Chapitre 3 : Des pathologies psychiatriques lourdes et handicapantes
Date de publication : 01/04/2003
Etat d'avancement du travail : Terminé.
Classification : SCIENCES SOCIALES / ASSISTANCE SOCIALE
Mots clés : Communauté thérapeutique
Publication de l'ouvrage : Mr. Pierre-Yves Krywicki le 18/11/2008 à 09:25
Dernière modification : Mr. Pierre-Yves Krywicki le 18/11/2008 à 15:05
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Depuis son ouverture en septembre 1990, La Traversière a enregistré plus de 235 séjours. Des hommes et des femmes, de plus de 18 ans, souffrant de pathologies psychiatriques. Derrière cette étiquette, on constate une variété de situations. Des patients psychotiques de la lignée schizophrénique; des personnes qui ont séjourné pendant plusieurs années en hôpital psychiatrique; des personnes ayant tendance à l’hospitalisation récurrente et répétitive au moment où il y a tentative de reprise d’autonomie; des personnes dont la problématique relationnelle s’avère dominante; des personnes marginalisées et désinsérées du point de vue social, familial, professionnel échouant à répétition et cherchant une protection dans les hôpitaux; des jeunes adultes dont le contexte familial est problématique et en recherche d’un lieu tampon qui n’est ni la famille ni l’hôpital; des jeunes patients venant de homes ou d’institutions incapables d’assurer leur autonomie et qui manifestent leur désarroi par des symptômes psychiatriques.
« Il y a des situations qui dépassent les possibilités de prise en charge de notre communauté thérapeutique, notamment certaines urgences neuro-psychiatriques ou encore les toxicomanies trop importantes ou qui nécessitent un sevrage ». A propos de la prise en charge des toxicomanes, Pascal Lambot, psychologue, précise. « S’il apparaît, au cours des premiers entretiens d’accueil que la problématique toxicomaniaque est centrale et non liée à une autre problématique psychiatrique majeure, nous réorientons la personne car nous ne sommes pas outillés pour une telle prise en charge. Notre structure est très ouverte, on entre et on sort comme on veut. Il y a des règles mais aussi beaucoup de liberté. Chacun est libre de partir quand il le désire. Ce cadre de travail thérapeutique nous permet d’ailleurs de renvoyer la personne à ses choix. C’est une des raisons qui nous incite à refuser des demandes d’accueil pour des personnes sous contrôle judiciaire. Quant aux toxicomanes, ils nous forceraient à nous situer dans le contrôle du type : est-ce qu’il a trop bu, oui ou non et alors comment le contrôler? Par contre pour certaines personnes à tendance toxicomaniaque, un travail thérapeutique est possible avec le cadre qui est le nôtre.»
Dans la pratique, La Traversière accueille certains types de toxicomanes. Mais, outre le critère du diagnostic, la décision relève aussi d’une analyse de l’opportunité du moment. « Il s’agit de préserver un équilibre entre les différentes situations pathologiques des résidents. Mais aussi d’éviter un risque de fragilisation supplémentaire, particulièrement pour les jeunes résidents. Si nous avons beaucoup de jeunes au moment où une demande émane d’une personne à tendance toxicomaniaque, nous la réorientons automatiquement ».
En 2002, La Traversière a reçu 120 demandes de rendez-vous. 15 d’entre eux ont été annulés et au moins 25 personnes ne se sont pas présentées, sans avoir préalablement annulé leur rendez-vous. 15 personnes ont vu leur candidature acceptée, quant aux autres elles ont été réorientées.
Comment ces personnes entrent-elles en contact avec La Traversière? Le secteur psychiatrique hospitalier est le principal envoyeur.
|
ENVOYEUR |
Nombre |
|
Hôpital psychiatrique |
32 |
|
Service psychiatrique en hôpital général |
16 |
|
De sa propre initiative |
12 |
|
Centre psycho-gériatrique |
6 |
|
Communauté thérapeutique |
4 |
|
Maison d’accueil |
1 |
|
Habitations protégées |
5 |
|
Centre de jour, centre de nuit |
2 |
|
IMP |
1 |
|
Autres (commune, service accompagnement…) |
7 |
|
Envoyeur inconnu |
34 |
Au total, en 2002, 18 personnes ont commencé un séjour à la Traversière. 15 d’entre elles provenaient du milieu institutionnel et 3 du milieu familial. Pour ce qui est du diagnostic, les troubles évoqués relevaient à 72% de la lignée psychotique, à 17% d’une personnalité borderline. Et pour les autres, soit 11%, le diagnostic devait encore être affiné. L’âge moyen de ces résidents était de 31 ans, soit en baisse par rapport à 2001 (39 ans) mais en légère hausse par rapport à 2000 (28 ans) et 1999 (30 ans). Sur ces 18 personnes, 15 étaient des hommes et 3 des femmes.
« Notre public souffre en majorité de pathologies psychiatriques lourdes et handicapantes. Ce sont des personnes avec des symptômes qui leur rendent la vie à l’extérieur particulièrement difficile. Ce sont des personnes qui ont besoin d’un encadrement structurant. Mais ce n’est pas toujours le symptôme qui est le plus difficile à appréhender. Il y a aussi toutes les difficultés liées à l’inscription dans le tissu social, au rapport avec les familles, au rythme et au temps et encore à l’hygiène … »
En 2002, la moyenne d’âge des résidents est repassée à la tranche des 25-30 ans, avec dans les histoires de vie des allers-retours entre la famille et l’hôpital liés à des troubles de décompensation psychotiques… Mais il n’y a pas réellement de parcours type.
Comment expliquer la différence importante entre le nombre d’hommes et de femmes accueillis à La Traversière? Freek Dhooghe évoque une superposition de plusieurs niveaux d’explications, externes et internes à l’institution. « Dans la société, il est plus acceptable que la femme reste à la maison; on se questionne donc moins sur la place sociale que la femme peut avoir. L’homme, lui, son insertion passe par le travail. Je pense que ces représentations agissent sur les choix de nos envoyeurs. Mais, il n’y a pas que ça. S’il y a peu de femmes à La Traversière, c’est aussi parce que les candidates éprouvent plus de difficultés à franchir le pas quant il s’agit de vivre en communauté à dominante masculine. De plus, nous n’avons rien mis en place de spécifique pour l’accueil des femmes qui ont des enfants ».

