Chapitre 2 : Intentions et services
Date de publication : 06/07/2010
Etat d'avancement du travail : Terminé.
Classification : SCIENCES SOCIALES / ASSISTANCE SOCIALE
Mots clés : Icar, prostitutées, liège, villain, filles, Eros, Nid, toxicomanes, toxicomanie, drogues, milieu prostitutionnel, prostitués
Publication de l'ouvrage : Mme. Charlotte Quevedo le 06/07/2010 à 14:06
Dernière modification : Mr. Labiso Newsletter le 09/07/2010 à 16:05
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Contact : Icar - A.S.B.L. => contactez-les ici
Tél. : 04 223 18 26
Site Web : http://www.icar-wallonie.be
Email : icar@skynet.be
Place Xavier Neujean 36
4000 Liège
Liège BELGIQUE
Le travail d'Icar se divise en deux « postes » principaux : le travail de nuit et le travail de jour. Petit tour d'horizon.
Le travail de nuit
1. Travail de rue
Touchant près de 80 % du public d'Icar, le travail de rue est la spécificité de l'association. Se déroulant à raison de trois nuits par semaine, le travail se veut constant. « La régularité est la base du travail de rue », nous dira-t-on. Il s’agit surtout d’un travail de prévention : distribution de préservatifs, de lubrifiant, échange de seringues (usagées contre neuves), toutes ces activités sont importantes même si elles constituent surtout un support idéal pour entrer en contact avec le public visé. Sont impliqués dans ce travail de rue : Michèle, Luc, Fabrice, Marianne et les stagiaires. Détail important dans cette recherche de contact : un budget « consommation » est prévu afin de pouvoir payer une boisson aux prostitué(e)s ayant besoin de parler. Une occasion de se retrouver derrière une tasse et de laisser les langues se délier.
Un travail de contact est également effectué dans certains cafés réputés pour abriter des prostituées en recherche de clientèle.
2. Rôle d'écoute
Ici, comme évoqué dans le point « Travail de rue », les travailleurs retrouvent régulièrement certains bénéficiaires autour d'un café, pour discuter. Une manière d'accrocher le public et, peut-être, de l'amener à se rendre chez Icar. Conséquence : avec plus ou moins 120 personnes suivies, le budget « consommation » explose.
3. Intervention dans une situation d'urgence
Un cas de figure qui se produit surtout par temps de grand froid. Un lit est notamment réservé dans les abris de nuit pour les bénéficiaires d'Icar.
Le travail de jour
1. Travail social
Les bureaux d'Icar sont accessibles tous les jours de la semaine à partir de 13h00 ou le matin sur rendez-vous. Le travail est varié : mise en ordre de situation administrative (mutuelle, revenus, logement), accompagnement, voire assistanat. « Nous avons un public très déstructuré, déclare Michèle Villain. Dans ce contexte, il nous arrive même d'aller les chercher chez eux ou à l'hôtel. Les situations dans lesquelles ils se trouvent sont également très compliquées, les trois-quarts de leur argent passant en général dans la drogue. Beaucoup sont endettés, en redressement ONSS et laissent la situation pourrir en pratiquant la politique de l'autruche... À titre d'exemple, une des filles que nous suivons est menacée de huit mois prison si elle ne se met pas en ordre administrativement et si elle ne se fait pas suivre psychologiquement. Mais même ça ne suffit pas à la faire bouger, et c'est un peu décourageant... »
2. Rôle de bottin social
Icar peut aussi, à l'occasion, endosser un rôle d'orientation, même si le fait de se déplacer jusqu’aux locaux de l'association constitue bien souvent, pour son public, un écueil difficilement surmontable. « Notre public est constitué en grande partie de personnes toxicomanes, déclare Luc. Le problème, c'est que cette toxicomanie prime sur tout... En rue, une fille fait un ou deux clients, va s'acheter de la drogue et puis elle revient deux ou trois heures après, quand l'effet est passé et elle recommence à travailler. Nous devons tenir compte de ce phénomène. Dans ce contexte, ce n'est pas parce qu'on donne rendez-vous à une fille à 10h15 le lendemain qu'elle va venir... La drogue fait tourner leur vie... »

3. Visite à domicile
Une activité beaucoup plus calme et qui permet de suivre certaines personnes « sur place ». Ce qui peut notamment se révéler intéressant vu que certaines « filles » n'ouvrent même plus leur courrier, laissant ainsi leur situation administrative se dégrader. Être à domicile présente donc certains avantages pratiques pour les travailleurs d'Icar.
4. Cyberprévention
Mis en place à destination principalement des prostitués masculins, le projet « cyberprévention » se déroule à raison de trois fois par semaine. « Les garçons, mais aussi les filles, peuvent me poser des questions sur MSN. J'offre une écoute », déclare ainsi Fabrice, qui s'occupe de l'initiative. Une page « news », sorte de newsletter, est également sur le feu.
5. Visite hospitalisation ou en prison
Ce genre de visite se fait à la demande.

6. Esthétisme social
Mis en place depuis quelques mois par Dominique - une stagiaire en esthétisme social venue faire son stage à Icar et qui continue maintenant le projet à titre bénévole - l'esthétisme social permet au public d'Icar de bénéficier de massages, de soin du visage, de pédicure, de manucure ou encore de séances de maquillage. Mais bien plus encore, le projet permet aux bénéficiaires de se réconcilier avec leur corps et, qui sait, de reprendre leur santé en main. « Cette activité a un impact réel sur leur santé, affirme Dominique. Par exemple, le simple fait d'être touché permet aux bénéficiaires de se sentir quelques fois mieux. Même s'ils sont parfois méfiants au début à cause de mon intrusion dans leur intimité. Ils ont effet un rapport étrange avec leur corps, du fait de leur profession. Les problèmes d'hygiène sont légion, les corps sont abîmés par manque de soin. Dans ce contexte, le fait de venir chez moi les pousse par exemple à se laver avant. Ce qui peut les amener à se prendre mieux en charge, à avoir une meilleure hygiène de vie.»
Autre point important, Dominique peut aussi quelques fois servir de relais avec le reste de l'équipe. « Je pense pouvoir dire que j'ai une relation privilégiée avec les bénéficiaires, différente de celle qu'ils peuvent avoir avec les éducateurs. Ils me disent quelques fois des choses très intimes. Parfois des choses qu'ils veulent faire passer aux éducateurs et qu'ils n'osent pas leur dire... » Il est à noter que deux séances d'esthétisme social sont prévues. La première est réservée aux dames et (ex)-prostituées qui ne viennent jamais (ou peu) chez Icar, parce qu’elles craignent de se retrouver en présence d'ex-collègues et qu'elles ont de plus un rapport conflictuel à la toxicomanie. L'autre séance, quant à elle, est consacrée à toute personne faisant partie du public d'Icar : homme, femme, enfant. Dernier détail important, l'esthétisme social semble posséder un « pouvoir d'accroche » important lors du travail de rue (les éducateurs en font la « pub »).
7. Enfants et conjoints
Les grossesses ne sont pas rares chez les prostituées. Malheureusement, un certain nombre d'entre elles continuent à travailler durant cette période et, surtout, continuent à consommer de la drogue. Elles prennent souvent leur situation en main sur le tard. Résultat ? Si personne à Icar n'a jamais vu naître un enfant mal formé, ceux-ci viennent en général au monde dans un état de toxicomanie lourde et se voient dès lors imposer un sevrage qui prend de six à dix semaines. Et ce sevrage n'est pas sans risque. « Pour le bébé, c'est un moment crucial, note Marianne qui s'occupe du projet. Il reste en effet plusieurs semaines à l'hôpital et il y a un risque de désintérêt de la maman pour son enfant. Certaines d'entre elles ne viennent d'ailleurs plus voir leur enfant qui, dans ce cas, est alors placé. » Autre conséquence. Un bon nombre de bambins (25 parmi ceux dont Icar s'occupe) sont, de l'aveu de certains travailleurs, un peu « lents » et souffrent de problèmes de psychomotricité, de troubles du langage, d'hyperactivité. « Ils sont de plus tellement couvés par leur maman, dans une sorte de réflexe de culpabilité, que cela n'arrange rien à leur développement », nous dit-on. Dans ce contexte, le travail d'Icar consiste donc à attirer l'attention des parents et, plus tôt dans le « processus », à « interpeller » les mamans dès les premier signes de grossesse, à les inviter chez Icar pour faire des tests ou les réorienter vers l'hôpital.

Des enfants à stimuler
Le travail effectué avec la quarantaine d'enfants « tournant » autour d'Icar a pour objectif de les stimuler un maximum. Des activités, comme des séjours dans des fermes pédagogiques, sont ainsi organisés. « Ces enfants ne sortent pas beaucoup, car les parents se méfient des regards extérieurs et ont peur qu'ils soient placés, dit Marianne, qui s'occupe du projet. Autre conséquence. Souvent, ils ne vont pas à l'école, car ils ont tous plus ou moins l'âge de la maternelle et ne sont donc pas obligés de s'y rendre. Dans ce contexte, les loisirs des enfants et leur développement passent en second lieu. Afin de pallier cela, nous envisageons d'organiser des ateliers d'éveil avec l'aide d'une logopède. Nous nous rendons aussi à la ludothèque, au théâtre, à la bibliothèque, au musée des sciences. Icar a une démarche proactive et les parents sont assez enthousiastes, nous dit encore Marianne. Ils nous font confiance parce qu'ils savent que nous ne portons pas sur eux le même regard que 'les autres'. Cela nous donne ainsi la chance de mettre sur pied des activités avec leur concours, comme des fêtes pour Noël, Halloween ou Pâques même s'il est évident qu'il est difficile qu’ils soient présents. »
C'est également l'occasion pour les travailleurs d’observer les enfants de plus près et d’alerter les parents en cas de problème. « Beaucoup de ces enfants sont dans un état d'anxiété assez marqué. Leurs parents sont en recherche constante de drogue, déménagent régulièrement, les mamans changent souvent de partenaires. Il y a quelques fois de la violence. Les enfants ne sont pas amenés à l'école tous les jours », ajoute Marianne. Le passage à domicile d'une logopède dans laquelle les parents ont confiance est aussi dans les cartons. Une stagiaire en « ingénierie sociale » est ainsi attendue par Icar, pour une période estimée à deux ans. Elle devrait travailler sur le projet et en étudier la faisabilité.
Quid des pères ?
En ce qui concerne les conjoints et les pères, c'est un sujet plus complexe, voire tabou. « Il y a pas mal de clients qui sont prêts à payer le double pour avoir des rapports sexuels sans préservatif. Et vu que beaucoup de prostituées sont toxicomanes et ont besoin d'argent, beaucoup d'entre elles acceptent. » Si on ne sait dès lors pas toujours d'où viennent les enfants, les « pères » et conjoints sont néanmoins également pris en charge par Icar, souvent d'un point de vue administratif. « Les conjoints travaillent rarement et sont en général impliqués dans la prostitution d'une manière ou d'une autre, nous confie Michèle Villain. Ils font parfois office de mac, même si d'autres vivent mal le fait que leur compagne se prostitue. Ils les protègent ou relèvent les numéros de plaque des clients. » Notons cependant que lorsqu'une relation s'interrompt, Icar stoppe également la prise en charge des conjoints.

Les mineurs d'âge, une prise en charge particulière
Les mineurs tombant ou risquant de tomber dans la prostitution sont un cas à part dans le public dont s'occupe Icar. Parmi ces mineurs, les jeunes en fugue sont une majorité. Des cas délicats qui demandent beaucoup de tact. « Il ne faut surtout pas les moraliser, déclare Michèle Villain. Il existe une certaine 'lune de miel' entre le mineur en fugue et sa fugue elle-même. Au début, tout lui semble super, il ne voit pas les inconvénients du fait d'être seul. »
Dans ce contexte, établir une relation se révèle primordiale, dénoncer ces jeunes à la police est impensable. Cette technique de mise en confiance a fait ses preuves même si, comme dans l'ensemble du travail effectué à Icar, les travailleurs doivent souvent s'armer de patience.
Dès lors que le contact est établi, Icar tente de faire obtenir une mise en autonomie pour les jeunes concernés. La structure dispose de nombreux contacts avec le SAJ (Service d'aide à la jeunesse) et le SPJ (Service de protection de la jeunesse). Certains membres de ces services font même partie de l'Assemblée générale d'Icar. Si c'est aujourd'hui « une affaire qui roule » (ces services font quelques fois appel à Icar pour signaler une prostituée mineure), la collaboration n'a cependant pas été facile à installer, les services mentionnés faisant montre d'une certaine méconnaissance du secteur du travail de rue.
Notons également qu'Icar fait partie du « Réseau international du travail de rue » qui regroupe 36 pays. Des ateliers ont lieu tous les mois sur des thèmes alimentés par les différents pays et leurs expériences. Un colloque sera également organisé dans le cadre de l'année de la lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale.
Les femmes en salon
Depuis la fermeture des salons pour des raisons d'insalubrité et pour tenter d'enrayer le phénomène de la prostitution de rue (!) (les travailleurs d'Icar déclarent d'ailleurs ne pas avoir vu beaucoup de changement), la prostitution en salon n'existe plus. Les filles en salon n'avaient d'ailleurs pas le même profil que les filles « de rue ». « Leur cas était souvent moins grave, nous dit Michèle Villain. Parmi elles, peu étaient à la rue. Mais il y avait néanmoins beaucoup de cas de surendettement. Et puis surtout, le travail en salon est légal en Belgique, alors que le travail de rue, le 'racolage', est interdit. »
Concernant le surendettement, on peut, entre autres, l'expliquer par le prix à payer pour un salon. De 200 à 500 euros par semaine. Une raison de plus pour les filles de travailler en rue où une certaine forme de liberté horaire existe. « Quand tu travaille en rue, tu peux bosser quand tu veux. Ce qui n'est bien sûr pas le cas du travail en salon », nous dit Michèle Villain qui ajoute que les filles éjectées des salons ont alors suivi diverses trajectoires : arrêt de la prostitution, déménagement à Seraing où de nombreux salons existent encore, prostitution sur Internet ou bien attente de l' « Éros Center ». Conjointement à la fermeture des salons, le bourgmestre de Liège a en effet lancé l'idée d'ouvrir un « Éros Center » à Liège, sorte de « méga-bordel », à l'image de ce qui se fait à Anvers ou Amsterdam. D'après les travailleurs d'Icar, le bourgmestre Willy Demeyer ne souhaite donc pas interdire la prostitution à Liège, mais plutôt la cadrer. Le but de l'opération serait donc de pouvoir offrir de bonnes conditions de travail aux filles, aussi bien en termes d'hygiène que de protection sociale, de sécurité et de confort. Avec, bien entendu, comme corollaire, un meilleur contrôle sur le phénomène.
Là où le projet devient carrément novateur, c'est que cet « Éros Center » serait « géré » par le secteur associatif. Une asbl dénommée Isatis a déjà été créée en septembre 2009 à cet effet. Son conseil d'administration est ainsi composé de représentants de chaque parti, du monde universitaire, du secteur médical et du secteur associatif. Michèle Villain, quant à elle, en est la présidente.
Premier constat, le sérieux de l'affaire est certain. Le projet est en effet en recherche d'un gestionnaire, dispose d'un plan financier, de juristes travaillant sur le dossier et de quatre millions d'euros de budget pour la construction du bâtiment qui devrait se trouver rue Varin (près de la gare de Liège-Guillemins). Néanmoins, l'aventure n'est pas non plus sans danger. Aux yeux de la loi, Isatis, Icar ou n'importe quelle structure ou personne prenant part à l'aventure, pourrait facilement passer pour un proxénète. Afin d'éviter ce cas de figure, un accord a été trouvé avec le parquet de Liège.
Icar aura donc un rôle privilégié à jouer dans cette initiative. Mais pourquoi cette implication de l'associatif ? L'explication est simple. Si un promoteur avait dû prendre les rennes du projet, le prix des salons à louer par les prostituées aurait vite flambé. L' « option associative » semblait donc la plus appropriée pour ce projet qui devrait voir naître 50 salons au sein du bâtiment. 150 femmes (ou hommes) devraient pouvoir en bénéficier, les prostituées fonctionnant par « shift » de huit heures (ce qui fait trois occupantes par salon sur 24 heures).
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