Chapitre 9 : Troubles psychiques et retour à l’emploi : obstacles et paradoxes
Date de publication : 31/03/2012
Etat d'avancement du travail : Terminé.
Classification : SCIENCES SOCIALES / ASSISTANCE SOCIALE
Mots clés : emploi, trouble, psychiatrique, réhabilitation, professionnelle, travail, psychiatrie, bénéficiaire, hopital, rechute, maladie, métier, psy, employé, obstacle,Le soutien en emploi
Publication de l'ouvrage : Mr. Labiso Newsletter le 31/03/2012 à 16:27
Dernière modification : Mr. Labiso Newsletter le 10/04/2012 à 10:18
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Extraits d’un article publié dans Alter Echos, n° 308, le 23.01.2011, Marinette Mormont.
Le secteur de l'ISP se voit de plus en plus confronté à un public porteur de troubles psychiques. De son côté, la santé mentale doit jongler avec la problématique du retour à l'emploi de ses usagers. Un débat plus qu'intéressant au moment où l'on (re)parle de « catégorisation » des chômeurs.
Pour penser ce retour à l'emploi, le Fonds Julie Renson (Fondation Roi Baudouin) a organisé le 29 novembre 2010 un séminaire : « Un travail décent pour les personnes atteintes de troubles psychiques ». Il a réuni experts, travailleurs de terrain et organisations de patients. Petite devinette en guise de préliminaire : les troubles mentaux, cause ou conséquence de l'absence d'emploi ou du « mal emploi » ?
L'œuf ou la poule ?
« La question est de savoir si ce sont les troubles de santé mentale qui entraînent l'impossibilité de trouver un emploi ou si c'est l'emploi mal adapté qui entraîne des problèmes de santé mentale, s'interroge Bernard Spinoit, directeur de l'EFT Quelque chose à faire (Monceau-sur-Sambre) et président du Centre de santé mentale La Pioche (Marchienne-au-Pont). Les analyses ont validé de façon prépondérante "l'hypothèse d'exposition". Ce sont le chômage et l'emploi non adapté qui engendrent les problèmes de santé mentale », nous explique-t-il, se référant à une intervention de Georges Liénard (Centre interdisciplinaire de recherche, travail, Etat et société, UCL), au CSEF-Charleroi, le 24 novembre 2010.
Bernard Spinoit plaide pour cesser de psychiatriser les problèmes de santé mentale. « Les stagiaires sont d'abord en demande d'insertion et non pas en demande qu'on les soigne, qu'on les étiquette. » L'expérience professionnelle, valorisante et structurante, est le premier levier à activer. Certaines personnes nécessiteront en outre un soutien psychologique.
« Il peut y avoir des cas de burn-out, d'essoufflement et de décompensation face à des situations de travail difficile. Mais il y a aussi des situations de maladie mentale relevant de la psychiatrie et des cas d'hospitalisation. Ce sont deux réalités différentes », tempère Isabelle Muniz, conseillère en réhabilitation professionnelle à l'Espace Socrate5. Pour elle, le travail peut être source de tensions mais il a aussi un rôle social et de valorisation personnelle.
S'appuyant sur une petite enquête menée auprès d'usagers en santé mentale, Sylvie Carbonelle (ULB et CDCS asbl) montre en effet qu'une partie des personnes interrogées a vécu une logique de rupture suite à un rapport au travail douloureux. Pour ces personnes, quitter leur travail était une question de survie et elles ne sont pas certaines de pouvoir « tenir le coup » dans un nouvel emploi. Une autre catégorie d'usagers, plus jeunes et n'ayant pas ou que peu d'expérience professionnelle, considère le travail comme un vecteur d'insertion sociale, de normalisation et de dépassement du handicap.
Quoi qu'il en soit, les troubles psychiques se révèlent être une des principales causes d'incapacité de travail. Parmi les invalides (en incapacité de travail depuis plus d'un an), 34 % étaient en 2008 en incapacité de travail pour des troubles psychiques. Et cette proportion est en augmentation puisqu'ils étaient 29 % en 1999. Soit une hausse de 49 % en dix ans, contre 30 % au cours de la même période pour le groupe des invalides (Facteurs explicatifs relatifs à l'augmentation du nombre d'invalides - travailleurs salariés, Inami, 2009). Usagers de la psychiatrie ou personnes psychiquement fragilisées, pour beaucoup se pose à un moment ou à un autre la question du retour à l'emploi. Plusieurs associations, comme Article 23 (Liège) ou l'Espace Socrate, s'attellent à soutenir ces personnes dans leur parcours de réinsertion. Mais les obstacles à surmonter sont nombreux.
ISP et SM : un rapprochement ?
« Introduire le projet professionnel dans le processus de soin n'est pas forcément évident, nous dit Silvano Gueli. Les psychologues ne connaissent pas grand-chose au monde du travail. » Le monde du travail et de l'insertion ne se sent pas, lui non plus, toujours armé face aux problèmes de santé mentale de ses stagiaires. La solution ? Le décloisonnement. L'EFT Quelque chose à faire a par exemple signé une convention avec La Pioche afin d'accueillir ponctuellement des psychologues dans l'EFT.
Pour Isabelle Muniz, les choses sont en train de changer. « Il y a de plus en plus de groupes de travail, de réunions entre les deux secteurs, c'est assez positif car finalement, ils sont confrontés au même public. Ce qui manque, c'est un lieu qui coordonne l'information sur tous les aspects de la maladie. »
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