Labiso N°14

Médiation interculturelle
Des métiers à inventer pour un espace de changements

Sommaire



 
 
Il n'y a pas une pratique de médiation interculturelle, mais des pratiques nées de contextes différents et qui traversent tous les secteurs de la société : enseignement, soins, intégration des personnes étrangères, contrat de prévention... Le médiateur interculturel apparaît comme un passeur de codes et un agent de changement au sein d'un espace qui crée du temps pour la mise en mots. Coup de projecteur sur une journée d'étude organisée à initiative du Carrefour interculturel wallon.

Chapitre 7

Publication inédite (édition in extenso). Langue : français.
Date de publication : 01/02/2003
Etat d'avancement du travail : Terminé.

Classification : SCIENCES SOCIALES / ASSISTANCE SOCIALE

Publication de l'ouvrage : Mr. Pierre-Yves Krywicki le 18/11/2008 à 08:21
Dernière modification : Mr. Pierre-Yves Krywicki le 18/11/2008 à 15:05
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Publication de la page : Mr. Pierre-Yves Krywicki le 18/11/2008 à 09:13
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Il est une autre forme de médiation interculturelle, qui se veut méthode d’action sur la question de l’amélioration de l’accueil des gens du voyage. Elle se situe dans l’interstice entre différents acteurs : les gens du voyage, les pouvoirs publics et la population sédentaire.

 

Le centre de médiation des gens du voyage a vu le jour il y a maintenant plus d’un an et demi. Son directeur, Ahmed Akim est un adepte de la neutralité active. Une définition qui explicite bien la difficulté soulevée par Éric Florence, dans son exposé théorique des contours de la médiation, à savoir le respect du critère de neutralité. « Par neutralité active, j’entends : ne pas renvoyer l’un et l’autre dos à dos. Gens du voyage, personnes sédentaires et autorités publiques. Parce que les inégalités sont trop importantes et que forcément le plus fort l’emportera. Il s’agit donc de rééquilibrer la relation ».

 

La problématique de l’accueil des gens du voyage est complexe. Elle relève d’une exclusion quasi totale, basée tout d’abord sur le mode d’habitat. Cette exclusion est également économique avec la disparition des métiers traditionnels. Le droit à l’éducation n’est pas rencontré, puisqu’il n’y a pas de système scolaire adapté ce qui engendre un taux d’illettrisme particulièrement élevé. Cette population est également exclue de tous les droits sociaux en raison de la non reconnaissance de son mode de vie. Sur le plan politique, les gens du voyage n’ont aucune représentation.

 

Le centre de médiation des gens du voyage travaille à la fois sur les plans individuel et collectif. De personnes à personnes, de personnes à associations, d’associations à pouvoirs publics, de groupe de personnes à pouvoirs publics… « Toutes nos interventions doivent générer une plus-value pour les acteurs concernés. Favoriser l’émergence de projets des associations des gens du voyage, sensibiliser les populations sédentaires, régler des conflits de voisinage, soutenir une administration dans un projet d’accueil notamment par rapport aux réactions de ses habitants… »

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Un Centre de médiation pour les gens du voyage en Région wallonne

 

Dans le cadre de la politique d’accueil des populations nomades, une première étape, partielle mais sans doute capitale, a été franchie par la Région wallonne depuis septembre 2001 avec la création d’un Centre de médiation des gens du voyage. La structure se compose d’un coordinateur (compétent entre autres en communication interculturelle) et d’une médiatrice issue de la communauté tsigane.

 

Les premières mesures officielles visant à favoriser l’installation des nomades dans les communes remontent à 1972 pour le niveau provincial, à 1982 pour la Communauté française… Puis la Région a pris le relais cependant que les résistances locales et les frilosités institutionnelles (aux communes revient la décision) rendaient toujours impossible l’établissement de terrains d’accueil officiels, fussent-ils provisoires, équipés d’un minimum d’infrastructures (éclairage, sanitaires, point d’eau et point de ramassage des déchets). Aussi la mise en place d’un Centre de médiation jouant l’interface s’est avérée nécessaire pour dénouer les impasses dans toutes sortes de situations.

Missions complexes et transversalité

 

Actuellement, les missions du Centre de médiation représentent un ensemble de démarches ventilées sur trois axes.

 

Le premier se réfère aux autorités : « soutenir les communes dans leur projet de terrain d’accueil en informant bourgmestre et échevins, en donnant des outils, en les soutenant quant au montage financier (d’une part les communes doivent dégager un budget et d’autre part elles peuvent solliciter des financements provenant de différents ministères : Logement, Aménagement du Territoire,…). Notons que le cabinet des Affaires sociales intervient pour 60%. À charge des responsables communaux motivés de trouver les fonds restants; c’est également là qu’intervient le Centre », explique le coordinateur.

 

Second axe : le travail auprès des populations. « Indispensable, insiste Ahmed Akhim. Nous finalisons la publication d’une brochure informative à destination des habitants et des associations (diffusion au printemps 2002). Nous organisons parallèlement des séances d’information sur place pour sensibiliser les riverains; nous comptons aussi exploiter des lieux socioculturels et programmer des activités afin d’augmenter la reconnaissance des nomades, comme, les 4 et 5 mai 2002, à Verviers, une ‘Fête de la convivialité’ », complète le coordinateur.

 

Enfin, dernier axe, aussi décisif: la collaboration étroite d’associations représentatives des gens du voyage pour concevoir et concrétiser tous les projets – en l’occurrence le Comité national pour les gens du Voyage et l’association La Verdine. Sans leur implication, la tâche est vouée à l’échec. Or des paramètres aussi variés rendent le travail du centre et des fonctionnaires particulièrement ardu et requièrent de la ténacité. À l’heure actuelle seuls Namur et Bastogne ont présenté une “expérience pilote” d’aire de stationnement. Elles sont perçues comme le « meilleur incitant pour les communes hésitantes », note Jean-Christophe Jacobs de la DIIS (Ministère de la Région wallonne).

 

Alter Échos n°115 du 4 mars 2002


Comme le rappelle Christine Kulakowski, directrice du Centre bruxellois d’action interculturelle, dans le travail de médiation interculturelle, il ne s’agit pas seulement d’envisager la relation entre personnes porteuses de cultures différentes mais aussi entre personnes issues de milieux sociaux différents, de formations différentes, de hiérarchie différente de valeurs, de trajectoires de vie différentes… « C’est en cela qu’il est important de former tous les professionnels à une sensibilité interculturelle qui au minimum fera émerger les cadres culturels. Le médiateur pour sa part est là en soutien, en complément pour traduire les codes. C’est donc une fonction qui doit être reconnue avec un statut et une formation à part entière. En effet, même si l’on est issu de l’immigration, il n’est pas aisé d’être en capacité de connaître et de reconnaître le cadre culturel de l’autre car chaque personne a réalisé une synthèse culturelle en développant ses propres stratégies pour faire partie de la société ».

 

A la lueur de ces expériences, on s’en rend mieux compte, les pratiques de médiation interculturelle ne se réfèrent pas à un modèle unique. Pourtant, on discerne des constantes partagées par l’ensemble des praticiens de la médiation. Avant tout, la médiation interculturelle crée ou occupe un espace-temps qui au minimum permet la reconnaissance des raisons de chacun et au maximum provoque des changements par rapport à une norme. Le médiateur interculturel est un traducteur et pas nécessairement uniquement dans le sens d’un interprète. Il est un passeur de codes dans un cadre de réduction des inégalités et d’accès à la citoyenneté. A ce titre, c’est un professionnel qui doit bénéficier d’une formation spécifique ou continue et d’une supervision. Mais cette professionnalisation ne doit pas se faire au détriment d’une sensibilisation de tous les professionnels à la question de l’interculturalité.

 

Les conclusions finales de l’étude du Cedem, qui intégreront les échanges de cette journée, seront donc, à plus d’un titre, précieuces afin de mieux cerner les enjeux de la médiation interculturelle. « Au regard des mutations sociales contemporaines » insiste Jérôme Jamin, « à savoir les inégalités de moyens grandissantes, la ségrégation géographique, l’accès inégal à la connaissance, l’enseignement et la santé à deux vitesses… La richesse des travaux réalisés dans le champ interculturel pourraient servir de base au développement de nouvelles pratiques dans le champ de la médiation en général ».





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