Chapitre 3 : Intérêt d’une lecture de la culture au sens large
Date de publication : 01/02/2003
Etat d'avancement du travail : Terminé.
Classification : SCIENCES SOCIALES / ASSISTANCE SOCIALE
Publication de l'ouvrage : Mr. Pierre-Yves Krywicki le 18/11/2008 à 08:21
Dernière modification : Mr. Pierre-Yves Krywicki le 18/11/2008 à 15:05
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La deuxième question du Cedem, soumise à la réflexion des groupes focus, portait sur la spécificité de la médiation interculturelle en repartant du contexte particulier de l’histoire de la Belgique. « Dans notre pays », souligne Jérôme Jamin, « la médiation trouve sa source dans la superposition de deux phénomènes clés : la massification de la pauvreté/précarité et le fait migratoire des années 1945 à 1974. Avec pour conséquence, une population qui possède le double handicap lié à l’immigration et à la pauvreté, entraînant de nouveaux problèmes et nécessitant de nouvelles solutions. » La lecture de ce nouveau problème apparaît dans le phénomène de généralisation qui consiste à biologiser le social en donnant l’impression qu’il existe un lien « naturel » entre comportement humain, origine ethnique ou nationale et caractéristiques physiques. « Exemples de cette généralisation courante : l’immigré a les gênes de la pauvreté, de la délinquance… ou du terrorisme ». Dès lors pour lutter contre les effets pervers de cette généralisation biologisante, qui est à la base du racisme et de la xénophobie, la démarche nouvelle consiste à adopter une réponse interculturelle, la pratique de la médiation en milieu interculturel.
Se posent alors aux participants des groupes focus, praticiens de la médiation, deux questions essentielles. Tout d’abord comment développer une médiation interculturelle sans céder à la tentation de la biologisation des comportements, sans donner l’impression d’un lien naturel entre comportement humain, origines ethniques et caractéristiques physiques, sans tomber dans l’extrême ? « Ainsi, faut-il être d’origine étrangère pour être un bon médiateur interculturel ? Si oui – et certains le pensent –, cette exigence relève de l’idée dénoncée de la généralisation, à savoir que certains comportements sociaux sont liés à l’origine plutôt qu’aux circonstances sociales! » S'il y a une réponse positive à cette question, elle serait donc de l’ordre de « cela peut aider » d'avoir soi-même connu ce type d'expérience interculturelle de l'intérieur en tant qu'enfant de migrants ou en tant qu'exilé plutôt que pour œuvrer à l'intégration de personnes d'origine étrangère ou pour accompagner des réfugiés...
Comment, s’il existe une spécificité de la médiation interculturelle, justifier cette différence et établir une différence solide entre culture d’origine et d’autres types de cultures ? Voilà l’autre question qui taraude les praticiens. « En fait, la démarche interculturelle est tiraillée par deux tendances. Celle où l’on interprète la culture dans un sens large. La culture est un système de référence. Il est alors question de cultures d’origine, de cultures géographiques (ville, campagne, quartier…), de cultures de classes sociale, de cultures d’institutions… Cette manière d’envisager la culture au sens large permet de mettre sur un pied d’égalité les différences culturelles d’ordre ethnique et les autres types possibles de différences culturelles. Mais alors le risque est évident : tout le monde se retrouve dans le même sac : les exclus, les analphabètes, les immigrés… c’est le relativisme généralisé. L’autre tendance, c’est l’interprétation de la culture au sens rigide. C’est-à-dire qu’on admet qu’il existe une véritable spécificité de la culture au sens ethnique. Le risque là aussi a déjà été démontré : celui d’accorder aux différences ethniques plus d’importance qu’aux autres différences culturelles, et donc de biologiser le social en exigeant par exemple des liens nationaux et ethniques forts entre médiateurs interculturels et usagers ».
Entre ces deux tendances, Jérôme Jamin souligne l’intérêt d’une position intermédiaire de respect de la diversité. Reconnaître d’une part l’intérêt d’une lecture de la culture au sens large et d’autre part la longueur d’avance de la médiation interculturelle par rapport aux autres pratiques de médiation en général. « La médiation interculturelle n’aurait dès lors pas de spécificité, mais sa longueur d’avance permettrait de développer des pratiques innovantes dans le champ de la médiation en général. »
Les expériences de terrain sont multiples et diversifiées. Elles permettent de mieux cerner la réalité des principes qui définissent la médiation interculturelle. Elles mettent en évidence également, les contextes qui ont favorisé l’émergence de certaines pratiques et la nécessité de les reconnaître. Elles montrent aussi à quel point la médiation interculturelle peut être une source de changements et de renouveau des politiques sociales, pour autant qu’on y prête attention.

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