Labiso N°14

Médiation interculturelle
Des métiers à inventer pour un espace de changements

Sommaire



 
 
Il n'y a pas une pratique de médiation interculturelle, mais des pratiques nées de contextes différents et qui traversent tous les secteurs de la société : enseignement, soins, intégration des personnes étrangères, contrat de prévention... Le médiateur interculturel apparaît comme un passeur de codes et un agent de changement au sein d'un espace qui crée du temps pour la mise en mots. Coup de projecteur sur une journée d'étude organisée à initiative du Carrefour interculturel wallon.

Chapitre 1 : L’intégration dans sa dimension transversale

Publication inédite (édition in extenso). Langue : français.
Date de publication : 01/02/2003
Etat d'avancement du travail : Terminé.

Classification : SCIENCES SOCIALES / ASSISTANCE SOCIALE

Publication de l'ouvrage : Mr. Pierre-Yves Krywicki le 18/11/2008 à 08:21
Dernière modification : Mr. Pierre-Yves Krywicki le 18/11/2008 à 15:05
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Publication de la page : Mr. Pierre-Yves Krywicki le 18/11/2008 à 08:43
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Cette journée « médiation interculturelle en débat » s’inscrit dans un contexte historique qu’il nous semble utile de resituer. Elle marque les premiers pas du nouveau Carrefour Interculturel Wallon, association installée officiellement en octobre 2002.

 

Après 17 mois de gestation, la création de cette association confirme dans ses intentions le décret du 4 juillet 1996 qui met fin à la politique d’assimilation des populations immigrées. Le Carrefour enrichit ainsi la palette d’outils visant à ce que les personnes étrangères ou d’origine étrangère puissent être actrices de leur propre intégration. Il complète au niveau de la Région wallonne le dispositif sous-régional de coordination et de dynamisation représenté par les centres régionaux d’intégration.

 

En mars 2001, un petit groupe de réflexion se crée au sein du cabinet du ministre des Affaires sociales et de la Santé. « Il nous semblait qu’il manquait un lieu d’échange entre les différents intervenants du secteur de l’intégration et du Ministère qui permettrait de mieux cibler l’intégration et sa dimension interculturelle, de coordonner les différentes actions, d’évaluer ces actions. Mais il manquait aussi un endroit où l’intégration des personnes étrangères ou d’origine étrangère puisse être débattue dans sa dimension transversale, que ce soit à partir de besoins tels que se loger, trouver un travail, accéder à une formation, avoir accès aux droits sociaux, à l’éducation, à la culture et à la santé, de participer à la vie sociale et politique… » Le groupe de réflexion s’élargit début novembre 2001 et associe une quarantaine d’acteurs des secteurs universitaires, associatifs, administratifs… Six tables rondes sont organisées et aboutissent, en mars 2002, à une proposition de statuts pour la mise en place d’une association qui assurera l’interface entre les politiques développées ou à développer et les actions des promoteurs actifs dans le domaine de l’intégration des personnes étrangères ou d’origine étrangère. Le 4 juillet 2002, le Gouvernement wallon approuve les statuts du Carrefour Interculturel Wallon et désigne à la fin du mois d’août ses sept représentants ainsi que ses membres fondateurs. Au nombre des membres fondateurs figurent également les partenaires sociaux, les organisations des employeurs et des travailleurs, l’Union des Villes et des Communes de Wallonie, des services de recherche universitaire, l’Institut de recherche/formation/action sur les migrations (Irfam), les Centres régionaux d’intégration, des associations régionales comme Lire et Ecrire ou le Mrax, des associations locales comme le service social de la batellerie et des gens du voyage, l’asbl Formatlouve ou le Miroir vagabond, et enfin une dizaine de personnes à titre individuel. Le conseil d’administration est constitué par des représentants de chaque catégorie des membres fondateurs, soit au maximum 21 personnes.

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Intégration des personnes d'origine étrangère : initiative de la Région wallonne et débats glissants de pré-campagne électorale

 

A la mi-octobre 2002, la Région wallonne inaugurait son nouveau Carrefour Interculturel, pour rendre plus cohérentes et plus transversales ses politiques en matière d’intégration des personnes d’origine étrangère. Le point sur les missions de ce nouvel organisme … en les remettant dans le contexte tendu de l’époque : c’est en effet cette même semaine qu’on a assisté à la poussée de fièvre préélectorale qui a focalisé l'attention médiatique sur le débat de l'évaluation des résultats de quinze années de politiques d'intégration des personnes d'origine étrangère. Une manière d’inscrire cette journée sur la médiation interculturelle dans une actualité qui en montre bien la portée.

 

Un Carrefour Interculturel Wallon pour renforcer l'intégration des personnes d'origine étrangère

 

Ce 14 octobre 2002, une asbl d'appui à la politique interculturelle d'intégration des personnes étrangères ou d'origine étrangère, le Carrefour Interculturel Wallon, a été mise en place par le gouvernement wallon, sur proposition du ministre des Affaires sociales et de la Santé, Thierry Detienne. Celui-ci insiste sur le fait « qu'il s'agit d'un nouvel outil mais qu'il n'a pas été pensé précisément cette semaine. Il est le prolongement du décret du 4/07/96 qui a jeté les bases de la politique d'intégration et il est le résultat de tout un travail d'analyse et d'une évaluation », tout en rappelant les initiatives menées en matière d'intégration au cours des trois années écoulées.

 

Parmi les missions qui lui sont confiées, le CIW doit favoriser la transversalité entre les acteurs qui travaillent à l'intégration des personnes étrangères et assurer l'interface entre les politiques développées et à développer et les actions des multiples promoteurs de cette intégration qu'ils soient publics ou privés. Il a également à soutenir les initiatives visant à valoriser les ressources interculturelles et les échanges interrégionaux et internationaux, ainsi qu'à promouvoir des outils d'évaluation et l'émergence d'indicateurs, produire et diffuser une large information par l'édition d'une revue régionale.

(…)

« Le CIW se veut un lieu de coordination non pyramidal qui puisse susciter une intervision entre les acteurs et des processus collectifs plutôt que des rapports de concurrence. C'est un lieu d'avis, d'impulsion et d'initiative qui donne une nouvelle envergure politique, qui ouvre un débat nécessaire et qui fait que la politique d'intégration ne sera plus un tabou », explique Thierry Detienne. Spyros Amoranitis, de l’IRFAM et trésorier de l'asbl, renchérit : « C'est un outil qui arrive à temps et qui permet de mieux comprendre un phénomène. L'interculturalité ne concerne pas que les migrants. On assiste à un métissage des identités, ce qui est différent d'un rapport interethnique. »

 

Des chantiers

 

La présidence de la nouvelle asbl est assurée par Benoîte Dessicy, directrice du Centre d'action interculturelle de Namur : « Il s'agira d'abord de se mettre d'accord sur notre conception de l'intégration en Région wallonne. Distinguer les notions d'accueil, d'intégration, de multiculturalité, d'interculturalité, clarifier ensuite notre projet de société au regard d'une dimension essentielle qui est celle des droits égaux pour tous, cela devrait nous permettre de définir une politique commune. » D'après Benoîte Dessicy, il y a actuellement un manque important à combler qui empêche la cohérence, la complémentarité des politiques et des initiatives. Il faudra dépasser l'ensemble des politiques par la concrétisation d'une vision plus sociétale manquante aujourd'hui, fondée sur le principe d'une société interculturelle basée sur la reconnaissance d'une société multiculturelle, de droits égaux pour tous comme le droit de vote, l'accueil ou l'intégration dans toutes ses dimensions, mais aussi sur l'élaboration d'une politique régionale de coopération au développement laissant une place de choix aux migrants eux-mêmes... Ont été relevés par la présidente différents manquements qui devront trouver des solutions « comme l'accueil des primo-arrivants, qui est insuffisant même si des initiatives menées par différents acteurs pas toujours subsidiés pour le faire apportent certaines réponses, alors qu'il s'agit d'une matière fédérale… »

 

Des moyens

 

Les moyens financiers mis à la disposition du Carrefour Interculturel consistent pour 2002 en 125.000 euros et le double pour 2003. Des fonds européens doivent être activés pour fournir des moyens supplémentaires. Un groupe de travail intercabinets « qui se nourrira des apports du CIW » a été proposé par le ministre Detienne qui ajoute que « le gouvernement wallon devra également interpeller les autres niveaux de pouvoir qui sont concernés par la politique d'intégration ».

 

Daniel Ducarme jette “l'échec de l'intégration" sur l'avant-scène de la pré-campagne

 

Le 15 octobre, Le Soir consacre sa une à Daniel Ducarme, président du PRL. Le titre "L'intégration est un échec" relaie une petite phrase lâchée sur les ondes de RTL. La sortie est pour le moins remarquée.

 

On a beau mener depuis plus de quinze ans, disait en substance Ducarme dans la courte interview donnée au Soir, des politiques d'intégration des personnes d'origine étrangère, celles-ci ne trouvent pas leur place dans la société belge, et nombre de Belges « de souche » affirment « qu'ils ne se sentent plus tellement chez eux ». Chronique rapide d'une semaine politique qui laissera vraisemblablement des traces jusqu'aux prochaines élections législatives.

 

 

 

 

Contexte

 

Comme l'ont relevé nombre de journaux, la sortie de Ducarme intervient à un moment où :

 

>             le Parlement flamand entame les débats sur un renforcement sensible des politiques d'intégration par la mise en place de « parcours d'intégration » individualisés. Les partis démocratiques sont unanimes sur les objectifs mais s'entre-déchirent sur les moyens à déployer (les propositions vont du quadruplement du budget de cette politique chez Agalev, à un système d'amendes à l'autrichienne au VLD);

 

>             face à la mise en place de nouvelles alliances à gauche, le MR, sous l'impulsion de Louis Michel, a préparé depuis des mois un positionnement centriste, mais quelques personnalités, dont en particulier Ducarme, ont plusieurs fois tenté d'y ajouter des touches plus typiques des autres courants politiques de la droite européenne conservatrice. Faux pas ou stratégie préélectorale sournoise et concertée?, se demandent de nombreux observateurs politiques;

 

>             au sein du MR, les derniers mois ont été marqués par nombre de discussions internes sur la question de l'intégration. Elles ont été le plus visibles sur la question du port du voile dans les écoles secondaires, où les ministres Hazette et Hasquin ont prôné des approches relativement différentes de la problématique (Hazette voulant une interdiction totale du voile dans les locaux scolaires, Hasquin cherchant des solutions plus conciliantes). Début octobre, Françoise Schepmans, présidente du Parlement communautaire, déposait au MR un document interne sur l'intégration des immigrés. En arrière-fond de ces débats, notons-le, des divergences sur le positionnement électoral à adopter par le MR – premier parti bruxellois – par rapport à l'électorat issu des communautés turque et maghrébine.

 

Réactions

 

L'après-midi du 15 octobre, sous l'impulsion de chefs de file d'Écolo, est diffusé un communiqué intitulé "Sursaut citoyen. Intégrons la richesse d'une société multiculturelle". Cosigné par des élus PS et CDH, par des responsables syndicaux et par des têtes de réseaux associatifs mobilisés notamment dans le processus des "Assises pour l'égalité", il propose un discours en tous points opposé aux arguments de Ducarme : la majorité des immigrés « se sent belge » et la majorité des Belges estiment que les immigrés ont leur place dans notre société; la question à poser n'est pas celle du « choc des cultures », mais celles du déficit d'égalité entre tous les citoyens et de l'insuffisance des droits qui sont reconnus à certains.

 

Les médias interrogent nombre d'experts qui soulignent, entre autres, que le fait de poser le débat en termes d' »intégration » est complètement dépassé parce qu'il stigmatise les immigrés au lieu de mettre en avant des mécanismes sociaux qui touchent toute la population (Marco Martiniello); que le modèle d'intégration qui se cache derrière les critiques de Daniel Ducarme est celui de l'immigré qui se rend « transparent » (Andrea Rea) dans la société belge, une assimilation à l’opposée des projets de société multiculturelle.

 

Sur le terrain, les militants immigrés et les professionnels des dispositifs d'intégration parlent de « gifle », d’« injure », et mettent en avant tout le travail accompli en demandant de se figurer quelle serait la situation de nombre de quartiers si rien n'avait été mené.

 

Du côté du MR, la sortie du président est le plus souvent qualifiée d'erreur de calendrier. Sur le fond, très rares sont ceux qui prennent distance vis-à-vis de ses propos. Louis Michel se tait dans un premier temps, puis à la veille de sa proclamation comme leader du MR pour les prochaines élections, affirme à la RTBF que non, « l'intégration n'est pas un échec ».

 

Daniel Ducarme reçoit nombre de plages médiatiques plus larges pour développer ses arguments, pour les illustrer et surtout pour les nuancer. Confronté à des interlocuteurs qui lui reprochent d’« ethniciser » un débat tout en l'ouvrant et qui lui rappellent que « qui sème la peur récolte la haine », il persiste et rétorque que le pire en politique est de se contenter de tabous.

 

Alter Échos n°129 du 22 octobre 2002

 

Première action visible du Carrefour Interculturel Wallon : la journée du 28 février 2003 animée par Michel Villan, de la Direction générale de l’Action sociale et de la Santé du Ministère de la Région wallonne (DGASS). Voici donc ce qui a été au cœur des réflexions des 130 participants… Avec comme point de départ, les conclusions de l’étude du Cedem de l’Ulg

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