Chapitre 2 : En selle !
Date de publication : 14/12/2011
Etat d'avancement du travail : Terminé.
Classification : SCIENCES SOCIALES / ASSISTANCE SOCIALE
Mots clés : CREE, jeunesse, sourds, malentendants,équitation, enfants, Collectif Recherche et Expression, Shahin Mohammad-Lagneau
Publication de l'ouvrage : Mme. Charlotte Quevedo le 14/12/2011 à 16:53
Dernière modification : Mr. Pierre-Yves Krywicki le 20/12/2011 à 20:00
Dispose des droits sur la publication.
Publication de la page : Mme. Charlotte Quevedo le 15/12/2011 à 11:50
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Ce dimanche matin d’octobre, c’est la reprise des cours. À Vieux-Genappe, le manège Takirou accueille la quinzaine de cavaliers du CREE deux dimanches par mois. Quelques parents font le déplacement pour les y amener. Les autres se sont mis en route de bonne heure. « Nous organisons des navettes au départ de Bruxelles et de Charleroi grâce à nos deux minibus », explique Shahin. À neuf heures et demie, tout le monde est fin prêt pour le rassemblement.
Ils ont entre six et dix-sept ans : Charlotte, Léa, Stéphanie, Claudia, Johan, Fanny, Manon, Besarta… et leurs moniteurs se placent en cercle sur la piste couverte pour un jeu collectif, une mise en jambe avant de passer aux choses sérieuses. Car la matinée sera bien remplie : entre la séance de théorie et la pratique, il s’agira d’aller chercher les chevaux au pré, de les soigner, de les seller.
Le poney-club Takirou est une petite ferme familiale du Brabant wallon, près de Lillois. La propriétaire du manège, Muriel Grombeer, possède une trentaine de chevaux et de poneys qui, au fil des ans, ont apprivoisé les enfants et se sont habitués à la langue des signes. La collaboration entre les deux institutions est primordiale. « Le gérant du manège a sa philosophie et sa manière d’enseigner mais ce sont nos formateurs qui donnent cours à sa place. Il prend le risque que nous modifiions, entre guillemets, l’éducation de ses chevaux. Peu de gérants acceptent cela », dit Carole Rettmann. Entre autres critères de choix d’un manège, il faut aussi un nombre suffisant de montures à disposition ainsi qu’une infrastructure adaptée aux sourds. « Ici, ce n’est pas à 100% le cas, souligne Carole. Six poneys sont installés côte à côte dans un couloir. Tout le monde ne peut pas communiquer avec les chevaux en même temps, ça manque d’espace. »
De nombreux manèges sont par ailleurs complets le week-end. Et le prix garde son importance dans un secteur de loisir où l’on frise parfois des sommes astronomiques. « Nous souhaitons rester accessibles, insiste Shahin. Cette activité coûte 140 euros pour douze séances. C’est aussi pour cela que nous réservons nos places aux enfants sourds. » Le CREE est attentif aux familles en difficulté, leur situation financière ne doit pas compromettre la participation d’un enfant. Pour faire face à ce genre de cas, l’association a créé un service social en 2006. « Notre assistante sociale rencontre les familles et les enfants. Sur base de différents critères, elle peut leur accorder des bourses en fonction de leur moyens, voire la gratuité », précise Shahin.
Cinq ans après le lancement de l’activité en Brabant wallon, le CREE gère une longue liste d’attente, au point de dédoubler le groupe. Depuis cet automne succèdent donc aux matinées les après-midi de l’équitation. Ceci a été rendu possible grâce au prix Egaltitude-Action sociale 2011 venu récompenser cette activité de l’asbl comme outil d’épanouissement culturel et social pour des enfants et jeunes sourds et malentendants.
C’est à Outrelouxhe, près de Huy, que ces nouveaux cours se donnent. Ils permettent à huit enfants de la province de Liège, de Namur ou encore du Luxembourg d’y avoir accès plus facilement. « Nous avons reçu 5 000 euros. Ils vont nous permettre également de développer notre filière formation », ajoute Shahin. Parce que trouver des animateurs qui combinent la pratique de l’équitation et celle de la langue des signes n’est pas chose aisée, le CREE est tout naturellement devenu un organisme reconnu de formation. Et les candidats ne viennent pas nécessairement de très loin. « Cette année, l’un de nos jeunes a en effet décidé de se spécialiser dans l’animation. Il va rejoindre les animateurs en tant que stagiaire », se réjouit la responsable de l’atelier.

Les poneys et les chevaux attendent leurs cavaliers au pré
Tout comme les activités proposées aux enfants, la formation de formateur du CREE nécessite une adaptation à son public. « Un public de jeunes sourds n’est pas un public d’entendants, rappelle Shahin. Nous devons adapter les modules théoriques car une grande majorité de personnes sourdes n’ont pas eu de chance dans l’apprentissage de l’écriture et de la lecture. » La responsable de la com’ du CREE rappelle au passage le manque d’interprètes en langues des signes en Belgique et l’absence formation officielle reconnue, une autre raison pour le CREE de former lui-même des futurs « moniteurs d’équitation » capables de s’exprimer en langue des signes, qu’ils soient sourds ou entendants.
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