LABISO laboratoire des innovations sociales  

Cahier Labiso
Périodique N°15
La Traversière à Nivelles
Nos patients ne sont pas seulement des patients

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Nous remercions, pour son soutien actif, Eliane Tillieux, la Ministre de la Santé, de l'Action sociale et de l'Egalité des chances.

La Traversière à Nivelles propose un projet thérapeutique pour des personnes qui souffrent de pathologies psychiatriques lourdes et handicapantes. La vie en communauté, et l’organisation du quotidien, est un véritable champ d’expérimentation. Au travers d’un travail psychothérapeutique et d’un accompagnement socio-éducatif, c’est un moment de relance de l’autonomie de la personne considérée comme le moteur de son évolution.

Chapitre 1 : Liens entre architecture, organisation du travail et projet thérapeutique

Publication inédite (édition in extenso). Langue : français.
Date de publication : 01/04/2003
Etat d'avancement du travail : Terminé.

Classification : SCIENCES SOCIALES / ASSISTANCE SOCIALE

Mots clés : Communauté thérapeutique

Publication de l'ouvrage : Mr. Pierre-Yves Krywicki le 18/11/2008 à 09:25
Dernière modification : Mr. Pierre-Yves Krywicki le 18/11/2008 à 15:05
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Publication de la page : Mr. Pierre-Yves Krywicki le 18/11/2008 à 09:54
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Contact : La Traversière => contactez-les ici


Tél. : 067/21 95 61
Site Web : http://www.latraversiere.be
Email : info@latraversiere.be
27 rue Georges Willame
1400 Nivelles
BELGIQUE

 

Comme souvent, c’est en remontant le fil des années que l’on (re)découvre les traces de ce qui marque le temps présent. La Traversière a trouvé naissance au sein d’un projet bruxellois de psychiatrie alternative qui, pour diverses raisons, a fini par se disloquer. Quelques travailleurs insatisfaits par le manque de professionnalisme, lié notamment à la mainmise administrative sur le projet thérapeutique, ont profité de cet éclatement pour négocier avec l’Inami une nouvelle  convention portant sur une capacité d’accueil de 11 lits.

 

On est en 1989. Les premiers statuts de l’asbl La Traversière sont déposés. Les sept membres fondateurs sont en quête d’un bâtiment dans la province du Brabant wallon, condition émise par l’Inami pour la  mise en route de la convention. Parmi eux, Freek Dhooghe, psychologue, aujourd’hui coordinateur thérapeutique. « On a cherché un peu partout… L’un d’entre nous, Bernard Mottier, n’avait pas de voiture, alors il prospectait tout près des gares… C’est comme ça qu’il a repéré cette maison à l’abandon… Près d’une gare mais de l’autre côté du centre ville… On avait déjà repéré un autre endroit en pleine campagne et les négociations étaient bien avancées… Mais on a finalement choisi Nivelles… C’est sûr que, loin de tout, notre projet thérapeutique aurait été différent ».

 

1990 : la convention Inami pérennise le projet. Pourtant, la question financière reste entière puisqu’il fallait attendre environ six mois de fonctionnement avant de voir la couleur du premier sou. « Nous louons et rénovons la maison via un prêt bancaire accordé grâce à des hypothèques sur nos biens personnels… A l’époque on était très enthousiastes. Mais personnellement aujourd’hui, je ne le ferais plus. D’abord à cause des risques que l’on prend mais aussi par rapport aux effets que cette implication a pu avoir dans le projet même notamment vis-à-vis des nouveaux travailleurs. Difficile pour eux de prendre leur place, difficile aussi de dénouer le professionnel de la vie privée… »

 

En recrutant dans leur réseaux personnels et professionnels, les fondateurs de l’association sont animés par les mêmes objectifs : sortir les personnes de l’hôpital psychiatrique, créer un lieu de parole où peuvent s’exercer les droits humains, mener un projet où l’on donne un maximum de responsabilité et d’autonomie… Le tout dans un esprit de co-gestion où, au quotidien, tout le monde met la main à la pâte.

 

Un souci qui se manifestera aussi dans une politique salariale égalitaire : donner plus aux fonctions les plus basses dans la hiérarchie en retirant plus aux responsables situés plus haut dans cette hiérarchie. Vision égalitaire qui ne passera pas le cap du tribunal du travail et des barèmes en vigueur, mais dont on perçoit toujours l’esprit, notamment dans l’organisation des permanences de l’établissement, qui fonctionne 24 heures sur 24.

 

En 1992, la convention avec l’Inami passe de 11 à 15 lits. A ce moment, La Traversière s’agrandit et investit le numéro 26 de la même rue, cette fois avec l’appui de la Province du Brabant wallon. Cet ancien bâtiment scolaire est réaménagé avec cette idée que l’architecture, avec ses dimensions de nécessité et de créativité, dit quelque chose sur qui nous sommes.

 

Architecture et lien social (extrait)

Intervention au colloque sur la santé organisé par la Ligue wallonne de la santé mentale

15 septembre 2001

Freek Dhooghe

 

…En contact quotidien avec nos patients, jour et nuit, nous observons que nous sommes confrontés à devoir reconstruire, relancer ce qui semble pour beaucoup d’entre nous, et nous-mêmes, d’une évidence absolue. Même le moindre mouvement, comme prendre un essuie pour essuyer la vaisselle est à reconstruire, relancer chaque fois. Se dire bonjour, et continuer là où les choses sont restées la dernière fois, semble une difficulté énorme. La psychose nous montre, si nous voulons y prêter attention, cette difficulté à être au monde. Cette difficulté à créer du lien, cette impression de survivre sur du sable mouvant, nous confronte à la difficulté du comment construire un fondement solide, une structure psychique plus équilibrée et des liens sociaux à plus long terme. Dans ce sens, le lien entre la psychose et l’architecture semble à plusieurs niveaux évident. La reconstruction quasi permanente à faire et à soutenir peut se faire indirectement via l’espace, en investissant des lieux, pour les rendre vivants. A partir du moment où ces lieux vivants existent, il y a de l’architecture à partir de laquelle chacun réalise son image du lieu. Ce n’est peut-être pas vraiment le plan de base qui importe, il faut quand même des possibilités et un peu d’espace, mais ce que tout un chacun y déposera au fil du temps…

 

Dans ses premières années de construction, l’institution La Traversière est marquée par des départs, licenciement, maladie d’un des membres fondateurs, arrivées de nouveaux travailleurs… Les mouvements de personnel auront immanquablement des répercussions sur l’évolution du projet thérapeutique au même titre d’ailleurs que les conditions socio-économiques générales. Parce que La Traversière ne vit pas en vase clos. C’est un lieu de passage, un lieu de relance de la responsabilité et de l’autonomie qui peut permettre aux personnes affectées de pathologies psychiatriques de se réapproprier une position dans le tissu social. Mais aussi parce que La Traversière, son organisation et la responsabilité de chaque travailleur, intervient dans la dimension psychothérapeutique. C’est en cela que le projet thérapeutique s’inscrit dans le courant de la Psychothérapie Institutionnelle. « Notre organisation du travail est en lien avec notre projet thérapeutique! Nous avons changé cinq fois d’organigramme… Comment en effet pourrait-on dire à nos patients parlez, prenez de l’autonomie, si nous avons une structure qui ne permet pas à ses travailleurs d’avoir cette même place? »

 

L’asbl La Traversière crée, en 1999, un centre de jour au centre de Nivelles : La Fabrique du Pré. Dans la même philosophie de la Psychothérapie Institutionnelle, axé encore plus sur le Club thérapeutique, ce centre accueille en moyenne 15 résidents la journée. Cette maison, proche de la grand'place, s’occupe de personnes souffrant de difficultés psychologiques, venant du Brabant wallon et même de plus loin. En lien avec la communauté de La Traversière, elle est distincte de celle-ci : les résidents de La Traversière doivent poser leur candidature avant de pouvoir participer aux activités du centre de jour. Ceci n’empêche pas une circulation importante des personnes entre les deux institutions.