculine. Ce qui peut poser problème. Ils en arrivent à ne plus savoir qui ils sont vraiment. D'autant plus qu'ils sont souvent très jeunes. Ils arrêtent d'ailleurs vers l'âge de 30 ans. En général parce qu'ils ne plaisent plus. Ils se casent alors souvent avec un client et deviennent ce qu'on appelle des 'Kept boys'.»
Quitter le nid
« Le Mouvement du Nid de France, de par son orientation philosophique, prônait l'abolition de la prostitution, enchaîne Michèle Villain. Pour Icar, cela a commencé à poser certains problèmes parce que, de notre côté, nous ne posons pas de jugement. Nous ne sommes pas présents pour enrayer le phénomène prostitutionnel. Nous sommes là pour aider, c'est tout. En Belgique, le Mouvement du Nid avait une image plus nuancée mais la structure souffrait de l'image 'catho' des Français. J'ai voulu me démarquer de cela. »
Historique du Mouvement du Nid
Créé en France en 1937 par le père André-Marie Talvas, le Mouvement du Nid est une association abolitionniste qui, sur son site Internet, déclare refuser « (...) la prostitution, comme on refuse la misère, l’exploitation, l’exclusion, la torture, l’esclavage... » Dans ce contexte, « (...) le Mouvement du Nid appelle à un engagement politique, social et culturel, un front du refus face à l’ensemble du phénomène prostitutionnel. »
De manière plus détaillée, le Mouvement du Nid revendique, entre autres :
• la suppression de toute pénalisation et répression policière à l’encontre des personnes prostituées, de toute mesure discriminatoire et arbitraire ;
• le renoncement au renvoi des étrangères vers leur pays d’origine, qui les condamnent à être récupérées par les réseaux locaux ;
• la multiplication de lieux d’accueil sécurisés et la régularisation de leur situation administrative ;
• une véritable application des textes en matière de proxénétisme, de prévention et de réinsertion, notamment la mise en œuvre des dispositions réglementaires pour la réinsertion des personnes prostituées ;
• des moyens pour accueillir les victimes de trafics dépourvues de papiers, comme toutes les personnes en situation de prostitution.
C'est dans le sillage du Mouvement du Nid qu'est né, en 1980, son homologue belge. Une association qui s'est depuis démarquée, dans sa philosophie et sa pratique, pour devenir une association apolitique et non confessionnelle. Aujourd'hui, son but est de :
• contribuer à l’insertion et au mieux-être des personnes prostituées : leur faire connaître des ressources (d’information, d’orientation, de formation, de questionnement personnel…) qui peuvent répondre à leurs besoins et à leurs projets ;
• favoriser la prise en charge par les personnes prostituées de leur état de santé et de bien-être, favoriser la démarche de prise de soin de soi, au niveau physique, psychologique et social ;
• contribuer à l’élaboration d’un cadre législatif adéquat pour la prostitution.
La séparation vient donc presque comme un soulagement. D'autant plus que l'association reçoit très vite un subside Promotion de la santé de la Communauté française. « À cela s'ajoute le fait que, personnellement, je ne suis pas payée par Icar, mais bien par la ville dans le cadre du plan de cohésion sociale. Je suis 'détachée' chez Icar par la ville, en qualité de coordinatrice », continue Michèle Villain. Un ensemble d'aides qui permet également à l'asbl de commencer à travailler avec les femmes se prostituant « en salon », une activité aujourd'hui stoppée suite à la fermeture desdits salons par le bourgmestre Willy Demeyer (et plus précisément le Conseil communal), le 15 avril 2009. « Une des principales raisons de notre travail en salon est que des travaux ont été effectués place de la République française. Des éclairages ont été installés, les pissotières ont disparu. Résultat des courses : la place est devenue plus sûre, moins discrète, et il y avait de moins en moins de clients. C’est aussi pour cela que les garçons ont arrêté et se sont dirigés vers l'Internet... »
Aujourd'hui, Icar travaille à 70 % avec des filles issues de toute la ville. Les hommes représentent malgré tout encore 30 % du public. Néanmoins, la présence de ces derniers s’est fortement amenuisée. Quand on parle du « public » avec le personnel d'Icar, les références ont presque toujours trait aux « filles ». De plus en plus cantonnés au « racolage » sur le Net, les garçons semblent perdre peu à peu contact avec le terrain, grande spécialité d'Icar...
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