LABISO laboratoire des innovations sociales  

Cahier Labiso
Périodique N°15
La Traversière à Nivelles
Nos patients ne sont pas seulement des patients

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Nous remercions, pour son soutien actif, Eliane Tillieux, la Ministre de la Santé, de l'Action sociale et de l'Egalité des chances.

La Traversière à Nivelles propose un projet thérapeutique pour des personnes qui souffrent de pathologies psychiatriques lourdes et handicapantes. La vie en communauté, et l’organisation du quotidien, est un véritable champ d’expérimentation. Au travers d’un travail psychothérapeutique et d’un accompagnement socio-éducatif, c’est un moment de relance de l’autonomie de la personne considérée comme le moteur de son évolution.

Chapitre 7 : Le club thérapeutique, un voyage côte à côte

Publication inédite (édition in extenso). Langue : français.
Date de publication : 01/04/2003
Etat d'avancement du travail : Terminé.

Classification : SCIENCES SOCIALES / ASSISTANCE SOCIALE

Mots clés : Communauté thérapeutique

Publication de l'ouvrage : Mr. Pierre-Yves Krywicki le 18/11/2008 à 09:25
Dernière modification : Mr. Pierre-Yves Krywicki le 18/11/2008 à 15:05
Dispose des droits sur la publication.

Publication de la page : Mr. Pierre-Yves Krywicki le 18/11/2008 à 10:27
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Contact : La Traversière => contactez-les ici


Tél. : 067/21 95 61
Site Web : http://www.latraversiere.be
Email : info@latraversiere.be
27 rue Georges Willame
1400 Nivelles
BELGIQUE

 

En France, le club thérapeutique est un organisme reconnu et stipulé dans une loi de 1958. Cette structure donne le droit aux patients d’organiser des activités en milieu hospitalier. « C’est l’outil par excellence de la médiation. Et comme l’exprime Jean Oury dans Dialectique du fantasme, du transfert et du passage à l’acte, – "c’est peut-être ça, ce quelque chose qui vient agiter un petit peu les relations, pour que ça parle autrement que dans la norme habituelle". Le club permet aux travailleurs et aux patients de se rencontrer dans un rapport de fraternité, c’est-à-dire regarder dans la même direction. On peut le comparer à un voyage en voiture, côte à côte, situation précieuse pour se rencontrer dans le travail psychiatrique ».

 

Dès sa création en 1990, La Traversière a mis sur pied une structure semblable au club thérapeutique français. « Cette structure n’a pas cessé de se modifier au fil du temps. » L’Arc-en-ciel est le lieu où résidents et travailleurs gèrent des ateliers et des activités non pas dans une perspective occupationnelle ni de travail mais comme un espace-temps cadré et différencié en lien avec la réalité du monde extérieur. « Même malades, les personnes ont des droits civils et sont capables de faire des choix. Quant aux professionnels, ils ne sont pas que des travailleurs mais aussi des individus avec des envies. » A partir de ces espaces-temps organisés, une série de questions individuelles peuvent être soulevées et élaborées comme le rythme, l’engagement à une participation régulière, terminer un travail entrepris… Rien d’autre que ce à quoi tout le monde est confronté dans la vie en société.

 

L’Arc-en-ciel est autonome dans ses décisions. Et dispose d’un budget annuel d’environ 900 euros. Une fois par mois, la structure se réunit sous la houlette du président, du trésorier et du secrétaire. Ces fonctions sont occupées par des patients et sont doublées par un vice-président, un vice-trésorier et un vice-secrétaire, trois membres de l’équipe de La traversière. « La doublure au niveau de l’équipe est importante pour assurer la continuité puisque de nombreux patients partent assez vite et sont remplacés par d’autres ». Le secrétariat de l’Arc-en-ciel se réunit une fois par semaine. Cette réunion fait le point sur les projets en cours, accueille des nouvelles idées et passe les informations nécessaires.

 

En début d’année, au sein de l’Arc-en-ciel, les budgets pour les ateliers et activités sont votés pour toute l’année, en gardant une certaine somme pour des imprévus. S’organisent alors une série d’ateliers qui varient d’année en année en fonction de leurs initiateurs : informatique, boulangerie, potager, vélo, équitation, théâtre, musique… « La diversité est importante afin de rencontrer au maximum la diversité des affinités personnelles et favoriser les conditions d’un choix réel. Souvent, ces réunions où l’on décide de ce qui sera poursuivi ou mis en place sont assez animées. Tout est mis au vote, chaque participant ayant une voix. Les décisions se prennent à la majorité ».

 

 

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Chacun est libre de demander un budget pour un atelier ou une activité. Mais un budget n’est jamais accordé à des individus mais à des groupes. « Nous parlons d’atelier, si au niveau de l’équipe, deux travailleurs peuvent assurer son fonctionnement. Donc si quelqu’un veut acheter un vélo, il n’obtiendra pas d’argent. Mais si le vélo peut-être utilisé par tout le monde et si plusieurs personnes sont garantes de son entretien, de sa mise à disposition, alors un budget peut être octroyé. Dernièrement, la question s’est posée pour l’achat de bottes dans l’atelier potager. Si une personne a besoin de bottes, elle devra les acheter avec son argent. Si on achète des bottes pour l’ensemble des participants de l’atelier potager, alors le budget est pris en charge par l’Arc-en-ciel. Avant la mise en place d’un atelier, nous encourageons toujours les patients à faire à l’extérieur ce qui ne peut pas se faire à la Traversière : du body-building, de l’équitation… »

 

 

 

Projet thérapeutique La Traversière

Extrait

 

Si un club existe, chaque résident n’est pas seulement là comme patient, mais aussi d’emblée et d’une façon complémentaire comme membre du club et donc à ce titre repris dans un autre réseau social. Chaque patient est invité à exercer concrètement sa citoyenneté.

Pour les travailleurs, y compris la direction, l’Arc-en-ciel est un exercice difficile – mais nécessaire vu l’accueil de la psychose – de la différence de rôle, de statut, de fonction. Il leur est demandé d’articuler le devoir professionnel et les désirs personnels. Cette structure permet d’être plus proche des résidents et d’ouvrir plus de possibilités d’investissements et de rencontres, nécessaires pour soigner les personnes psychotiques.

 

L’accès à l’Arc-en-ciel est volontaire. En sachant toutefois que les travailleurs sont là pour stimuler la prise de responsabilité des résidents et qu’eux-mêmes peuvent se faire remarquer leur manque d’initiatives développées en rapport avec l’Arc-en-ciel.

 

"La Traversière et l’Arc-en-ciel", Freek Dhooghe et Bernard Motier.

Dans Institutions, revue de psychothérapie institutionnelle. Mars 1999.

 

…Peut-être pensez-vous qu’à La Traversière nous nous compliquons la vie. Il y a même des personnes à l’intérieur de La Traversière qui le disent. Il serait beaucoup plus facile de demander à une personne ou à un petit groupe de personnes d’organiser les ateliers et activités et de s’occuper aussi de l’argent. En tout cas, choisir que les patients et l’équipe aient leur mot à dire dans ce fonctionnement complique pas mal les choses. Et pourtant, c’est comme cela que nous voulons travailler. A l’opposé d’une structure organisée par l’équipe seule, cette structure permet d’avoir, au sein de l’institution, un réseau d’échanges fondé sur une réalité. C’est la réalité des ateliers, des activités et de leur lien avec l’argent. Cette réalité demande à chacun de se positionner. Les résidents ne sont pas considérés uniquement comme des consommateurs mais aussi comme responsables dans la vie active de La Traversière. Cette dynamique crée des conflits, des rencontres, des affinités. Le fait que les patients puissent prendre des responsabilités ou être invités à le faire, et pas de manière fictive, a un effet sur l’institution. Ils sont considérés comme des gens ayant, malgré leurs difficultés, des capacités réelles à prendre en charge certains domaines. Ce réseau met en lien les gens autour de projets concrets. L’Arc-en-ciel permet une circulation qui répartit les personnes de l’équipe autrement qu’au regard de leur fonction thérapeutique.

 

Nous remarquons que ceci, malgré les difficultés, a des effets positifs sur l’institution. Le projet de La Traversière prévoit que les membres de l’équipe peuvent tous, pendant leurs heures de travail, animer un ou deux ateliers au choix, selon leurs désirs personnels. Cela veut dire que chaque travailleur prend en charge un petit bout du collectif. Quand quelqu’un anime un atelier boulangerie, qu’il soit psychologue ou pas, il fait du pain… Mais les travailleurs sont aussi questionnés régulièrement sur leur présence « Qu’est ce qu’on vient faire ». Une situation qui n’est pas toujours simple mais qui favorise un lien plus authentique.

 

Cette autonomie de l’Arc-en ciel a pourtant une limite bien concrète : l’argent. Chaque euro dépensé doit être justifié dans le budget de La Traversière, pour l’Inami. A contrario du modèle français, la responsabilité finale ne se situe donc pas à l’Arc-en-ciel mais à La Traversière. Ce qui a pour effet, au niveau symbolique, que les activités ne sont pas complètement gérées de manière autonome. « Il faudrait pouvoir mettre en place une structure avec fonds propres, indépendante du fonctionnement thérapeutique et administratif de La Traversière. A partir de ce moment là, il y aurait de vrais liens, de vrais échanges ».