Labiso N°128

Le CREE
Les joies de l'équitation offertes aux enfants sourds

Sommaire



 
 
Le CREE est une organisation de jeunesse qui s’adresse aux enfants et aux jeunes sourds ou malentendants. L’une de ses activités-phares, « les matinées équitation », remporte un succès grandissant auprès de ce public spécifique.

Chapitre 4 : Un outil et une méthode spécifiques

Publication inédite (édition in extenso). Langue : français.
Date de publication : 14/12/2011
Etat d'avancement du travail : Terminé.

Classification : SCIENCES SOCIALES / ASSISTANCE SOCIALE

Mots clés : CREE, jeunesse, sourds, malentendants,équitation, enfants, Collectif Recherche et Expression, Shahin Mohammad-Lagneau

Publication de l'ouvrage : Mme. Charlotte Quevedo le 14/12/2011 à 16:53
Dernière modification : Mr. Pierre-Yves Krywicki le 20/12/2011 à 20:00
Dispose des droits sur la publication.

Publication de la page : Mme. Charlotte Quevedo le 15/12/2011 à 12:22
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C’est le visuel qui parle. La pédagogie est totalement différente d’un cours donné à des enfants entendants. « Le fait qu’ils n’entendent pas leur demande beaucoup plus d’attention au niveau du regard », explique Carole Rettmann. La consigne est donc pour chaque cavalier, même au galop, de conserver un contact visuel avec son moniteur. Mais comment lui faire savoir qu’il ne se tient pas correctement ? Impossible de le lui signaler dans l’immédiat, de le corriger au moment même. « On fait signe à l’enfant d’arrêter le cheval, poursuit la responsable, et on revient sur l’attitude qui pose question – si l’enfant s’en souvient. » Inévitablement, la multiplication de ces scènes entrecoupe et allonge la séance.

La préparation d’un tel atelier n’est pas une mince affaire car les outils sont à inventer. « Nous rendons tout visuel, explique Shahin. Nous passons des heures à préparer ces leçons en équipe, à créer des dessins, des vidéos, des montages de photos. » Qu’il s’agisse des jeux d’équipe, du vocabulaire spécifique à l’équitation ou des consignes, toute la communication est visuelle, imprimée sur un support ou traduite en langue des signes. C’est aussi pour cela que le groupe ne peut décemment pas dépasser la quinzaine de participants. Une attention personnelle est accordée à chacun. Il s’agit de se garantir que chaque apprenti cavalier a bien compris les instructions.

Pour s’en assurer, l’encadrement est optimalisé. Alors que dans un mouvement de jeunesse ordinaire par exemple, il peut être d’un moniteur pour douze. Au CREE, il est d’un pour trois. « Nous devons être capable de réagir à tout moment », explique Carole Rettmann. Chaque moniteur est en outre secondé par un accompagnateur entendant ou par un accompagnateur sourd qui pratique également la langue des signes, de sorte que toute intervention est d’office bilingue. « Le rôle de l’accompagnateur est aussi, pendant que le moniteur donne cours, de surveiller, d’encadrer, de rassurer un enfant qui a peur ou qui a besoin de plus d’explications », ajoute-t-elle. Le fonctionnement en binôme sourd-entendant permet aussi de multiplier et de compléter les canaux de communication car de plus en plus d’enfants implantés ne signent pas.



L'apprentissage est individualisé. La monitrice explique, montre, observe, aide, rectifie le geste.

La qualité et la fiabilité de l’accompagnement est aussi l’une des raisons qui soutient le choix du CREE de se centrer sur les enfants sourds. « On a essayé d’accueillir des enfants qui présentaient d’autres handicaps mais on s’est rendu compte qu’il nous fallait des formations spécifiques. Quand on accueille un enfant qui a un handicap moteur ou mental ou qui est aveugle en plus de la surdité, il faut à tout moment un animateur à ses côtés. Ce n’est malheureusement pas possible, nous sommes une organisation de jeunesse, pas un institut spécialisé », explique Shahin. L’équipe du CREE a conscience de ses limites, mais elle n’est pas fermée aux partenariats.

Comme la communication est difficile, le travail de la confiance est essentiel. L’enfant n’entend pas le cheval qui respire, qui souffle. « On lui apprend à l’approcher par le côté, à le caresser, à souffler dans son museau, à entamer une relation. » On lui apprend aussi à respecter l’animal, à ne pas faire trop de bruit. « On a un jeu avec les débutants, on leur met un foulard sur les yeux et les confirmés les guident auprès des chevaux pour les toucher, sentir leur museau, entrer en contact avec la monture », explique Shahin. Le but est de leur prouver qu’ils sont capables de le faire. « Entre un nouvel inscrit et un ado régulier de quinze-seize ans, vous voyez que ce dernier s’est affirmé », assure-t-elle. C’est aussi un acquis pour la vie dans la société.



Avant de monter, les cavaliers préparent la monture.



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