Chapitre 3 : Cellules locales : tous les chemins mènent à la culture
Date de publication : 08/04/2012
Etat d'avancement du travail : Terminé.
Classification : SCIENCES SOCIALES / DROITS DE L HOMME
Mots clés : culture,CPAS,créativité,théâtre,art,photo,travail social,travail culturel,asbl,public,Droits de l'homme,droit,déclaration universelle,démocratie, théâtre,financier,spectacles,Wallonie,Bruxelles, réflexion,associatif,article 27
Publication de l'ouvrage : Mr. Labiso Newsletter le 08/04/2012 à 23:13
Dernière modification : Mr. Labiso Newsletter le 10/04/2012 à 15:16
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Publication de la page : Mr. Labiso Newsletter le 10/04/2012 à 13:42
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Les cellules locales d’Article 27 Wallonie sont au nombre de 14. Elles sont chapeautées par une coordination régionale. A cela s’ajoute la coordination bruxelloise. La plupart de ces « cellules » ont un coordinateur ou, le plus souvent, une coordinatrice. Toutes partagent le même grand objectif : rendre la culture accessible aux populations précaires en créant des ponts entre secteurs culturel et social. Mais la façon d’atteindre ce but varie en fonction des chemins qu’emprunteront les coordinateurs. Chaque cellule se décline en projets différents, en partenariats variés. Les réalités locales – à commencer par l’offre culturelle ou la bonne volonté d’acteurs sociaux du cru – agiront en catalyseurs de projets régionaux. C’est aussi la personnalité des coordinateurs qui infléchira telle ou telle orientation. Ne serait-ce qu’en termes de « disciplines artistiques ». Certains préfèreront entamer les animations autour de l’écrit, d’autres de la musique, ou encore du théâtre. De tous ces éléments dépendra l’incubation du projet Article 27 dans son propre terroir. Les coordinateurs jouissent sur le terrain d’une réelle liberté d’action. Une liberté qui révèle en creux la solitude qui pèse sur chacun ou chacune d’elle. Pas évident de sillonner les routes d’un territoire pour prêcher la bonne parole culturelle au jour le jour. Pour convaincre, seul, certains partenaires de l’utilité de la démarche. Cette solitude a comme corollaire la nécessaire polyvalence du travailleur. Lors de la journée de formation du 7 décembre mentionnée précédemment, des coordinateurs, invités à définir leur travail, avaient compilé des noms, des substantifs et des adjectifs en une liste vertigineuse : discussion, médiation, harcèlement, liberté, flexibilité, solitude. Ou encore : juriste, sauveteur, commercial, hôtesse d’accueil, publicitaire artiste, rédacteur etc. Quelles sont donc ces spécificités ? Coup de sonde dans quelques cellules d’Article 27.
Liège : une cellule ancienne mais dynamique
La cellule liégeoise d’Article 27 fait partie des « historiques » ; elle fut créée en 2000, dans la foulée du programme bruxellois. Elle a bénéficié dès le début d’un soutien très fort des partenaires sociaux – à commencer par le CPAS de Liège – et culturels. L’adhésion du public à l’initiative fut, elle aussi, immédiate. Chaque année, ce sont environ 25 000 tickets qui sont utilisés à Liège « soit en moyenne 70% des tickets réellement distribués aux utilisateurs », peut-on lire sur le site de l’asbl.
Marc Deckers est coordinateur de la cellule. Il se penche sur les spécificités liégeoises d’Article 27, à commencer par son lien très fort avec le CPAS : « La cellule liégeoise d’Article 27 est une asbl à part entière créée au départ du CPAS au début des années 2000. Le fait qu’un partenaire social et non pas culturel abrite l’initiative et en soit même à l’origine est une spécificité locale. » L’implication du CPAS est telle que Marc Deckers est lui-même salarié de l'institution. Il est détaché au sein d’Article 27 tout comme une autre employée de la cellule ; en tout l’équipe est constituée de quatre membres.
Liège est une ville où la culture n’est pas un vain mot. En 2011, d’après Marc Deckers, « il y a eu 30 000 tickets utilisés. Nous avons environ 100 partenaires culturels répartis en 160 lieux et une centaine de partenaires sociaux. Nous faisons des animations systématiques chez de nombreux partenaires sociaux, auprès d’agents du CPAS ou dans des associations du relais social. Quant au système de tickets, il est bien connu du public qui l’utilise fréquemment. »
Les projets que l’asbl propose sont variés. Ils traitent de la photographie, des sciences, des lieux artistiques. Marc Deckers constate qu’en douze ans, les choses ont changé : « Il y a plus d’éveil et de curiosité pour la culture. Le public est plus demandeur que ce qu’il était auparavant ». Mais le travail est toujours à faire. Il déplore qu’une partie du public-cible ne soit pas touchée. « Ceux qui sont aidés individuellement depuis très longtemps par le CPAS, précise-t-il. Ils sont déstructurés, ne sortent pas de leur quartier, ne vont pas voir les associations et ne sont pas présents aux séances d’information. » Il poursuit l’inventaire de ces populations qu’il faudra encore conquérir : « Le public d’immigrés pas ou peu lettré dans sa langue d’origine et qui a tendance à vivre en ghetto. » Pour les toucher, la cellule liégeoise travaille beaucoup avec les enfants, comme le narre Marc Deckers : « C’est une porte d’entrée qu’on utilise beaucoup. On essaye par les enfants de toucher les parents. À chaque période de vacances, on organise des stages soit de danse hip-hop ou dans des écoles de cirque. » Le coordinateur cite aussi l’action « un livre pour noël » menée auprès des enfants et parents du CPAS de Liège à la librairie « La parenthèse ». Cet évènement permet à des centaines d’enfants de se procurer un livre. « C’est aussi l’occasion pour nous de les orienter vers nos activités », ajoute Marc Deckers. Le travail sur le livre est important pour la cellule liégeoise, comme l’explique son coordinateur : « Nous leur rappelons que ce n’est pas qu’un bien qu’on peut acheter mais un bien qu’on peut emprunter. »
Enfin, si Liège explose les plafonds en termes de vente de tickets et d’animations – ce qui est dû en grande partie au dynamisme du tissu associatif local – la cellule est moins active sur le volet « sorties collectives ». Là encore, le coordinateur, Marc Deckers avance des explications locales : « Nous faisons moins de sorties culturelles que d’autres cellules. Les Liégeois, comme les Bruxellois, sortent très peu de leur ville. Quand on fait des sorties, on vise des activités très particulières avec un suivi. Il s’agit souvent de visite de patrimoine. Nous avons fait plusieurs sorties dans la vallée mosane ou à Charleroi, à la découverte du patrimoine industriel. » Quant aux musées ou au cirque, là, les assistants sociaux « le font sans article 27 », nous apprend Marc Deckers.
Dinant et Namur : l’enjeu de la mobilité en milieu rural
À Dinant et dans les alentours, ce sont environ 1200 tickets qui sont utilisés chaque année. Article 27 a 36 partenaires sociaux sur ce territoire. Des CPAS bien sûr, mais aussi des centres d'accueil pour demandeurs d'asile ou des services d'aide en milieu ouvert. Le nombre de partenaires culturels est aussi de 36. Une des spécificités locales est la faible densité de population. La cellule Article 27 de Dinant couvre 1600 kilomètres carrés pour environ 104 000 habitants. Dans ce contexte rural, l'un des principaux enjeux auquel est confrontée la coordinatrice, Sandrine De Vreese, est la mobilité. C'est ce qu'elle décrit. « Pour pallier aux problèmes de mobilité, nous essayons davantage d'organiser des sorties collectives. Nous demandons à certaines communes qu'elles mettent à disposition des navettes sociales. » Des demandes qui se heurtent parfois à des réflexes bureaucratiques assez étranges : « À Ciney, dit-elle, on nous dit "oui" pour la navette, mais jusqu'à 17 heures. Alors que la programmation culturelle a plutôt lieu le soir. Sans navette, on fait du covoiturage. Ce n'est jamais facile. Mais dans certaines associations ou structures – comme les centres d'accueil pour demandeurs d'asile – il y a des minibus. Pour les individus isolés, il faut être sacrément motivé, car il y a beaucoup d'obstacles. » Parfois, les 'ambassadeurs' (cf "La diffusion de l'offre culturelle"), ces bénévoles accompagnants de la culture, aident aussi à bouger. Ils accompagnent les bénéficiaires au spectacle.
Car s'il faut bouger c'est que l'offre n'est pas toujours très abondante. C'est ce que souligne Sandrine De Vreese. « C'est vrai que dans certaines petites communes, comme Bièvre par exemple, l'offre culturelle est plus limitée. D'ailleurs, certains CPAS en profitent pour dire 'il n'y a pas d'offre, donc il n'y a pas de demandes' ». Ce qui les exonèrerait de toute responsabilité en matière de culture. À cela, la coordinatrice ajoute qu'en milieu rural « la culture de la culture n'est pas la même. Il est moins évident de sortir le soir, de se déplacer. » Malgré ces obstacles, Article 27 essaye de tisser des liens locaux, comme le raconte Sandrine De Vreese. « L'idée c'est aussi de faire des liens avec des gens qui habitent autour de chez soi, même si l'offre est plus restreinte. Sortir de sa commune est important, mais connaître l'environnement proche l'est tout autant. »

La cellule namuroise, elle, est à la fois urbaine et rurale. Stéphanie Joris nous explique que dans la région d'Assesse et de Gesves, Article 27 s'est en partie greffé sur un service préexistant, la plate-forme Caiac (Centre d'accueil, d'information, d'animation et de coordination). Cette plate-forme propose de nombreux services. Elle s'appuie largement sur le bénévolat et propose, entre autres, un service de "voiturage". « En partenariat avec le CPAS d'Assesse, le service "ambassadeurs" d'Article 27 a été combiné avec le service Caiac ». Il y a donc des bénévoles d'Article 27 prêts à accompagner des bénéficiaires lors de sorties culturelles. « Au sein de Caiac s'est monté une coordination locale de bénévoles, d'ambassadeurs ruraux. Ils réfléchissent ensemble aux sorties culturelles.
Bruxelles : la cellule souche
Difficile de faire l'impasse sur la cellule bruxelloise d'Article 27. D'abord pour sa « suprématie » en termes de chiffres. En 2010, ce sont 38 219 tickets qui ont été utilisés dans la région. La cellule compte environ 150 partenaires sociaux et 150 partenaires culturels. Mais ce qui compte vraiment, c'est que c'est à Bruxelles qu'Article 27 est né. C'est à partir de Bruxelles que le concept s'est démultiplié. C'est cette épopée que nous narre Laurence Adam « Bruxelles a été à l'initiative d'Article 27. Nous avons été les premiers à explorer le secteur social et à le mettre en lien avec le secteur culturel. Il fallait bien cerner quel était le besoin des associations et quelle était l'offre culturelle. Puis nous avons systématisé une série de choses. » Concernant l'offre culturelle, l'association agrège l'information disponible en un répertoire culturel. « On demandait aux partenaires culturels de choisir deux spectacles porteurs en termes de rencontres entre les gens », se souvient Laurence Adam, et d'ajouter « La force, à Bruxelles, c'est l'énorme diversité des partenaires culturels. »
Le métier d'Article 27 a sensiblement évolué. Parmi les cinq salariées, on compte trois « médiatrices culturelles ». Cette appellation est relativement récente. Elle date de 2009. Laurence Adam parcourt avec nous le chemin qui a conduit à cette évolution. « Au début, les associations faisaient la demande de travailler avec Article 27. Cela venait souvent d'un assistant social ou d'un directeur qui avait envie de donner accès à la culture à son public. L'idée pour nous est ensuite de développer une prise de conscience sur le fait que travailler sur l'accès à la culture implique de réfléchir sur le projet culturel de l'association. Pour certains cela peut être seulement une bonne distribution de tickets, mais pour d'autres cela peut être plus important. » Mais ce travail change. « Nous avons un rôle triangulaire au sein de l'association que nous connaissons bien, détaille Laurence Adam. Nous nous situons entre la direction, l'équipe et les bénéficiaires. La médiation culturelle implique donc d'être dans les structures, dans les associations pour aider à définir leur projet culturel. De plus, dans ces associations, il y a un travailleur relais, qui fait le lien avec Article 27. Lui aussi est une sorte de médiateur. »
Cette implication forte au sein des partenaires sociaux est symbolisée par les « comités culturels » qu'Article 27 contribue à mettre en place dans les associations. À l'heure actuelle, il existe une dizaine de comités qui réunissent bénéficiaires et travailleurs de l'association. Laurence Adam nous en explique le fonctionnement. « Les travailleurs et bénéficiaires sont sur un pied d'égalité. Ils peuvent construire des projets. Ils réfléchissent à ce qu'ils veulent développer, aux spectacles qu'ils veulent voir. Une charte est élaborée dans chaque comité sur leurs envies, leurs orientations. » Ces comités sont nés dans la lignée des « plans d'accompagnement à la culture » que propose l'asbl à des organisations qui veulent axer leur travail sur l'accès à la culture. Ces plans ont commencé dans des CPAS de la région. Ils impliquent un travail de 6 mois à un an. L'idée est que les bénéficiaires vont voir un spectacle qu'ils choisissent. Puis ils jettent leur dévolu sur une discipline artistique. Ils seront amenés à produire une œuvre personnelle dans cette discipline, en étant accompagnés par un artiste. Pour Laurence Adam, « les comités culturels permettent d'aller plus loin et de poursuivre la collaboration ».
Une des pierres angulaires de la philosophie d'Article 27 à Bruxelles, c'est de dépasser les incompréhensions entre le culturel et le social. « On s'est dit que le culturel devait aller vers le social », ajoute même Laurence Adam qui est convaincue « que toutes les œuvres peuvent être accessibles à tous s'il y a un accompagnement. » Article 27 a donc développé un « Pass découverte » qui mentionne, pour chaque lieu culturel, une personne relais qui peut se déplacer dans l'association pour proposer des discussion préalables au déplacement vers l'exposition ou le spectacle de leur choix. C'est un travail d'intermédiaire que mène d'arrache-pied Article 27. « Nous accompagnons des projets, nous faisons des connexions, nous faisons appel à des artistes, sans jamais nous substituer, car nous ne sommes pas des artistes. »
Comme dans les autres cellules d'Article 27, la Bruxelloise a développé divers outils pour sensibiliser à la culture. L'association propose des modules d'initiation aux arts contemporains. Les photo-langages trouvent aussi grâce aux yeux de la coordinatrice de la cellule. « On fait aussi des collages, des fresques sur la culture », ajoute Laurence Adam. Le coffret « les explorateurs de la culture », à destination des enfants, instille une certaine fierté chez Article 27. « Cela engendre des discussions simples pour aborder la culture », nous dit la coordinatrice.
La cellule bruxelloise d'Article 27 distribue de très nombreux tickets. À la différence de la cellule wallonne, la bruxelloise reçoit un budget public (de la Cocof) pour alimenter le fonds de compensation. Bien évidemment, cette somme est fixe. Si ce financement évite à la cellule bruxelloise d'avoir à demander aux partenaires sociaux une participation financière consacrée au paiement des tickets, il implique que le nombre de partenaires sociaux ne peut croître au-delà d'un certain seuil. Par conséquent, il existe à Bruxelles, depuis 2004, une liste d'attente sur laquelle figurent près de 150 associations. Une situation qui crée de la discrimination entre publics. L'attitude de la cellule bruxelloise va donc légèrement se modifier, comme le proclame Laurence Adam : « Nous allons demander une intervention forfaitaire aux partenaires sociaux sur base du partenariat. Avec l'intervention des associations nous voulons augmenter notre autonomie financière et ouvrir la porte à d'autres associations. »
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