Chapitre 4 : Sur le terrain : « 100 limites », au-delà des différences
Date de publication : 08/04/2012
Etat d'avancement du travail : Terminé.
Classification : SCIENCES SOCIALES / DROITS DE L HOMME
Mots clés : culture,CPAS,créativité,théâtre,art,photo,travail social,travail culturel,asbl,public,Droits de l'homme,droit,déclaration universelle,démocratie, théâtre,financier,spectacles,Wallonie,Bruxelles, réflexion,associatif,article 27
Publication de l'ouvrage : Mr. Labiso Newsletter le 08/04/2012 à 23:13
Dernière modification : Mr. Labiso Newsletter le 10/04/2012 à 15:16
Dispose des droits sur la publication.
Publication de la page : Mr. Labiso Newsletter le 09/04/2012 à 00:52
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Dans une ruelle étroite du vieux Marche-en-Famenne se cache un ancien cinéma : « Le studio ». Celui-ci a été investi par la Maison de la culture qui en a fait une salle de spectacle.
En ce début du mois de janvier, pendant les vacances d'hiver, une poignée de jeunes, que rien ne différencie a priori, attend patiemment dans le hall d'entrée. Ils participent tous au projet « 100 limites » qu'Article 27 anime et organise en partenariat avec la Maison de la culture et une série d'associations locales.
Les jeunes qui déambulent vers la scène ont entre 15 et 30 ans. Certains sont handicapés, d'autres pas. Avant de créer leur propre performance musicale et théâtrale – qui sera présentée lors du vernissage d'une exposition sur le handicap nommée « Knitting dolls » – nos artistes en herbe sont accompagnés et encouragés lors d'ateliers divers. Des exercices classiques d'échauffement théâtral leurs sont proposés. « Avant de faire de l'art de scène, c'est très important de se mettre en condition », leur scande Delphine Noël, la coordinatrice de la cellule Nord-Luxembourg d'Article 27. Les voilà qui se passent des liens fictifs en riant, puis qui se frottent les bras. Deux groupes se font face. Ils tirent sur une corde imaginaire. Les exercices s'enchaînent, parsemés d'éclats de rires, et leur complexité augmente.
« Ce matin, on essaye d'insuffler l'envie, la curiosité pour la musique, le théâtre et l'expression corporelle », explique Delphine Noël, « car nous allons nous servir de ces trois disciplines pour la création du spectacle "100 limites" ». En mélangeant les publics, l'association reste fidèle à son ambition de décloisonner les univers sociaux, comme le rappelle la coordinatrice : « Nous essayons de ne pas laisser les gens entre eux. Ce type de projet permet le mélange. Mais il permet aussi d'amener vers la culture un public qui n'irait pas spontanément. » Pour aller vers la culture, Article 27 « donne la main » aux bénéficiaires, car Delphine Noël constate au sein de son public une « petite peur ». « Dès lors, on essaye de les accompagner sur le chemin de l'autonomie culturelle », dit-elle.
Baptiste Thibault a parfois le regard fuyant. Quand il nous parle, il semble s'égarer dans des dédales que lui seul connaît. Mais il s'enthousiasme dès qu'on évoque le projet « 100 limites » qu'il dit « bien aimer », tout simplement, en prenant des poses théâtrales. Ce qui lui plaît, outre la pratique du théâtre, c'est de « rencontrer des gens », qu'il ne connaît pas et « d'apprendre à s'exprimer ». Jessie, quant à lui, du haut de ses 16 ans, trouvait « chouette de mélanger la musique et le théâtre et de pouvoir partager ça avec d'autres jeunes qui ont des problèmes. » Il chérit la pratique du théâtre, car « on peut y dire ce qu'on veut. C'est nous qui racontons l'histoire. On est au centre de l'attention ». Loren est elle aussi enthousiaste à l'idée de concilier théâtre et musique. Lorsque la Maison de jeunes de Marche lui a proposé de s'associer au projet d'atelier avec des personnes handicapées, elle a accepté sans hésiter. « Le fait qu'on soit avec des personnes différentes, c'est chouette. Ce n'est pas plus compliqué et c'est intéressant. On apprend comment ils vivent », confesse-t-elle simplement.
Cet enthousiasme des participants fait le bonheur de Delphine Noël qui assure que ce type de projets engendre des « bienfaits sur l'ensemble des participants ». Quel type de bienfaits ? « Leur valorisation, nous répond-elle. C'est une remise en confiance. On crée à partir de ce qu'ils sont, sans rien imposer. On les prend où ils sont et on les tire vers le haut, avec l'ambition que les projets soient vus du grand public. Car je n'ai pas envie de faire de l'occupationnel. »
Sur scène, les corps des 15 jeunes s'agitent sur le rythme efficace des Last shadow puppets. « Allez, on exploite son corps, dans tous les sens », leur crie-t-on. Un avant-goût des joies musicales qui les attendent. Quelques minutes plus tard, après une pause bien méritée, chacun se munira d'un instrument pour se lancer dans une composition musicale qu'ils avaient esquissée la veille. Des percussions, deux guitares, une basse, un clavier, une clarinette attendent leurs musiciens.
La coordinatrice locale d'Article 27 s'aventure un peu plus loin dans les explications concernant le sens profond des activités de l'association : « On n'arrive pas forcément à travailler les questions de citoyenneté à l'école ou dans les familles. Nous, on se réapproprie ce rôle là. Pour un meilleur "vivre ensemble". Afin de transgresser les stéréotypes, les clichés ». Et la plupart du temps, « ça marche », comme on dit dans la région. « Nous avons ce matin un mélange de publics qui fonctionne, une richesse humaine, une spontanéité... », se laisse emporter Delphine Noël. Un engouement que l'on retrouve pleinement à la Maison de la culture de Marche-En-Famenne, principal partenaire – et hôte – d'Article 27 en Nord-Luxembourg. Yaël Body, animatrice jeunesse à la Maison de la culture nous confie sa vision du projet. « Non seulement nous avons voulu mixer les horizons sociaux, grâce à divers partenaires, mais nous avons aussi voulu mélanger jeunes "normaux" et jeunes "handicapés", même si sur certains points ils le sont beaucoup moins que d'autres. Quand on voit leur façon de bouger, de se lâcher, les gens normaux auraient beaucoup à apprendre d'eux. La musique, le théâtre permettent ce genre de chose : casser les barrières sociales. » Et pour favoriser cette diversité sociale, de nombreuses associations sont partenaires de ce projet : la Maison de jeunes, le service d'insertion sociale et le service jeunesse de la Commune de Marche, l'asbl Andage, ou Intégra plus.
Sur la scène, la magie opère. Quelques notes égrenées s'accrochent à une rythmique cadencée. Un thème simple qui rentre dans la tête. Comme une fugue. Bien sûr, certaines parties rythmiques sont hésitantes. Parfois, des dissonances troublantes viennent se frotter à la cohérence de l'ensemble. Mais on s'y retrouve. Jessie montre son talent. Un virtuose du piano, malgré ses difficultés visuelles. Loren assure sa partie de guitare et Bertrand lutte avec sa clarinette pour rester dans le tempo. Tous y mettent de la bonne volonté et créent quelque chose, ensemble.
Pour Delphine Noël, ce qui se passe sur scène est un signe évident du bien-fondé de ce projet. « Le début de l'atelier musical était un peu chaotique. On a envie qu'ils trouvent tous leur place. Ce n'est pas toujours évident. Ils sont quatorze. Il faut pouvoir gérer ce qui est rythmique. Ils n'ont pas tous les mêmes aptitudes mais ils ont tous envie. Je suis très enthousiaste et émerveillée car en une heure ils nous ont composé un morceau qui tient à peu près la route. C'est venu de la spontanéité du moment. »
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