Chapitre 2 : Le quotidien, moteur de la fonction thérapeutique
Date de publication : 01/04/2003
Etat d'avancement du travail : Terminé.
Classification : SCIENCES SOCIALES / ASSISTANCE SOCIALE
Mots clés : Communauté thérapeutique
Publication de l'ouvrage : Mr. Pierre-Yves Krywicki le 18/11/2008 à 09:25
Dernière modification : Mr. Pierre-Yves Krywicki le 18/11/2008 à 15:05
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La théorie, si elle n’est pas une fin en soi, constitue un outil pour le travail thérapeutique concret avec le patient. « Nous avons une ouverture de principe à l’égard de la pluralité des références dans le domaine théorique des sciences humaines, de la psychiatrie et de la psychothérapie. Mais plusieurs références en lien avec notre expérience en psychiatrie institutionnelle éclairent notre pratique et notamment les écrits développés par Jean Oury et François Tosquelles sur la psychothérapie institutionnelle ».
La psychothérapie institutionnelle aujourd’hui. Historique (Extrait)
Jacques Azoulay
La notion de psychothérapie institutionnelle est apparue en France dans l'immédiat après-guerre, à travers la nécessité de transformer les anciens Asiles d'aliénés, dénommés Hôpitaux Psychiatriques en 1938, en instruments de soins authentiques.
La démarche est inaugurée par Tosquelles, Balvet, Bonnafé pendant la guerre. Daumezon et Koeklin officialisent le terme en 1952, désignant des expériences de plus en plus variées, voire divergentes. Un dénominateur commun subsiste : la référence à la psychanalyse et aux thérapies de groupe, et pour certains, l'importance donnée aux aspects sociologiques, voire politiques.
Le mouvement se poursuit pour répondre aux nécessités du traitement des psychoses graves, et en particulier des états schizophréniques. Mais il s'adresse aussi à un certain nombre d'états limites dans des moments critiques de leur parcours.
Dans les années 1960-1970, on peut opposer les travaux du groupe de la « Psychothérapie Institutionnelle » (Tosquelles, Oury, etc), d'inspiration surtout lacanienne, et la notion de « Soins Institutionnels » (Racamier), complémentaires du traitement psychanalytique individuel.
Les expériences de psychothérapie institutionnelle se veulent aujourd'hui plus modestes ou plus réfléchies. Mais l'importance de l'aspect institutionnel du traitement global des psychoses s'affirme, compte tenu des déceptions que les psychothérapies individuelles des états psychotiques graves ont provoquées.
Ainsi s'élabore peu à peu, dans chaque institution particulière, en s'appuyant sur des données largement convergentes, une possibilité de tirer partie, dans un sens dynamique, des échanges de la vie quotidienne, dans tous les lieux où des soignants psychiatriques et des thérapeutes accueillent des malades mentaux.
La psychothérapie institutionnelle de Saint-Alban à La Borde
Conférence de Jean Oury
Jean Oury est né en 1924. Interne a l'hôpital de
Saint-Alban puis dans le Loire et Cher, il quitte ce poste à la suite d’une
dispute pour fonder, accompagné de ses patients – psychotiques pour la plupart
– la clinique de La Borde. Une clinique psychiatrique ou une institution
spécialisée située dans un drôle de château perdu au milieu des bois qui n’a
rien de commun avec l’idée la plus optimiste qu’on pourrait se faire de
l’hôpital, et a fortiori rien à voir non plus avec la réalité d’une maison de
soins… La Borde a été créée par Jean Oury, en 1953
… Ce mouvement de psychothérapie institutionnelle s’est développé autour de médecins et d’infirmiers. Les hôpitaux gardaient en général, une structure carcérale, concentrationnaire. Des infirmiers, pendant la guerre, avaient été prisonniers, certains avaient été dans des camps de concentration. Quand ils sont rentrés, ils avaient une vision du monde différente : leur milieu de travail, le même qu’avant-guerre, leur rappelait l’expérience qu’ils venaient de traverser dans les camps de concentration…
C'est un événement dans la vie de quelqu'un de reprendre sa profession d'avant-guerre et de se retrouver à peu près dans la même atmosphère que dans les camps de concentration. Vous savez que pendant l'occupation, il y a eu en France une telle misère dans les hôpitaux psychiatriques que 40% des malades y sont morts de faim. Cela créait un terrain assez favorable pour une prise de conscience, non seulement individuelle mais collective, impliquant la nécessité de changer quelque chose. J'aime bien rappeler cette origine de la psychothérapie institutionnelle. On a souvent, en effet, trop tendance à se diluer dans des choses assez abstraites, soi-disant théoriques, et de perdre en fin de compte l'essence de la question. On pourrait donc définir la psychothérapie institutionnelle, là où elle se développe, comme un ensemble de méthodes destinées à résister à tout ce qui est concentrationnaire.
Concentrationnaire, c'est peut-être un mot déjà vieilli, on parlerait actuellement bien plus de "ségrégation". Or, ces structures de ségrégation existent partout, de façon plus ou moins voilée. Tout entassement de gens, que ce soit des malades ou des enfants, dans n'importe quel lieu, développe, si on n y prend pas garde, des structures oppressives. Simplement le fait d'être dans un collectif, avec une armature architecturale et conceptuelle vieux jeu. La psychothérapie institutionnelle, c'est peut-être la mise en place de moyens de toute espèce pour lutter, chaque jour, contre tout ce qui peut faire reverser l'ensemble du collectif vers une structure concentrationnaire ou ségrégative…
Pour l’équipe de la Traversière, la vie quotidienne recèle une fonction thérapeutique et, à ce titre, elle lui accorde une attention particulière. « Nous pensons que le travail thérapeutique ne se passe pas uniquement dans les entretiens thérapeutiques, les activités, les réunions, soit dans tout ce qui est de l’ordre du formel. Ce travail thérapeutique doit se passer également dans notre travail quotidien, c’est la toile de fond de l’institution… La libre circulation autant pour les travailleurs que pour les patients crée des possibilités de rencontre et ouvre un espace pour l’inattendu ».
Cette dimension de vie quotidienne s’articule avec d’autres dimensions qui ont, elles aussi, leurs fonctions : le club thérapeutique où personnel et patients s’occupent ensemble de l’organisation d’ateliers, d’activités ponctuelles, d’échanges et de rencontres; le rôle du médecin-psychiatre garant d’une prise en charge conforme de la médication administrée; le lien avec la société au travers du statut social de la personne, de la gestion financière, des contacts maintenus avec la famille, un atelier de sport…; les questions psychologiques et psychanalytiques avec lieux de paroles et accompagnement du patient. Toutes ces dimensions, médico-socio-psycho-thérapeutiques sont présentes dans l’établissement. « Nous posons un diagnostic en fonction de l’articulation de toutes ces composantes… Notre cadre de travail relève donc d’une prise en charge pluridisciplinaire qui inclut les particularités de chaque personne. Le patient est donc le principal moteur de sa –"guérison", de son évolution. Dans ce sens nous devons considérer les patients comme responsables et encourager leur prise de responsabilité…».
