Chapitre 5 : Des enjeux d’avenir
Date de publication : 08/04/2012
Etat d'avancement du travail : Terminé.
Classification : SCIENCES SOCIALES / DROITS DE L HOMME
Mots clés : culture,CPAS,créativité,théâtre,art,photo,travail social,travail culturel,asbl,public,Droits de l'homme,droit,déclaration universelle,démocratie, théâtre,financier,spectacles,Wallonie,Bruxelles, réflexion,associatif,article 27
Publication de l'ouvrage : Mr. Labiso Newsletter le 08/04/2012 à 23:13
Dernière modification : Mr. Labiso Newsletter le 10/04/2012 à 15:16
Dispose des droits sur la publication.
Publication de la page : Mr. Labiso Newsletter le 10/04/2012 à 13:43
Bloc HTML non structuré n°114/2539#4 - Nombre de téléchargements : 1059/6167
L’accompagnement culturel pour tous
En optant pour le système de tickets, un choix délibéré avait été fait : demander une contribution financière – fut-elle symbolique – aux bénéficiaires d'Article 27. Il ne s'agissait donc pas d'offrir un accès gratuit à la diffusion culturelle. Un choix tout à fait assumé, comme l'argumente Catherine Legros. « Je ne suis pas pour la gratuité car notre public est déjà stigmatisé, alors évitons de le stigmatiser encore plus. Si la culture n'est pas gratuite, pourquoi le serait-elle pour eux ? » Un message qui semble cohérent. « Nous sensibilisons le public à la valeur de la culture. En la rendant gratuite pour quelques-uns, cela serait contradictoire », assène Catherine Legros. Elle ajoute : « Le coût différencié est plus facile à expliquer que la gratuité. C'est une forme de répartition des richesses. Et quand on paye quelque chose, on est reconnu. » Il y aurait donc trois principaux avantages à demander une participation financière aux utilisateurs : la reconnaissance de la valeur de la culture, l'engagement du spectateur et la dignité, nous dit-on chez Article 27.
Mais la coordinatrice va plus loin. « Notre combat est important et subversif. On lutte pour une culture gratuite pour tous. Pas uniquement pour ce public. Il faudrait alors lui apporter une valeur autrement. Ce qui est certain c'est qu'il est nécessaire de mettre en place un accompagnement pour que la culture soit réellement accessible à tous. » Finalement, ce que met en lumière Catherine Legros, c'est un problème de fond. Une réelle distance entre le public et la culture. « Le problème d'accès à la culture est plus général. Notre public a le même problème que le citoyen lambda. Tous vont vers ce qui est connu. Les freins à l'accès à la culture se sont amplifiés. Face à une offre grande et multiple, les gens ont besoin d'accompagnement. »
Ce qui est certain, c'est que l'envie de toucher différemment le public est présente au sein de l'association. Pour Stéphanie Joris, par exemple, la coordinatrice de la cellule namuroise : « Il faudrait peut-être trouver un autre système, par exemple comme le système Omnio. Le public aurait une sorte de carte qui donnerait accès à des réductions en fonction du revenu. » Trouver un autre système, car pour la coordinatrice Namuroise, « c'est très frustrant quand quelqu'un veut bénéficier de nos services et qu'il n'y a pas droit alors que sa situation est parfois très difficile. Prenons l'exemple d'un chômeur de longue durée ou de quelqu'un qui dépend de la mutuelle. »
Pour que le public se réapproprie la culture, il faudrait des politiques ambitieuses, pour que, dès le plus jeune âge, la « culture » veuille dire quelque chose. « Il faudrait démarrer l'accompagnement à la culture dès l'école, dit Catherine Legros, comme galvanisée par ce rêve. Cela devrait faire partie du programme. On doit dire que la culture fait partie intégrante de notre vie. Aujourd'hui, c'est comme si elle était à côté de nous. Comme l'apprentissage de la culture à l'école ne fonctionne pas, elle est laissée à l'appréciation personnelle. » Si l'on en croit ce que nous dit Catherine Legros, pour éviter que l'intérêt pour la culture ne dépende d'initiatives personnelles de directeurs d'écoles par exemple, il est plus que temps de l'inscrire institutionnellement. « La culture doit être inscrite dans une politique globale et pas laissée à l'appréciation individuelle », répète-t-elle.
Portée par son plaidoyer, Catherine Legros se fait plus offensive. « On continue à dire qu'il faut avant tout "avoir à bouffer" mais je veux qu'on arrête d'opposer les choses. Le besoin de sens, le besoin du beau, le besoin de symbolique, c'est profondément humain. »


Sensibiliser les partenaires sociaux : l’éducation permanence
Les travailleurs d'Article 27 le disent ouvertement : accompagner ce public particulièrement précaire, voire déstructuré, n'est pas une sinécure. « On sait que notre public est un peu inconséquent, mais il faut agir en fonction », nous confie-t-on. « Mais le problème c'est que ce sont les assistants sociaux qu'ils faut tirer. » Des travailleurs sociaux convaincus en leur for intérieur de l'importance de l'accès à la culture pour leurs bénéficiaires, il y en a légion. Mais il y en a tout autant, voire plus, qui sont convaincus du contraire.
Convaincre les partenaires sociaux du bien-fondé du travail d'Article 27 est une tâche de tous les instants. Le rocher de Sisyphe. L'éternel recommencement. Une tâche ardue qui pose de nombreuses questions aux travailleurs d'Article 27. Faut-il consacrer toujours plus d'énergie pour convaincre de nouveaux partenaires ou s'investir de manière plus approfondie dans la relation avec des partenaires sociaux particulièrement motivés ? Une vaste question, qui, à ce jour, n'a pas vraiment trouvé de réponse.
Il n'empêche, les frustrations sont là. Que faire face à un travailleur social réfractaire ? Car c'est lui l'intermédiaire. Sans son accord, sans son investissement, Article 27 est coupé de ses bénéficiaires potentiels. C'est donc lui qu'il faut convaincre au premier chef de l'utilité de la mission d'article 27. Le sujet est complexe, car certains assistants sociaux évacuent une colère, reflet de leurs propres frustrations. Une coordinatrice raconte : « Il y a parfois une sorte de colère qui s'exprime de la part du travailleur social à l'encontre de ses bénéficiaires. Du type "Quand je vais au théâtre, je dois payer, et eux, ils ont ça pour rien et en plus n'y vont pas."» Sur le terrain, c'est parfois un sentiment de solitude, voire d'abandon, qui s'empare de l'équipe d'Article 27 : « Sans soutien fort des assistants sociaux, notre solitude est amplifiée. S'ils étaient plus motivés, ça marcherait mieux. Dans certaines situations, c'est nous qui faisons tout. Nous donnons les médicaments, on supplée à leur travail. »
Sandrine De Vreese, coordinatrice de la cellule de Dinant essaye au quotidien « que les travailleurs sociaux utilisent la culture comme un outil pour rencontrer leur public. Mais c'est parfois très difficile, ils ne sont pas toujours sensibilisés ». C'est donc à de la sensibilisation des travailleurs sociaux qu'elle s'adonne bien souvent. « On leur explique que ça les ferait avancer, ils verraient les personnes sous un autre jour, avec d'autres qualités, ils découvriraient leurs centres d'intérêts, sans "hiérarchie". Il faut les convaincre que la culture aide à faire partie de la société, ça aide aussi à des choses pratiques. À s'organiser, à budgétiser, la culture peut aussi être un tremplin vers l'insertion », ajoute Stéphanie Joris de la cellule namuroise. Même quand les partenaires sociaux s'inscrivent dans une dynamique de partenariat avec Article 27, rien n'est joué d'avance. « Souvent, on ne connaît pas la suite qui est donnée aux animations », déplore Stéphanie Joris.
Pour Catherine Legros, certains travailleurs sociaux peuvent même être considérés comme des « freins à l'accès à la culture. Ils sont souvent réticents, notamment quand on leur propose des formations. Ils sont dans l'incapacité d'informer leur public des droits culturels et sociaux, car eux-même ont parfois un bagage culturel léger. La plupart du temps, la volonté d'intégrer la culture dans le projet de l'association est issue d'une seule personne. Sans elle, les assistants sociaux disent que ça ne marche pas. Pourtant, quand le partenaire social est convaincu, le projet Article 27 marche très très bien. » Si Article 27 a développé de très nombreux partenariats, ceux-ci sont bien souvent fragiles. Catherine Legros le regrette. « Seul le CPAS d'Assesse intègre la culture dans une vision globale. Les autres travaillent avec Article 27, c'est vrai. Mais c'est "à côté". Au moindre changement de personnel, tout tombe à l'eau et on doit recommencer à zéro. »
L'ironie de l'histoire c'est que lorsque des partenaires sociaux sont finalement convaincus qu'il faut investir la dimension culturelle, ils en arrivent à se passer d'Article 27. La coordinatrice de la cellule Carolo en témoigne. « Les acteurs sociaux ont de plus en plus de médiateurs culturels. Les gens passent de plus en plus au-dessus de nous. On devient des metteurs en contact, des passeurs. » Un enjeu primordial pour l'avenir.
Sortir de l’ombre
Article 27 est une association discrète. Peut-être trop discrète. Certes, au sein du petit gotha « socio-culturel », ils sont rares ceux qui n'ont pas entendu parler d'Article 27. Mais le grand public, lui, ignore bien souvent ce qui se cache derrière cette appellation.
Article 27 mérite pourtant d'être connu. Son rôle est essentiel. L'association s'attelle à créer des ponts entre deux mondes. Le social, le culturel. Non par goût des théories abstraites sur la 'transversalité' mais bien pour rendre effectif le droit à la culture. Pour que les populations les plus pauvres n'en soient pas exclues; sans Article 27, ce sont des milliers de personnes pauvres qui n'iraient plus au cinéma, au théâtre, au musée.
Bien sûr, faire un peu de ramdam autour des activités de l'association aurait aussi des effets bénéfiques, quoique collatéraux. Cela aiderait probablement à décrocher quelques subsides manquants. Au vu des difficultés financières que traverse l'association, cela ne serait pas du luxe.
Soyons donc prêts, en 2012, à entendre parler d'Article 27 qui envisage sérieusement de « sortir de l'ombre. » Et c'est tout le bien qu'on lui souhaite. Car de la visibilité jaillit souvent la reconnaissance.
| Tweeter | avec le soutien de la ![]() |
