Chapitre 2 : Un espace de dialogue dans une relation triangulaire
Date de publication : 01/02/2003
Etat d'avancement du travail : Terminé.
Classification : SCIENCES SOCIALES / ASSISTANCE SOCIALE
Publication de l'ouvrage : Mr. Pierre-Yves Krywicki le 18/11/2008 à 08:21
Dernière modification : Mr. Pierre-Yves Krywicki le 18/11/2008 à 15:05
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Éric Florence, chercheur au Centre d’Études de l’Ethnicité et des Migrations, s’est attaché à développer les aspects théoriques de l’étude « Médiations, institutions, cultures ». Au travers de la littérature, il pointe la manière dont les processus de médiation ont été favorisés. « L’émergence des pratiques de médiation est à resituer dans un contexte de recherche de formes de sociabilité nouvelle. Crise du secteur de la socialisation, concordance entre territoire et population marginalisée, territorialisation de l’action publique et du travail social ont engendré un déficit de communication. Nécessité donc de (re)créer du lien social… Notamment entre les institutions et les usagers ».
Quant aux contours de la médiation, Éric Florence relève dans la littérature quatre critères de définition: présence d’un tiers, indépendance (politique, morale, financière), neutralité et absence de pouvoir institutionnel. « La médiation ouvre un espace de dialogue dans une relation triangulaire (médiateur, institution, usager). Pour ce qui est du critère d’indépendance, est-il possible de le rencontrer complètement, ne fût-ce que d’un point de vue financier ? A moins de créer un organe de médiation autonome… Quant au respect de la neutralité, il apparaît que c’est une position très difficile à tenir. Pourtant la neutralité doit rester un principe fondateur de la médiation. Enfin du point de vue du critère de l’absence de pouvoir institutionnel, la médiation apparaît comme un processus triadique qui, à la différence de l’arbitrage, établit les conditions d’un nouveau rapport entre les parties ».
De manière tout à fait empirique cette fois, Jérôme Jamin, deuxième chercheur attaché à l’étude du Cedem, s’est penché sur les définitions de la médiation interculturelle au travers de deux questions qui ont été proposées à une trentaine de personnes, issues de la médiation, et réunies en trois groupes focus. « Sur base de la première question - quelle est la spécificité de la médiation en général -, nous avons pu classer les réponses en deux grandes catégories. D’une part la médiation comme pratique visant l’intégration sociale et d’autre part la médiation comme pratique visant l’accès aux droits. Derrière la première, on trouve : rétablir la cohabitation, injecter du lien social, favoriser la rencontre et la communication, veiller à aider les personnes qui ne maîtrisent plus les leviers de leur intégration sociale, instaurer de l’autonomie. Dans ce cas, la médiation s’inscrit dans un rapport de population à population, de communauté à communauté. Dans l’autre situation, il s’agit d’instaurer un rapport égal aux institutions tant en matière administrative, que de santé ou de justice, de réinstaurer de l’autonomie dans le chef de l’usager par rapport à l’institution. Dans cette pratique, la médiation s’inscrit dans un rapport de personne à institution, de population à institution. ».
Pourtant, à bien y regarder de plus près, le chercheur constate qu’il n’y a pas de frontière étanche entre les deux types de pratiques. Le médiateur est souvent confronté aux deux situations, l’intégration sociale et l’accès aux droits. De plus, la médiation est animée dans les deux cas par le souci de rendre de l’autonomie aux personnes sur leur propre destinée. Enfin les deux types de pratique de médiation répondent à un ensemble de problématiques liées principalement à la pauvreté socio-économique. « Toutes les pratiques sociales liées à la lutte contre cette pauvreté socio-économique seraient-elles dès lors des pratiques de médiation ? Non évidemment, car la volonté de neutralité affichée et effective de la médiation la distingue des autres pratiques visant elles-aussi l’intégration sociale. »
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