LABISO laboratoire des innovations sociales  

Cahier Labiso
Périodique N°15
La Traversière à Nivelles
Nos patients ne sont pas seulement des patients

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Nous remercions, pour son soutien actif, Eliane Tillieux, la Ministre de la Santé, de l'Action sociale et de l'Egalité des chances.

La Traversière à Nivelles propose un projet thérapeutique pour des personnes qui souffrent de pathologies psychiatriques lourdes et handicapantes. La vie en communauté, et l’organisation du quotidien, est un véritable champ d’expérimentation. Au travers d’un travail psychothérapeutique et d’un accompagnement socio-éducatif, c’est un moment de relance de l’autonomie de la personne considérée comme le moteur de son évolution.

Chapitre 9 : Le projet thérapeutique dans un contexte socio-économique qui évolue

Publication inédite (édition in extenso). Langue : français.
Date de publication : 01/04/2003
Etat d'avancement du travail : Terminé.

Classification : SCIENCES SOCIALES / ASSISTANCE SOCIALE

Mots clés : Communauté thérapeutique

Publication de l'ouvrage : Mr. Pierre-Yves Krywicki le 18/11/2008 à 09:25
Dernière modification : Mr. Pierre-Yves Krywicki le 18/11/2008 à 15:05
Dispose des droits sur la publication.

Publication de la page : Mr. Pierre-Yves Krywicki le 18/11/2008 à 10:40
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Contact : La Traversière => contactez-les ici


Tél. : 067/21 95 61
Site Web : http://www.latraversiere.be
Email : info@latraversiere.be
27 rue Georges Willame
1400 Nivelles
BELGIQUE

 

La Traversière des années 1990 n’est plus La Traversière des années 2000. Le départ de certains membres fondateurs, l’arrivée de nouveaux travailleurs ont induit des changements. « Chaque départ est lié à un moment critique dans l’évolution du projet thérapeutique ». Mais d’autres facteurs entrent en ligne de compte. La Traversière évoque « l’évolution rapide de notre société », et l’analyse sous différents aspects.

-              le déclin de la figure du père et la fin des idéologies

-              l’augmentation du nombre de citoyens en situation de pauvreté dans une société de plus en plus axée sur la seule loi de l’économie, où le chômage sévit et le logement coûte de plus en plus cher

-              l’augmentation du nombre de citoyens en situation d’isolement social, voire d’exclusion sociale; cet appauvrissement du réseau social survient dans une société individualiste, élitiste, où beaucoup de familles sont éclatées (séparation, divorce, famille nucléaire…) et n’exercent plus une fonction de soutien auprès de leur membres en difficultés

-              le contrôle social accru (par exemple l’augmentation du nombre des mesures de protection des personnes et des biens) dont la psychiatrie est un des instruments

-              le recours plus facile et plus fréquent aux spécialistes de la santé auxquels on demande parfois de servir de tiers dans une société où la fonction paternelle semble défaillante

-              la diversification des structures d’aide dans le champ de la psychiatrie avec comme conséquence l’existence d’un réseau hétéroclite d’établissements

 

Autant d’aspects dont la Traversière veut tenir compte dans l’adaptation de son projet.

 

C’est précisément dans ce cadre que la question de la médicalisation des pratiques est à l’ordre du jour. « Nous sommes aujourd’hui dans un débat entre l’approche psychiatrique et l’approche psychanalytique. Alors qu’à l’origine, nous nous inscrivions beaucoup plus dans une approche psychanalytique. L’exemple de la médicalisation des résidents est significatif. Au départ, on ne s’occupait pas de la prise de médicaments des résidents. Ils devaient gérer ça eux-mêmes. Ensuite, on a pris en main la gestion des médicaments. Maintenant, on dirait que cette gestion nous occupe toujours plus… Sans doute sommes-nous pris dans ce mouvement de contrôle global de la société. Autre exemple, l’application d’une sanction quand une règle n’a pas été respectée. Au début du projet, la personne était exclue pendant une durée donnée sans que l’on ne s’inquiète de ce qui pourrait lui arriver. Aujourd’hui, la première chose mise en débat, c’est justement ce qui pourrait lui arriver. Au fur et à mesure du temps, nous avons peaufiné notre projet thérapeutique. Ce qui est écrit est plus précis et peut faire tiers quand on se pose une question sur ce que l’on recherche : qu’est-ce que le contrôle, qu’est-ce que le soin…? ».

 

Autre aspect de cette évolution dont La Traversière devra tenir compte à moyen terme : la réforme de la psychiatrie. Pour l’instant, elle est peu concernée mais reste tout de même très attentive, notamment au niveau de l’obligation du travail en réseau qui se profile. « Cette idée de développer des soins à domicile au travers d’un réseau correspond à notre philosophie, pour autant que ce réseau ne soit pas un cadenas artificiellement construit ». Le principal changement annoncé se situe au niveau du public de La Traversière et pour lequel l’institution ne s’est pas encore préparée : « Il semble que nous ne pourrions plus accueillir que 20% de patients provenant des hôpitaux psychiatriques. Or pour l’instant, ce sont nos principaux envoyeurs! »

 

La rédaction des rapports d’activités constitue des moments d’arrêt consacrés à la réflexion, précisément sur le sens de la mission au regard de l’évolution des pratiques et du contexte socio-économique. « Que signifie aujourd’hui dans un lieu de soins psychiatriques  faire de la rééducation fonctionnelle avec des patients en souffrance, le plus souvent exclus des circuits professionnels et isolés socialement? Comment les aider à sortir de ce qui s’avère être pour beaucoup un cercle vicieux entre difficultés psychiques et isolement social? Comment contribuer à la reconstitution de réseaux relationnels qui ne se limitent pas à l’univers psychiatrique?… » Ce temps de la réflexion nourrit indéniablement les pratiques. Freek Dhooghe est Flamand mais a choisi de travailler à La Traversière en Wallonie. « Ici,  on peut encore prendre le temps… Prendre le temps de s’asseoir sur un banc avec un résident et papoter… ».