Labiso N°111

Les Hirondelles, à Assesse
Centre d'accueil pour Mena

Sommaire



 
 
Le centre d’accueil pour mineurs étrangers non accompagnés (Mena) « Les Hirondelles », à Assesse, a la particularité d’organiser une structure spécifique réservée aux jeunes de moins de dix-huit ans. Vingt-huit résidents y vivent. Ils sont soutenus dans leur parcours scolaire et administratif par une équipe dont le projet pédagogique tient de la vie de famille, de la vie en groupe, des apprentissages et de la transmission.

Chapitre 4 : Pratiques et vécu

Publication inédite (édition in extenso). Langue : français.
Date de publication : 24/08/2010
Etat d'avancement du travail : Terminé.

Classification : SCIENCES SOCIALES / ASSISTANCE SOCIALE

Mots clés : Hirondelles, Mena, Assesse, jeunes, centre, accueil, mineur, étranger, non-accompagné, hébergement, Maillen, Crutzen, enfant

Publication de l'ouvrage : Mme. Charlotte Quevedo le 24/08/2010 à 15:31
Dernière modification : Mme. Charlotte Quevedo le 25/08/2010 à 15:45
Dispose des droits sur la publication.

Publication de la page : Mme. Charlotte Quevedo le 25/08/2010 à 15:39
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Comment se passe le quotidien aux Hirondelles ? Quels sont les défis auxquels l’équipe doit faire face ?

L’exiguïté des lieux

Aussi vaste soit-elle, la maison est trop petite pour respecter l’espace de chacun. L’équipe, qui comptait sur la création d’une nouvelle aile, vient d’augmenter sa capacité d’accueil, passant de vingt à vingt-huit pensionnaires mais le projet d’extension a capoté depuis que la Région wallonne a retiré son subside sans préavis en avril dernier.

 « Nous sommes vraiment très à l’étroit », résume l’équipe. C’est un euphémisme ! La salle d’étude a été transformée en chambre à quatre lits. Le bureau des éducateurs n’est qu’un cagibi et, à côté, la chambre de l’éducateur de nuit a été transformée en un bureau que trois personnes se partagent à tour de rôle aux pieds du lit superposé... « Cela fonctionne parce que l’équipe est volontariste et prête à beaucoup de choses pour que cela marche et parce que nous sommes dans un univers culturel où, a priori, la promiscuité n’est pas forcément insupportable, concède la directrice, mais il y a malgré tout des limites ! »

Conséquences pratiques : « Nous avons des problèmes comme dans toutes les familles nombreuses, mais au carré ! » Des problèmes de sanitaires, de partage des toilettes et des douches, de cuisine, de frigo, d’hygiène, de codes… Comment est-ce qu’on se salue ? Est-ce qu’on parle fort ou tout bas ? À quelle heure dort-on ? Comment est-ce qu’on se dispute ? De quoi rit-on ? De quoi ne rit-on pas ? Ce sont des choses très pragmatiques, terre à terre, quotidiennes, mais qui prennent des proportions incroyables.

Le centre d’accueil des Hirondelles ressemble à une petite Afrique mais les éducations et les personnalités sont très différentes. Heureusement, alentour, il y a le jardin et au village un hall omnisports, des clubs de foot, de basket, une bibliothèque, une église pour les croyants (ou une mosquée à Namur). Avec les années, un beau tissu social, scolaire, médical, paramédical, sportif et culturel s’est construit.

Une réponse originale au manque d’espace : le service des éducateurs de rue du CPAS d’Assesse a mis cet autobus à la disposition du centre pour quelques mois. C’est là que se font les devoirs scolaires.

Le décodage culturel

Il y a quelques années, la présence africaine à Namur était confidentielle. Aujourd’hui, elle s’affirme, se voit, s’interroge. Que font tous ces Africains à Namur ? Et plus largement, que font tous ces exilés africains en Europe ? Les jeunes mineurs étrangers non accompagnés d’Assesse sont pour la plupart issus d’Afrique subsaharienne. Ils sont aujourd’hui vingt-huit à colorer le village de Maillen, la gare de Courrière, les écoles, les clubs sportifs et les associations des environs. Leur présence est visible et suscite tantôt la sympathie, tantôt l’interrogation, voire parfois l’hostilité ou la méfiance. Que viennent-ils faire ici ?

« Dans notre quotidien namurois, la question africaine est, la plupart du temps, vue à travers le prisme des médias : nul n’ignore que plusieurs guerres déchirent le continent et que des maux sociaux et sanitaires y font des ravages. Plusieurs de nos jeunes arrivent en effet de zones en guerre, parfois avec des traumatismes importants. D’autres fuient des persécutions, des discriminations ou sont simplement envoyés par leur famille vers un horizon potentiellement meilleur. C’est à ce stade que nous entendons souvent résonner – explicitement ou implicitement – la célèbre phrase : nous ne pouvons pas accueillir toute la misère du monde…  Phrase par ailleurs écourtée et retirée de son contexte, qui sous-tend insidieusement un certain bon sens populaire et que nous avons pris comme point de départ à notre réflexion. »

Pendant plusieurs mois, les jeunes se sont mobilisés dans un travail d’exploration et d’expression autour de questions abordées sans tabous : les relations Noirs/Blancs, les préjugés et les stéréotypes à l’œuvre de part et d’autre, l’histoire des relations Nord-Sud-Nord, la transculturalité et l’interculturalité dans un contexte mondialisé, l’Afrique comme patrimoine et comme miroir de l’humanité…

Ils ont décidé d’en énoncer quelques-unes à l’occasion du dixième anniversaire du centre «non pas pour établir une vérité ou pour expliquer aux autres comment ils doivent penser, mais bien pour donner du sens à notre présence sur ce territoire. Traditionnellement blancs et monoculturels, les villages environnants sont légitimement interrogés et interpellés par notre présence dissonante. Et il nous semble que la réduction des dissonances passe par un regard croisé sur des réalités qui s’ignorent. »

Le centre a édité une brochure dont les pages sont comme des traces dans le sable, elles proposent des clichés instantanés, des impressions, des expressions… à explorer comme on part à la rencontre de soi-même. D’où viennent les préjugés qui nous habitent aujourd’hui et qui nous séparent en humanité ?

- « Les Noirs sont fainéants ! »
- « Les Africains sont toujours en retard ! »
- « Les Africains sont de grands enfants. »
- « Il faut les assister pour tout, leur apprendre à marcher droit. Ils ne sont pas autonomes. »
- « Ils sont arriérés. »
- « Ils sont encore comme au Moyen-Age ! »
- « Ils sont lents. Tu as beau leur expliquer, ils ne comprennent pas. »
- « Eh le singe, retourne dans ton arbre ! »
- « Ils sont proches de la nature. »
- « Ils doivent s’intégrer dans la manière de vivre ici. Ce n’est pas à nous de nous adapter. Quand on va chez eux, est-ce qu’on fait ça nous ? »
- « Si ça ne leur plaît pas, ils n’ont qu’à retourner chez eux. »
- « Les Noirs, ils n’ont aucune hygiène. Il ne faut surtout pas leur louer un appartement. »
- « Les Africains, ils sont gentils. Ils sont toujours souriants et ils ont le rythme dans la peau.»
- « Ils sont sportifs. »
- « Ça y est, les bougnouls sont encore en train de se prendre pour des victimes ! »
- « On leur a apporté la civilisation et voyez ce qu’ils en ont fait ! »
- « La colonisation, ce n’était pas comme on dit aujourd’hui. Nous, on a fait du bien au Congo ! »
- « Les Africains, ils disent que c’est la faute des Blancs. Mais c’est Mobutu qui a pillé le Congo. De notre temps, le Congo allait beaucoup mieux que maintenant. »
- « Faut arrêter avec la colonisation. C’est du passé ! »
- « Les Africains, ils sont prêts à vendre leur mère pour arriver ici. »
- « Ce sont des faux-culs et des sournois. Ils te font un beau sourire, puis ils t’arnaquent dans le dos. »
- « Ils sont dangereux. Ne fais jamais confiance à un Noir. Tu as vu ce qu’ils ont fait au Rwanda ? »
- « Ils consomment et ils vendent de la drogue. C’est dans leur culture. »
- « Les Africains, c’est mensonge, trafic de faux papiers, arnaques et regarde-moi dans les yeux que je t’entube ! Tu ne peux pas leur faire confiance. »
- « Ils sont sournois. Ils ne te regardent jamais dans les yeux ! »
- « Les Rwandais, tu peux toujours courir ! Tu ne sauras jamais rien. Même entre eux, ils se mentent ! »
- « On ne peut pas accueillir toute la misère du monde. Ils vont finir par nous envahir. »
-  …

Les jeunes ont travaillé leurs représentations de l’Europe avant d’y arriver :

- « C'est le paradis, il y a l'argent, la nourriture, la sécurité, pas de guerre. Si un blanc te voit, il te prend comme un enfant pour t’héberger, pour te soutenir. »
- « L’homme blanc est riche. »
-  « Les Blancs sont propres. Il n’y a pas de saletés, tout est propre, même pas un papier. »
- « Tout ce qu’on n’a pas en Afrique, il y a ici. L’argent coule des murs… Les gens vivent comme des princes. »
- « On dit qu’ils jettent l’argent, toutes leurs affaires à la poubelle quand ils quittent la maison. »
- « Des grandes maisons. Il y a l’électricité partout, même dans les villages. »
- « En Europe, il n’y a pas de mendiants, pas de clochards, pas de personnes handicapées… »
- « Il n’y a que des grandes voitures. Même des voitures en or ! »
- « La peau blanche favorise l’intelligence et la chance. »
- « Les Blancs sont mauvais ; les Africains sont bêtes. »
- « Les Blancs aiment donner des bisous. Les Africains préfèrent recevoir des cadeaux… »
- « En fait, nous on a peur des Blancs. Parce qu’on est pauvre et eux, ils sont riches. »
- «Il y en a qui achètent des enfants aux parents qui n’ont pas d’argent. Les parents croient que leurs enfants auront le bonheur, alors ils les vendent aux Blancs. »
- « Ne fais jamais confiance à un Blanc ! Il va te mettre en confiance, puis dès qu’il n’aura plus besoin de toi, il te plantera le couteau dans le dos. »
- …

Et ils ont aussi travaillé leurs représentations une fois sur place :

- « Ce n'est pas la même chose que ce qu'on imagine, mais il n’y a pas la guerre. Ici, il y a la paix. »
- « Tout le monde fait comme il veut, on est libre. »
- « Les amoureux s’embrassent devant tout le monde ! »
- « Tout est bon ! »
- « Il y a la sécurité, l'école. Quand on est adulte, on peut travailler. »
- « Il fait froid, très froid ! »
- « Chacun reste dans sa maison et personne ne connaît son voisin. »
- « Les maisons sont vieilles et plus petites que je ne croyais… »
- « On doit raconter toute son histoire à des gens qu’on ne connaît pas. »
- « Poser des questions, c’est très impoli. Pourquoi vous posez toutes ces questions ? »
- « Arrivé en Europe, la réalité change. L’homme blanc n’est plus symbole de richesse et de générosité. Tu vas devoir mériter ton cadeau… »
- « L’homme blanc ne vient pas te parler. Tu n’es plus source d’intérêt pour lui. »
- « Les gens sont solitaires et individualistes. Quand tu croises quelqu’un et que tu le salues, il te demande si on se connaît… »
- « C’est incroyable de voir des sans-abri ou d’entendre qu’il y a encore des illettrés ! »
- « L’homme blanc te voit comme un rival qui vient prendre sa place. »
- « C’est pire que la misère en Afrique parce qu’ici, tu ne connais personne et tu restes seul avec tes problèmes. »
- « C’est un pays de papiers. Tout est papier. Il faut avoir des papiers pour tout. On ne te parle pas humain, on te parle papier. C’est un drôle de monde ! »
- « Il y a beaucoup de Blancs qui n’aiment pas les Noirs. »
- « En Afrique, on se dispute et on se traite de bandits. Mais ici, on s’appelle des frères. »
-    …
NB : Ce chapitre est extrait de Présences africaines à Namur, Regards croisés sur les relations Nord-Sud-Nord, une brochure éditée par le Centre à l’occasion de ses dix ans.

Loin de tout

Gros inconvénients de la vie à la campagne : un bus dessert le village le matin, un autre le soir. La gare de Courrière est à trois kilomètres de la maison et il n’y a pas d’accotement pour les piétons. Les éducateurs qui travaillent l’après-midi et en soirée se transforment donc souvent en taxis. Le centre dispose de deux camionnettes de huit places, soit seize sièges pour vingt-quatre jeunes… «  On ne peut même pas sortir tous ensemble pour les mettre au train de 7h15 ! », raille Frédérique Targez, l’une des éducatrices. Le soir, les retours se font aussi à la chaîne : 15h45, 16h45, 17h12, 17h37, 18h12, 18h45… l’indicateur des chemins de fer est imprimé dans toutes les têtes.

Mais rien ne se perd dans ces navettes comme l’explique Frédérique. « Ce sont en fait des moments privilégiés, dit-elle. Comme on est nombreux, on n’a pas toujours la possibilité de se trouver seul à seul avec un jeune. C’est l’occasion de créer une relation plus personnelle avec lui. »

  Une chambre, côté fille

Ambiance !

La semaine s’écoule au rythme scolaire, mais quid des fins de semaine et des congés ? Le week-end, les jeunes sont encouragés à développer des contacts extérieurs avec ce que l’équipe appelle les familles de parrainage. « Dès que les jeunes ont des contacts, on leur demande de nous les présenter, explique Danièle Crutzen. Il peut s’agir d’un copain de classe, d’un cousin de la famille disséminée, d’une personne rencontrée au COO, d’un prêtre, d’un pasteur, d’un membre du club sportif… Bref quelqu’un avec qui du lien s’est tissé, avec qui la sauce prend bien. On essaie qu’ils sortent du centre, qu’ils vivent aussi un peu dehors. »

 Le premier week-end du mois est en revanche réservé aux travaux ou aux loisirs communautaires. Que l’on aime ou pas, tout le monde s’y met ! Et l’équipe aussi. Des soins (kinésiologie ou ostéopathie) sont proposés pour les jeunes le matin. Après la mise en ordre des lieux et le brunch, l’après-midi est réservé à un atelier communautaire (débriefing des problèmes quotidiens, expressions artistiques, réflexions philosophiques…), à une sortie en groupe (escapade à Walibi, au musée…) ou à la préparation des examens quand c’est la période.

 Il est aussi beaucoup question de décodage culturel, c’est d’ailleurs durant ces week-ends que la brochure éditée à l’occasion des dix ans du centre a pris forme.

Côté repas, en semaine c’est Julia la cuisinière qui s’active aux fourneaux. Mais le mercredi et le week-end, place aux jeunes ! À tour de rôle, ils investissent la cuisine. « C’est l’occasion de préparer des plats africains. Ils adorent, remarque Frédérique Targez, mais pas trop souvent car ça revient assez cher. » Chaque jour un jeune se charge de nettoyer les tables et le sol et de remplir le lave-vaisselle. Le week-end, c’est l’inverse, ce sont les éducateurs qui passent l’éponge. L’essentiel est de partager un quotidien, avec ses contraintes et ses marges de manœuvre.

Pour travailler ici, il faut une motivation forte. Il faut aimer confronter son stress et celui des autres, aimer gérer les situations de crises, les questions culturelles, individuelles, le partage du territoire, le manque de place et les problématiques liées à l’âge (ce sont des ados, moitié filles, moitié garçons. C’est universel : ça chauffe !). « En même temps c’est tellement riche ! », lance l’éducatrice, qui enregistre avec philosophie au moins une bonne grosse dispute tous les quinze jours. « Par rapport à une famille nombreuse où ça pète aussi pour des questions de chaussettes ou d’internet, ça va encore ! », assure-t-elle.


  Une chambre, côté garçon

Une formation collective

Autre aspect de la vie communautaire : on se forme ensemble. Outre quelques apprentissages spécifiques à l’un ou à l’autre membre du personnel, l’essentiel du plan de formation se passe en équipe. La réunion hebdomadaire du mardi matin y est consacrée une fois par mois : communication de crise, supervision, décodage culturel, accompagnement scolaire ou encore approche psychocorporelle intégrée, une technique qui les aide à trouver la juste distance.

« Comment ne pas projeter nos propres besoins sur le jeune ? L’un a besoin de proximité, l’autre de distance. Celui-ci a besoin qu’on le laisse tranquille et celui-là qu’on aille le chercher. Nous essayons d’affiner notre perception des choses », explique la directrice. L’équipe travaille également sur la déconstruction des stéréotypes et sur le croisement des perceptions des uns et des autres. C’est un travail dans lequel il est primordial de ne pas gommer les divergences, mais au contraire de les valoriser. Les jeunes ont des besoins divers, il est crucial qu’ils puissent trouver réponse dans des points de vue divers.

Depuis 2009, l’équipe travaille également d’arrache-pied à l’amélioration de l’aide scolaire, notamment grâce aux formations dispensées dans le cadre du projet FER avec Gembloux et l’UVCW.

Le Kasàlà

Au Congo, mais aussi dans toute l’Afrique subsaharienne, le Kasàlà (que l’on peut traduire approximativement par « l’expression poétique, publique, solennelle et bienveillante de la personne ») est une pratique traditionnelle à l’occasion d’un mariage, d’un retour au pays ou d’un événement appelant la célébration d’une personne. Un conteur, un poète vient faire cette louange mais il existe une variante à la tradition : l’auto-louange. Ça marche en Afrique, ça marche aussi aux Hirondelles. La directrice du centre en explique le principe. «Ça commence par ‘Je suis…’, dit-elle. Je fais ma propre louange debout devant la communauté, mon propre éloge en utilisant des propos délibérément dithyrambiques. Ça part du nom. On décline tous ses noms et on en rajoute, on se relie à ses ancêtres, aux éléments de la nature, on se décline sous forme de symboles, d’animaux. En même temps c’est plein de dérision et de distance. On transforme ses pires défauts... À travers cela, il y a quelque chose qui s’exprime. Même chez ceux qui ne maîtrisent pas bien la langue, les expressions sont d’une grande intensité. »

J’appelle Gaëlle la Généreuse issue des Mille-Collines
Le Dragon qui nourrit l’imagination

Déborah Miel délicat d’Angola
Boule de feu prête à exploser
Hirondelle toujours en voyage

Serge le Battant Léopard affamé
Celui que la douleur propulse et la souffrance renforce
Celui qui fonce toujours avec certitude

Silvia la Dansante sœur de Darlyss
Folie dorée qui meut les amoureux
Parole et Rire Lumière et Forêt de bonheur

À sept ans l’âge où Sunjata le Malien
se redressa et déracina un baobab
Louis fut proclamé meilleur athlète du pays
On l’appelle le Lion à l’intelligence alerte

Rosa l’Angolaise la Rieuse L’Amoureuse de la musique
langue que parlent les dieux et les artistes

Michael Eau porteuse de vie Étoiles qui percent le firmament
Intelligence qui pénètre les mystères Paix qui rend la vie agréable

Aïssatou le Danger qui détruit l’insolent
Colère étincelante au Verbe puissant
Surviveuse à la fière allure
Celle que nul ne détruit

Bibiche belle Kinoise
Etoile éblouissante Musique inépuisable

J’appelle Danielle aux deux ailes
Fille de la Lande rude et austère
Eau Claire et pure de la terre nourricière
Amour qui choisit l’adversité pour vaincre l’indifférence
Serment d’une humanité fracturée violée jamais détruite
Joie qui renaît des cendres
Insignifiance dont le cœur
est au cœur de nos cœurs

Marjorie l’Assistante Cœur à ciel ouvert
l’Aimante qui veille sur la santé du corps et de l’esprit
faisant de chaque jour un jour sacré

Annette la Mère-grand au cœur de jeune fille
La Maternante qui rythme le subtil

Julie la Structure et la Méthode
La Patience à toute épreuve
L’Invention de solutions inattendues

Frédérique l’Artiste de la Pudeur Nomade qui sait qu’elle passe
et soigne la trace qu’elle laisse sur la piste

Stéphanie la Juriste qui rend le droit dérobé
Intelligence fougueuse Mémoire du Mena
Ouvrière qui virevolte d’une fleur à l’autre
Porte grande ouverte par où entre l’espoir
Celle qui fend les forêts touffues et impossibles

Extrait du Kasàlà récité par Jean Kabuta
à l’occasion du dixième anniversaire des Hirondelles le 3 avril 2010.





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