Labiso N°110

Relogeas, à Charleroi
Un laboratoire d'innovations sociales dans le secteur du logement

Sommaire



 
 
Quand au milieu des années nonante, quelques Carolos actifs dans l’économie sociale se mettent autour d’une table pour créer Relogeas, ils ne s’attendent peut-être pas à créer une structure qui a dynamisé tout le secteur des associations dans le secteur du logement, qui a fait évoluer la législation dans le domaine et créer un pôle d’activités innovant et très actif dans la région de Charleroi.

Chapitre 4 : Pratiques et vécus

Publication inédite (édition in extenso). Langue : français.
Date de publication : 16/07/2010
Etat d'avancement du travail : Terminé.

Classification : SCIENCES SOCIALES / ASSISTANCE SOCIALE

Mots clés : Relogeas, Charleroi, logement, Germoir, maisons, QCAF, Monceau, Vanthournhout, locataire, Spinoit, Bricoult, Rizzo, insertion, APL, loyer, immobilier, économie sociale

Publication de l'ouvrage : Mme. Charlotte Quevedo le 16/07/2010 à 15:17
Dernière modification : Mr. Labiso Newsletter le 22/07/2010 à 09:37
Dispose des droits sur la publication.

Publication de la page : Mme. Charlotte Quevedo le 17/07/2010 à 23:15
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Contact : Relogeas - A.S.B.L. => contactez-les ici



 

Un vaste réseau très soudé

Pour trouver des solutions, Relogeas a intégré le GPL (Groupe partenariat logement de Charleroi) composé d’une dizaine de structures sociales, les Cellules logement des CPAS de Charleroi et Châtelet, l’AIS Charleroi Logement, Comme chez nous (centre d’accueil de jour pour sans abri et APL), la Maison d’accueil Le Triangle, le Relais social, l’Aide locative du Fonds du logement des familles nombreuses de Wallonie, l’Espace citoyen – Porte Ouest, le Foyer familial (maison d’accueil pour femmes et enfants), l’Hôtel social, Solidarités nouvelles, le Service logement de la Ville de Charleroi et Relogeas. Ils se réunissent une fois par mois. « Chaque mois, on présente des situations pour lesquelles les services ne trouvent pas ou peu de solutions ‘logement’ adéquates. Par exemple, nous soumettons la situation de certaines familles car nous disposons de très peu de logements avec plusieurs chambres », explique Samira. Ensemble, ils recherchent des solutions comme pour cette famille avec cinq enfants expulsés juste avant l’hiver. Ils dégagent des pistes ensemble et la personne qui a présenté la situation s’engage à faire le suivi ou à passer progressivement le relais.

Ce partenariat a permis la mise en place d’une procédure particulière qu’elles appellent l’intervision. Grâce à une subvention obtenue au Fonds du logement par Relogeas, un superviseur extérieur à formation psychologique anime un groupe de parole avec les structures membres.

L’équipe dispose aussi d’une supervision individuelle payée par l’employeur grâce au fonds ISAJH, une aide psychologique aux assistants sociaux et à la direction dans les situations qui les touchent personnellement. Samira n’y a pas eu recours, car elle était encore stagiaire quand elle a connu une expérience qui l’a sérieusement bousculée. Mais son professeur a fait office. Comme stagiaire, elle occupait une place au sein de l’équipe. « Au fur et à mesure, en participant aux entretiens, réunions, contacts divers, tâches diverses que l’assistante sociale effectue, j’ai su trouver ma place. Vers la fin de mes stages j’étais autonome. J’effectuais seule des entretiens et démarches avec des bénéficiaires… En effet, tant par les membres de l’équipe que par les usagers, j’ai été considérée comme un travailleur à part entière », se rappelle-t-elle.

La reconnaissance par l’écrit

Pour Anne-Catherine, la question de l’accompagnement social mérite une large réflexion. Elle y a contribué via un article publié en 2006. « La réflexion a démarré en 2001-2002 quand Habitat et Participation à Louvain-la-Neuve nous a proposé, à Relogeas et à Solidarités Nouvelles, de réfléchir à la question. Pour nous, le non-financement de l’accompagnement social était lié à l’absence d’écrits sur la question. Il n’existait pas de textes de références, ni de procédures écrites. Nous avons lancé un projet d’étude dans le cadre des programmes européens Interreg », raconte-t-elle. Objectif, réunir des travailleurs et des habitants français et belges pour définir les pratiques et voir comment les améliorer. « Nous avons abouti à la production d’un DVD, la publication d’un long article dans la Revue plurielle et la création d’une valisette pédagogique. Cela a donné une visibilité qui a amené le Conseil supérieur du logement à nous demander de lui présenter nos résultats. Ses membres ont ainsi ouvert les yeux sur les réalités de terrain de l’accompagnement social », se rappelle-t-elle. S’en est suivi un groupe de travail au sein du Conseil Supérieur du Logement wallon chargé de rédiger une note sur l’accompagnement social dans le domaine du logement. Cette réflexion a permis de mettre tous les acteurs autour de la table et de mener une réflexion transversale. Quant à Anne-Catherine, avec Habitat et Participation de Louvain-la-Neuve, le Pact de Lille-est, l’Areas les gens du voyage, elle relance un projet Interreg IV pour la période 2010-2014 sur les « Pistes pour améliorer les pratiques d’accompagnement social en matière de logement » avec quatre thèmes en point de mire et en lien avec le logement, la santé mentale, les jeunes, l’hygiène et la salubrité, le développement durable (soutien du FEDER, des départements des Affaires sociales et du Logement du ministère de la Région wallonne pour le côté belge).

L’éco-construction, un nouveau secteur

L’actualité de Relogeas, c’est l’éco-construction ! En partenariat avec QCAF, l’association se lance dans un projet liant rénovation et environnement. « Ce qu’on a constaté, c’est l’explosion des charges de l’énergie qui, parfois, dépassent le coût du loyer pour nos locataires », nous explique Anne-Catherine Rizzo.

Un opérateur immobilier social a l’obligation de fournir un logement décent mais n’a aucune contrainte concernant son isolation thermique. « La question de la consommation énergétique devient cruciale pour les gens défavorisés. QCAF s’était déjà intéressé à l’éco-construction et à l’isolation renforcée mais pas dans un projet aussi vaste. Nous avons l’habitude de travailler avec le secteur de l’économie sociale mais c’est une première pour ce projet de ‘basse énergie’. » Le dessein est gigantesque mais les deux asbl ne reculent pas.


Sur le chantier

Disposant déjà d’un bail emphytéotique pour la moitié d’une ancienne école dans le quartier du Louvy à Gilly et QCAF ayant acheté l’autre moitié afin d’y réaliser un chantier-formation, l’idée germe d’y construire deux bâtiments ‘passifs’ en plus des six logements en rénovation basse énergie. « Nos moyens financiers ne nous permettaient pas de nous lancer dans une telle aventure sur fonds propres. Le déclic a été la sélection de notre projet dans le cadre d’un appel lancé pour les 75 ans de la Loterie Nationale », raconte la coordinatrice. Le chantier global représente un investissement de 1 200 000 €. Il est financé par la Loterie pour 320 000 € et via des subsides pour 300 000, diverses primes et subventions apporteront 100 000, QCAF 100 000 en plus de l’achat, un prêt de Credal pour 110 000 et des dons à trouver encore boucleront le budget. « Trouver 300 000 € de dons, c’est un solide boulot. D’autant plus qu’on est obligé de démarrer avant de les avoir. C’est un gros risque car nos arrières ne sont pas couverts », fait remarquer la coordinatrice.

Le projet s’articule finalement autour de trois pôles. Le premier est la rénovation de l’ancienne école en vue de la réalisation de six logements à loyer modéré à deux ou trois chambres, auxquels s’ajoute une salle communautaire au service des locataires. Cette salle sera également à disposition des habitants du quartier et du monde associatif. Le second est la construction de deux maisons permettant de clore le site en fermant la rue. Ces deux nouveaux logements serons en ossature bois et comprendront également trois chambres chacun. « Nous demandons le label ‘Maison passive’ pour ce projet car leurs besoins thermiques sont tellement bas qu’ils ne nécessitent pas de moyens de chauffage permanent », complète Anne-Catherine Rizzo. Le troisième est l’aménagement à côté de l’école d’un espace semi-public, désormais appelé ‘la Placette’. Ce terrain de quinze ares acquis récemment a été rénové et est désormais accessible au public.


La placette

Une préfiguration politique

L’association vient donc d’inaugurer la placette et de poser la première pierre des deux logements en ossature bois. « Pour les six logements, nous sommes en discussion avec le Fonds du logement. Comme le montant des primes est très inférieur au coût lié à la qualité d’isolation, nous cherchons encore des fonds », explique Anne-Catherine.

La dynamique est lancée. « Pour nos partenaires de QCAF, cela leur permet de proposer une formation tout-à-fait originale, lance la coordinatrice. Suivant leur ligne, les logements sont destinés à des personnes sans-abri ou mal logées en état de précarité et en insertion socioprofessionnelle. Les occupants seront donc parfois ceux-là mêmes qui ont fait le chantier ! Celui-ci avance au rythme d’une formation par le travail. Actuellement, une équipe de maçonnerie, composée de trois formateurs et de neuf stagiaires, est en activité. Au total, ce sont environ 40 personnes qui seront impliquées dans le chantier.

L’installation des locataires fera l’objet d’un plan particulier. « Nous sommes nous-mêmes parfois très étonnés des possibilités d’économie d’énergie possibles. On devra expliquer aux futurs locataires comment cela fonctionne », préconise la coordinatrice qui est ravie de l’expérience. « C’est une action-pilote. En tout cas, il nous paraît essentiel que les mécanismes de primes à l’isolation doivent faire l’objet d’adaptations pour être plus accessibles aux personnes défavorisées et aux services qui s’occupe d’eux », revendique Anne-Catherine Rizzo.

En effet, à ce stade, les APL n’ont accès qu’à certains fonds (les primes Ureba), mais pas aux primes pour les personnes physiques qui sont nettement plus avantageuses. Le ministre Nollet est sensible à cette question et examine la possibilité d’accès élargi aux asbl du type de Relogeas.






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