Labiso N°133

Le CPAS de Honnelles
Des actions pour redynamiser une zone rurale

Sommaire



 
 
Le CPAS de Honnelles, en milieu rural, propose aux habitants des services leur permettant de rester dans leur village où les « traditionnels » problèmes de pauvreté se superposent aux questions d'isolement, de mobilité, d'accès aux commerces et aux loisirs.

Chapitre 2 : Services « traditionnels » du CPAS

Publication inédite (édition in extenso). Langue : français.
Date de publication : 04/04/2012
Etat d'avancement du travail : Terminé.

Classification : SCIENCES SOCIALES / ASSISTANCE SOCIALE

Mots clés : CPAS, milieu rural, habitants, mobilité, pauvreté, aide, village, services, mobilité, loisirs, dettes, endettement, finances, ville, agglomérations, travail, emploi, suivi, chômage, chômeurs, jeunesse, taxi, cv, seniors, familles, isolement,

Publication de l'ouvrage : Mr. Labiso Newsletter le 04/04/2012 à 10:43
Dernière modification : Mr. Labiso Newsletter le 10/04/2012 à 10:34
Dispose des droits sur la publication.

Publication de la page : Mr. Labiso Newsletter le 10/04/2012 à 13:28
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Nous détaillerons dans ce chapitre les activités du CPAS de Honnelles. Pour ce faire, nous nous pencherons tout d'abord sur les services plus « traditionnels » offerts par la structure. Nous nous intéresserons ensuite aux actions mises en place dans le cadre du « maintien à domicile » évoqué plus haut.

Service social, médiation de dette, lutte contre le surendettement

Ce service « classique » du CPAS emploie deux assistantes sociales. La première d'entre-elles, Rachel Pollaert, est en charge de la médiation de dette. Elle est aussi la plus ancienne puisqu'elle y officie depuis août 2002, d'abord à mi-temps et puis à temps-plein. Une longue période qui lui a permis de constater que les choses évoluent. « Le nombre de personnes en difficulté augmente, explique-t-elle. Quand je suis arrivée, un mi-temps suffisait amplement alors qu'aujourd'hui je suis à temps-plein et je suis contente qu'on ait engagé une deuxième assistante sociale (ndlr : Noëlle Levant, en 2008), même si la situation n'est pas aussi compliquée qu'au CPAS de Mons. Travailler seule dans le social est parfois dur, il est important d'avoir une collègue à qui parler. »

Si le nombre de prises en charge augmente, les situations dans lesquelles se trouvent les gens sont aussi de plus en plus compliquées. « Je fais de moins en moins de médiation de dette à l'amiable et de plus en plus de règlements collectifs de dette (ndlr : environ 2/3 des cas), explique Rachel Pollaert. Depuis deux ans, il y a également de plus en plus de gens qui font appel au Fonds énergie et au Fonds mazout. Ce sont des phénomènes récurrents, comme le fait également de rencontrer des couples qui vivaient confortablement mais où les deux conjoints ont perdu leur travail presque en même temps. »

Pour le Fonds Mazout, c'est Noëlle Levant qui est en charge de cette tâche, tout comme de bien d'autres (voir activités jeunesse et seniors) et de certaines dans le futur (elle sera bientôt appelée à épauler Rachel Pollaert à la médiation de dette). « Le Fonds mazout s'adresse aux petits revenus, aux Vipo (veufs, invalides, pensionnés et orphelins) ou encore aux personnes en médiation de dettes, explique Noëlle Levant. Nous avons également beaucoup de pensionnés. Nous octroyons à toutes ces personnes 70 euros par 500 litres de Mazout et si celles-ci sont vraiment dans l'impossibilité de payer, nous pouvons leur offrir 500 litres. Il y a également les bons charbon, gratuits, qui permettent une intervention par semestre pour 500 kg de charbon gratuit », explique l'assistante sociale. Un des gros problèmes de la région vient en effet du fait qu'elle n'est pas reliée au gaz de ville, moins cher. Les aides du CPAS sont dès lors parfois indispensables pour certains publics qui n'hésitent pas à « mixer » les différentes sources de chauffage.

Rachel Pollaert (au premier plan) et Noëlle Levant (en arrière-plan) au travail en compagnie d'une stagiaire

Cela dit, d'autres caractéristiques de la zone compliquent parfois le travail des assistantes sociales avec les « accidentés de la vie », comme les appelle Rachel Pollaert. « Il n'y a pas ou peu de SDF à Honnelles, explique-t-elle d'ailleurs. La misère en milieu rural est peut-être moins visible qu'en ville, mais cela ne veut pas dire qu'elle n'existe pas. Et elle est donc moins facilement repérable, un phénomène encore renforcé par l'isolement géographique de certaines personnes. » Des propos qu'approuve Noëlle Levant. « Certains disent en rigolant qu'ils sont ravitaillés par les corbeaux tellement ils sont isolés, sourit-elle. Ces gens-là, nous avons beaucoup de mal à entrer en contact avec eux. »

Un problème renforcé par le fait que « tout le monde se connaît » dans les petits villages et que certains rechignent donc à faire appel à l'aide du CPAS par peur des regards qu'on pourrait leur porter. « Beaucoup viennent vraiment ici en dernier recours, explique Rachel Pollaert. Ils veulent dès lors sortir du bureau avec une réponse tout de suite. Et comme ce n'est pas possible, ils ont l'impression qu'on ne les pas entendus et ne reviennent plus. » Une impression que confirme Noëlle Levant, tout en poussant un petit coup de gueule. « Certains viennent ici par dépit, d'autres n'osent pas demander, ils ont honte. Par contre, ce qui peut énerver, c'est que à l'opposé de ces cas, d'autres qui "chipotent" depuis toujours estiment que tout leur est dû, qu'ils doivent automatiquement recevoir quelque chose. »

L'insertion socioprofessionnelle

La mission d'insertion socioprofessionnelle au CPAS de Honnelles est en réalité composée de deux têtes : le service insertion socioprofessionnelle et « Proaction », une collaboration que le Forem a établie avec dix CPAS de la région de Mons.

Le service insertion socioprofessionnelle :

Animé par Jonathan Haudez, agent d'insertion, le service n'existait pas il y a quelques temps. « Il n'y avait pas de service ISP auparavant, explique Jonathan Haudez. Nous l'avons créé. ». Comment fonctionne-t-il ? Après un bilan de ce qui a été accompli avec la personne avant son admission au CPAS, Jonathan Haudez réalise ce qu'il appelle un « projet d'intégration sociale ». « Ce projet peut être basé sur différentes choses, nous explique-t-il. Cela peut être un retour aux études, une entrée en formation, un stage en entreprise, des cours d'alphabétisation ou la mise à l'emploi, souvent sous forme d'article 60. » Pour ce faire, le CPAS « réseaute » à tout va, que ce soit à destination des EFT (entreprises de formation par le travail) du coin ou même vers la France, qui n'est pas loin, et son ANPE (agence nationale pour l'emploi).

De manière plus générale, un cluster ISP couvrant les entités de Honnelles, Quiévrain et Henzies est basé à Honnelles et accueille toutes les personnes bénéficiant du revenu d'intégration sociale. Géré par les trois CPAS, le cluster est ouvert à tout le monde. « L'accès n'est pas limité aux personnes issues des trois entités », explique notre interlocuteur. Cependant, cela ne veut pas dire qu'il n'existe pas de cadre un peu plus strict. « Si une personne refuse de se faire suivre, elle peut voir son revenu d'intégration sociale supprimé, explique-t-il. Il y a eu un certain changement dans l'action du CPAS. Avant, on parlait de centre public d'aide sociale. Maintenant, il s'agit de centre public d'action sociale... »

Un glissement qui n'est pas pour déplaire à Jonathan Haudez. « Bien sûr, il est important, dans mon travail, de tenir compte de l'humain. Il y a ici des gens extrêmement précarisés, des gens qui voudraient "y arriver", mais qui ne peuvent pas, qui ne possèdent pas les outils adéquats. Mais nous sommes aussi confrontés à des personnes qui ne veulent pas travailler, au chômage depuis trois générations et pour qui ce statut est une valeur. Dans certaines familles que nous accompagnons, on se moque des membres qui décident d'aller bosser. Il faut dire que ce n'est pas toujours très avantageux d'opter pour l'emploi. Certains touchent 980 euros par mois du chômage et bénéficient de toutes sortes d'avantages. Pourquoi dès lors aller travailler pour 1200 euros par mois, avec suppression de ces mêmes avantages ? Les salaires ne sont pas assez élevés, il y a beaucoup de travailleurs pauvres. »

Quoiqu'il en soit, travailler avec ces deux types de public est compliqué d'après notre interlocuteur. « C'est assez dur, il faut leur montrer quelle est l'utilité de travailler », continue-t-il. Il s'agit ici de faire prendre conscience aux personnes des avantages qu’une mise à l’emploi (statut, relations sociales,…) peut engendrer même s’il y a perte des avantages « sociaux ». « Chaque suivi est très long, même si je suis convaincu que tout le monde possède certains outils. J'essaye de les aider, de faire de mon mieux. C'est un travail où il faut aimer les gens », explique notre interlocuteur.

Proaction :

« Proaction » est une collaboration financée par le fédéral et le Fonds social européen que le Forem a établie avec dix CPAS de la région de Mons depuis 2001. Pour le territoire de Honnelles, c'est en 2006 que la collaboration a été initiée. Le public concerné est bien défini. Il s'agit des personnes arrivant au bout d'un contrat article 60, de celles ayant été sanctionnées par l'Onem dans le cadre de l'accompagnement individualisé des chômeurs ou de bénéficiaires du revenu d’intégration sociale. Le but est de les réinsérer sur le marché de l'emploi.

Illimité dans le temps, cet accompagnement est aussi volontaire. Même si, un travailleur du CPAS nous le dira en souriant, il est aussi « très conseillé ». « Proaction s’articule autour d’une logique de complémentarité et de mutualisation des expertises, explique Florence Lemaire, coordinatrice de Proaction depuis 2008. Il offre à des publics dépourvus d’autonomie, découragés et installés dans une logique d’échec, un accompagnement de préparation à l’emploi et un contexte résolument positif construit sur une relation de confiance. Nous cherchons bien évidemment à leur trouver un contrat à durée indéterminée. Mais c'est assez compliqué. »

Florence Lemaire nous confirme également que les personnes accompagnées ont souvent en commun une accumulation de situations d’échec desquelles elles ont l’impression de ne pouvoir sortir. Or, ces problèmes financiers, sociaux, familiaux, de logement ou de santé sont à résoudre avant d’envisager de chercher un emploi de manière optimale. « Comment se présenter tous les jours au boulot si on vit dans un logement insalubre, s'interroge-t-elle. Tout cet aspect social, nous en tenons compte lors de nos entretiens et nos actions d’insertion. Nous essayons de résoudre cette situation le plus efficacement possible en collaboration avec les assistants sociaux même si ceci n’est pas notre fonction première. »

Il est évident aussi que d’autres facteurs viennent influencer la problématique et se cumuler : la culture de la famille, la non-maîtrise de la langue française, la nationalité, la méconnaissance des structures d’aide. « La difficulté quotidienne réside dans le fait qu’il faut motiver les personnes à aller travailler (parfois pour moins que le chômage) et que pour ce faire, ils sont obligés de se déplacer et de sortir de leur village. Cela dit, si on a envie de s’en sortir, tout est possible. Il n’y a qu’à jeter un coup d’œil sur les résultats engendrés en 2010 et 2011. » En 2010, 105 signatures de contrat ont été enregistrées. Fin 2011, ce sont 478 personnes qui ont été accompagnées par le service Proaction. 122 signatures de contrats ont été enregistrées (dont 36 à durée indéterminées, 50 à durée déterminée) pour 50 contrats de formation préqualifiante ou qualifiante.

Catherine Brasseur, quant à elle, est agent d'insertion pour « Proaction » et passe une journée par semaine à Honnelles. « En arrivant ici, les personnes signent un accord de collaboration, même si je n'ai pas de pouvoir contraignant, explique-t-elle. L’intéressé connaît dès lors ses droits et ses obligations en matière d’insertion, les conséquences que cela peut avoir sur ses indemnités de chômage ou sur son revenu d’intégration puisque les CPAS peuvent appliquer des sanctions en cas de non-collaboration avec notre service. » Le suivi, quant à lui, se déroule d'une manière différente que l'on soit en fin d'article 60 ou sanctionné par l'Onem. « Le suivi des personnes en fin d'article 60 se passe en individuel alors que les sanctionnés Onem sont suivis en atelier collectif », explique notre interlocutrice.

Après avoir évalué si le projet professionnel de la personne était compatible avec le marché de l'emploi, le travail réside dans la rédaction d'un CV, d'une lettre de motivation. « Je leur donne des offres et ils doivent adapter leur CV, leur lettre de motivation en fonction de cela », explique Catherine Brasseur. Le travail est différent selon les publics. « Lorsque je travaille avec les sanctionnés, je tente d'abord de voir pourquoi ils ont été sanctionnés et ce qu'il convient de mettre en place. S'ils ont passé un contrat avec l'Onem, j'essaie aussi de voir ce qu'il faut faire pour respecter le contrat. Mais attention, mon but n'est pas qu'ils retrouvent leur droit au chômage. Mon objectif est de les réinsérer. Je les suis d'ailleurs encore par après. »

Globalement, le public est fragilisé. « Le public que nous suivons est très précarisé, avec souvent peu de moyens financiers et intellectuels. » Cela rend-il la tâche de notre interlocutrice plus compliquée ? « Tout dépend de la bonne volonté de la personne. Certaines viennent de loin et on arrive quand même à les tirer de leurs problèmes. D'autres par contre sont de mauvaise foi. »




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