Labiso N°110

Relogeas, à Charleroi
Un laboratoire d'innovations sociales dans le secteur du logement

Sommaire



 
 
Quand au milieu des années nonante, quelques Carolos actifs dans l’économie sociale se mettent autour d’une table pour créer Relogeas, ils ne s’attendent peut-être pas à créer une structure qui a dynamisé tout le secteur des associations dans le secteur du logement, qui a fait évoluer la législation dans le domaine et créer un pôle d’activités innovant et très actif dans la région de Charleroi.

Chapitre 1 : Le projet

Publication inédite (édition in extenso). Langue : français.
Date de publication : 16/07/2010
Etat d'avancement du travail : Terminé.

Classification : SCIENCES SOCIALES / ASSISTANCE SOCIALE

Mots clés : Relogeas, Charleroi, logement, Germoir, maisons, QCAF, Monceau, Vanthournhout, locataire, Spinoit, Bricoult, Rizzo, insertion, APL, loyer, immobilier, économie sociale

Publication de l'ouvrage : Mme. Charlotte Quevedo le 16/07/2010 à 15:17
Dernière modification : Mr. Labiso Newsletter le 22/07/2010 à 09:37
Dispose des droits sur la publication.

Publication de la page : Mme. Charlotte Quevedo le 24/08/2010 à 16:00
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Contact : Relogeas - A.S.B.L. => contactez-les ici



 

Les fondations et la constitution du parc locatif

Ils sont quelques Carolos actifs dans l’insertion professionnelle autour de la table dans la première moitié des années 90… Bernard Spinoit travaille à cette époque à Vivre ensemble, le pendant « Nord » d’Entraide et fraternité qui sort d’une campagne sur le logement. Dan Wandorf, dirige Quelque chose à faire (QCAF), une EFT devenue fort importante à Charleroi. Anne Biettlot pilote le Germoir, qui fait de l’insertion de publics exclusivement féminins. D’autres associations viennent les rejoindre rapidement. Le Manoir, une maison d’accueil aujourd’hui disparue et Promotion famille, un centre de service social. Paul Trigalet, un prêtre ouvrier surnommé « Monsieur Logement » dans la région, est aussi associé aux débats. On y discute depuis longtemps de la thématique du logement. Constat. Les associations d’insertion socioprofessionnelle manquent de logements pour leurs stagiaires. La question de la mise en place d’un dispositif adéquat à Charleroi est posée…. Émerge l’idée du soutien au logement des personnes en insertion professionnelle. Un outil est créé en 1994, il s’appelle Relogeas. « À l’origine, Relogeas relevait d’une double vision. D’une part, l’existence de stagiaires en difficulté de logement. D’autre part, la possibilité de faire jouer des synergies et des compétences complémentaires entre partenaires », se rappelle Bernard Spinoit, président de Relogeas depuis sa création et aujourd’hui directeur de QCAF.



À l’époque, Willy Taminiaux (PS), ministre wallon du Logement, a lancé l’idée des subsides « aide aux sans-abri » et fait adopter les textes permettant l’aide aux asbl, personnes morales et CPAS, pour créer des logements d’insertion et de transit. Relogeas est mise sur pied pour asseoir les choses et… avoir accès aux subsides.

Un parc locatif de 25 logements

Relogeas est propriétaire de :
- 6 logements à loyer modéré
- 1 logement de transit entièrement équipé (le transit 205), pour personne isolée ou petite structure familiale
- 2 maisons unifamiliales, à loyer moyen Relogeas gère,
- 8 logements d’insertion
- 6 logements avec des subsides du Fonds du logement (logement à loyer modéré)
- 1 logement de transit, le « Transit 77 », logement à adresse confidentielle en partenariat avec « Le Germoir », pour femmes avec ou sans enfants, subissant des violences conjugales et/ou familiales
- 1 logement de transit en collaboration avec l’asbl « Comme Chez Nous » à Charleroi

En projet d’ici fin 2011
- 2 maisons 2 chambres en gestion à Montigny-Le-Tilleul à partir du 1er avril 2010.
- 1 maison unifamiliale appartenant à QCAF à Monceau-sur-Sambre
- 2 maisons passives à Gilly
- 6 logements basse énergie à Gilly pour familles, dont 1 à destination de personnes à mobilité réduite

La formation ou les gosses !

Dominique Bricoult, directrice du Germoir depuis sa création et administratrice de Relogeas, se rappelle ce lancement. « Pour notre public exclusivement féminin, assez déstructuré, en insertion dans l’Horeca et le nettoyage, le Germoir ne développe pas seulement un accompagnement ‘métier’ mais un accompagnement social total. Relogeas pour nous, c’était cela, réhabiliter des lieux en espace de logement tout en assurant l’accompagnement social. Il y a un côté éducation permanente. » En résumé, deux urgences. Gérer le présent et préparer l’avenir. Car les publics de l’ISP ont souvent des problèmes multiples. « Les gens viennent pour une formation. Cela permet d’ouvrir tous les tiroirs et de les remettre en ordre. Dans le monde professionnel, on essaie beaucoup plus de masquer les problèmes et on a moins de temps et d’aide pour trouver les solutions », souligne la directrice du Germoir. Elle constate aussi les effets du chômage de longue durée. « On en est à une deuxième ou troisième génération de chômeurs. La violence règne dans les relations y compris familiales. » Et de citer l’exemple d’une mère qui fait chanter sa fille. « Si tu vas en formation, je ne garde plus tes gosses ! »


Dominique Bricoult, administratrice de Relogeas et du site de Monceau Fontaines

L’arrêté de la Région wallonne permet aux associations de gérer des logements privés rénovés pendant neuf ans en les donnant en bail à des personnes sans abri ou mal logées et en état de précarité pour autant que le loyer ne dépasse pas 20 % de leurs revenus (hors surendettement).

La volonté associative correspond à un besoin. La dynamique est au rendez-vous. « Monter les statuts et prendre les contacts furent les premières démarches. L’équipe s’est constituée. Nous avons notamment détaché du personnel du Germoir », se souvient Dominique Bricoult.

Rapidement, l’activité s’organise autour d’un premier projet, la réaffectation d’un bâtiment au 205, chaussée de Bruxelles à Lodelinsart. Ce bâtiment appartient au Manoir qui arrêtait ses activités d’hébergement de sans-abri. Une donation anonyme permet d’acheter le bâtiment (environ 125 000 € à l’époque). Relogeas obtient les subsides pour rénover et, le 27 juin 1996, elle inaugure ses six premiers logements. Un départ en fanfare.

« Ça permet beaucoup de synergies positives. Cela a amélioré la motivation des stagiaires. Construisant des logements qui leurs sont destinés, à eux-mêmes ou à leurs pairs, ils participent à une démarche citoyenne. Et puis, ça leur démontre qu’il y a moyen de se loger autrement que dans des petits logements très chers. Depuis, cela nous a permis de monter des chantiers un peu différents notamment au niveau énergétique », remarque le président.

Des loyers à 140 €

Parallèlement à l’inauguration de ces six logements, QCAF décide de confier à Relogeas trois autres maisons, patrimoine légué quelques années plus tôt par son fondateur, Roger Vanthournhout. Le 31 octobre 1995, un bail emphytéotique de 27 ans est signé. À ce moment, seuls quelques bénévoles sont impliqués dans le travail de Relogeas. Les créateurs nommés plus haut qu’ont rejoints quelques autres dont Max Delespesse, le créateur de SAW-B, agence conseil en économie sociale. L’engagement de personnel ne viendra que plus tard.

Roger Vanthournhout

QCAF a été créé vers 1981 à Monceau-sur-Sambre par l’abbé Roger Vanthournhout. Ce prêtre ouvrier maçon, né à Ostende le 6 juin 1930, était actif dans les quartiers pauvres de Charleroi. Au départ, il développait des petits chantiers pour arriver à créer un centre de formation par le travail en bâtiment pour jeunes défavorisés, étant ainsi le précurseur des entreprises de formation par le travail. Son action fut soutenue de près par Philippe Maystadt qui reste un fidèle de la maison. Le Germoir a émergé au même moment. L’agrément EFT est basé sur son expérience. Son destin fut tragique. En 1989, Roger Vanthournhout fut assassiné par un des stagiaires en crise de boisson qu’il occupait dans l’EFT. Ayant consacré sa vie aux jeunes en difficulté, il a donné son nom au prix de l’économie sociale créé en son hommage. Dan Wandorf qui prit la tête de QCAF par la suite fut un de ses premiers stagiaires. Il a laissé trois maisons en legs à QCAF, son patrimoine sera resté social jusqu’au bout…


Roger Vanthournhout

L’arrêté pose deux conditions à la sélection des candidats, être sans-abri ou mal logé et être en état de précarité. « Nous en ajoutons une troisième, volontairement. Être dans un parcours d’ISP, c’est-à-dire en préformation ou en formation ou encore engagé dans un processus de médiation de dettes. En effet, les faibles loyers intéressent les gens du secteur de la médiation avec qui nous avons des contacts. La Région n’y voit pas d’inconvénient puisque le critère ISP est une condition supplémentaire que nous nous imposons nous-mêmes. Notre vision est assez large. L’important est que les gens soient dans une démarche visant à se remettre debout », explique Anne-Catherine Rizzo qui dirige Relogeas depuis environ dix ans.

Dès lors, les logements sont octroyés principalement aux personnes sans-abri (c’est-à-dire sans logement ou qui vont être sans logement ou disposant d’un logement insalubre), dans une démarche d’insertion socioprofessionnelle, ayant besoin d’un accompagnement social et disposant de faibles revenus.

Autre condition du système mis en place par Willy Taminiaux. en échange de subventions à la rénovation, l’engagement de l’association pour neuf ans à loger ce public-cible et à ne pas exiger un loyer supérieur à 20 % des revenus. « Pour un minimexé qui reçoit une allocation de 700 €, cela fait un loyer de 140 € », précise la coordinatrice.

Le dispositif permet de créer deux types de logement, les logements d’insertion et les logements de transit. Les premiers entraînent la signature de contrats de bail de minimum trois ans. Les seconds répondent à des situations de crise et d’urgence, et donnent lieu à des contrats de six mois renouvelable une fois maximum. À l’époque, Relogeas n’est active que dans les logements d’insertion.

De nouvelles propositions de collaboration arrivent à ce moment-là, l’école paroissiale de Gilly, abandonnée et squattée par des toxicomanes et l’association Saint-Antoine pour un bâtiment sis rue de Montigny. Cet accroissement des logements à gérer aboutira au recrutement et au développement de l’équipe.

Le site de Monceau-Fontaines

Relogeas est établi sur le site de Monceau-Fontaines. Si les bureaux de Relogeas ne sont pas grands, le site est énorme. Les anciens charbonnages de Monceau-Fontaines furent désaffectés dans le courant des années 70. On s’y occupait des wagons et des ateliers et s’y trouvaient aussi les magasins et les bureaux centraux. Ils appartenaient, au moment de la vente, aux charbonnages de Zolder.


Le site de Monceau Fontaines abrite 14 entreprises d’économie sociale

À l’époque en 1995, SAW et le Germoir ont leurs locaux à Charleroi, QCAF à Monceau. C’est Dan Wandorf, alors directeur de QCAF, qui a découvert le site et a lancé la dynamique. Les bâtiments étaient dans un état assez désastreux. Ce qui a fait hésiter les promoteurs du projet qui se sont finalement lancés avec une première vision minimaliste.

QCAF a alors acheté le terrain pour 10 millions de francs belges (250 000 €). Le montage de la rénovation des lieux fut compliqué car le budget était conséquent. Des possibilités de financement se dégagent assez rapidement avec l’Objectif 1 et la Région wallonne notamment suite aux encouragements de Philippe Busquin et Philippe Maystadt. Le budget avoisinait alors 160 millions de FB (4 millions €).

La Région wallonne a apporté des fonds pour la rénovation des sites industriels désaffectés. Le Feder via l’Objectif 1 a apporté près de la moitié. Pour avoir accès aux fonds européens, QCAF a dû monter le dossier avec l’Igretec, l’Intercommunale de développement de Charleroi. QCAF leur a donc laissé les lieux en emphytéose pour 27 ans. Deux clauses y sont incluses, la gestion du site par l’asbl Monceau-Fontaines et la prise en charge du surplus des travaux par celle-ci. Le reste fut financé par l’emprunt via Credal et la Sowecsom, et Triodos aussi par après.

« On rembourse ces emprunts via les loyers. Mais au bout des 27 ans du bail emphytéotique, le site reviendra à QCAF », précise Dominique Bricoult, administratrice de l’asbl qui gère le site. À cette échéance, il est en fait prévu que QCAF cède le site à Monceau-Fontaines selon un processus à définir. « QCAF en a décidé du principe. Si cela est possible, ce sera même fait avant la fin du bail emphytéotique. C'est pour le moment étudié avec les spécialistes des questions immobilières », précise le directeur de QCAF.

Pour Bernard Spinoit, le site est une belle réussite même si les stagiaires de QCAF n’ont pas été impliqués autant qu’espéré. En cause, la loi sur les marchés publics. « C’étaient des marchés hors d’atteinte pour QCAF à l’époque. Mais nous sommes arrivés à y faire inclure des clauses sociales. Cela a été en quelque sorte une expérience pilote en la matière puisque, depuis, la Région wallonne a créé un cadre juridique plus précis développant d’autres clauses de ce type comme la réservation de marché à l’économie sociale et la sous-traitance vers celle-ci », soutient-il.


Bernard Spinoit, président de Relogeas et directeur de QCAF

Anne-Catherine Rizzo, qui fait partie du conseil d’administration du site épingle les atouts, le rapprochement géographique, les rencontres entre les équipes, l’échange d’informations.

Tous les partenaires présents sur le site sont membres de droit (et d’office) de l’asbl. Ils sont libres de s’investir ou non dans le Conseil d’administration. Il existe une charte de Monceau-Fontaines qui regroupe, pour le moment, 14 partenaires de l’économie sociale qui s’entendent plutôt bien. « Notre président est externe et retraité. Il allie expérience et disponibilité. L’expérience nous a montré qu’il était difficile d’être à la fois collègue, partenaires et président », précise Dominique Bricoult.

À terme, Monceau-Fontaines pourrait aussi faire des petits… « On a ainsi acquis sur fonds propres un terrain connexe ‘Rue aux Fleurs’. Un projet de crèche a été imaginé mais actuellement suspendu. On y loue quelques bureaux et quelques emplacements. Nous travaillons avec un animateur externe pour établir un plan de développement pour les années à venir. On aimerait que l’asbl soit plus dynamisante encore. Cela représente un risque et une opportunité », conclut l’administratrice.

Les asbl présentes sur le site de Monceau-Fontaines

Aces Conseil asbl : ce service offre des formations et de l’accompagnement en informatique.

AID Soleilmont (Action Intégration et Développement) : l’A.I.D assure l’aménagement et l’entretien de parcs et jardins. En partenariat avec l’enseignement de promotion sociale, l’AID garantit une formation de niveau du certificat de qualification de quatrième secondaire en qualification (Certificat de Qualification de niveau 4) ainsi qu’une insertion professionnelle.

Azimut : coopérative d’activités, l’association aide les indépendants à tester leur projet en grandeur nature avant de se lancer comme indépendant; elle assure accompagnement, conseils et suivi…

Cast asbl (Cent Arbres Sans Toit) : une association qui vise à offrir à toute personne du bois de chauffage à moindre prix et à conscientiser à l’équilibre écologique de la forêt en posant des actes de ressourcement.

Credal MC² : une association qui offre aux entrepreneurs des micros-crédits, crédits d’investissement et de trésorerie pour futurs indépendants qui n’ont pas accès au crédit bancaire traditionnel.

Le Cree asbl/Le collectif Recherche Et Expression : Association en faveur des sourds et malentendants. Elle s’investit dans une promotion des moyens d’expression, de communication, d’enseignement et de recherche entre entendants et malentendants.

Le Germoir asbl : une entreprise de formation par le travail (EFT) pour femmes et qui offre plusieurs services :
- Horeca : petite restauration, location de salles, sandwicherie
- Nettoyage de locaux industriels

Kreativa asbl : l’association a pour but de promouvoir un ensemble d’activités si diverses soient-elles, visant l’épanouissement social, culturel et éducatif de l’être humain. Les activités favorisent les rencontres et les échanges relationnels (exemple, stages « nature » pour les jeunes, campagne d’information dans les galeries commerçantes…).

SAW-B asbl « Solidarité des Alternatives Wallonnes et Bruxelloises » : il s’agit d’une fédération pluraliste d'entreprises d'économie sociale. SAW-B est également une agence-conseil en accompagnement et création d’entreprises d’économie sociale et un acteur d'éducation permanente.

Asbl « Quelque chose à faire » : Entreprise de formation par le travail (EFT) qui assure une insertion professionnelle dans le secteur du bâtiment, construction, électricité, plomberie, sanitaire, toiture, peinture, maçonnerie. Elle est reconnue comme « entreprise générale dans le bâtiment ». L’asbl a créé le module « La Rampe » afin de proposer un mois de préformation, de découverte et de choix des métiers du bâtiment, Il se prolonge de deux semaines d’immersion en entreprises pour permettre aux stagiaires de choisir en connaissance de cause leur secteur d’activités. Depuis cinq ans, QCAF se spécialise dans les domaines de l’éco-construction et de l’isolation. Analyse, conseils, accompagnement administratif et technique, réalisation des travaux, c’est tout un package global énergétique que l’EFT propose en vue d’améliorer le bilan thermique des bâtiments.

Monceau-Fontaines asbl : elle s’occupe de la gestion, animation et promotion du site associatif d’économie sociale Monceau-Fontaines.

Quant à Relogeas, elle est présente sur le site depuis sa création. Elle déménagera bientôt mais dans d’autres bâtiments du site (« Pour la quatrième fois ! », précise Anne-Catherine). Cela permettra de doubler la surface des bureaux.






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