Chapitre 8 : A certaines conditions, le socioculturel peut rendre plus fort
Date de publication : 01/04/2004
Etat d'avancement du travail : Terminé.
Classification : SCIENCES SOCIALES / ASSISTANCE SOCIALE
Publication de l'ouvrage : Mr. Pierre-Yves Krywicki le 21/11/2008 à 09:53
Dernière modification : Mr. Pierre-Yves Krywicki le 21/11/2008 à 10:25
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Depuis plusieurs années, des initiatives émergent au sein des CPAS et autres organismes d'insertion proposant des activités de création artistique dans le cadre plus global d'un travail d'insertion sociale voire socioprofessionnelle. Les plus visibles sont souvent des productions théâtrales qui bénéficient du soutien d'animateurs professionnels et/ou qui s'inscrivent dans le réseau du Théâtre-Action.
S'éloigner de la revendication pour mettre en relations
Dans ces liens entre social et culture, le travail du Miroir Vagabond est régulièrement cité en exemple. Car l'association est convaincue que le socioculturel peut aider à transcender, à découvrir du potentiel et alors rendre plus fort.
Pourtant, ses responsables n'hésitent pas à marquer les nuances en reconnaissant s'être éloignés d'un certain type de travail socioculturel. « Nous avons expérimenté, essayé, corrigé, cru à des méthodes et actions dont nous nous sommes éloignés aujourd'hui. C'est le fruit d'une évolution due aux partenariats entre des artistes et des intervenants sociaux. Mais ce sont aussi surtout les propos tenus par des personnes - particulièrement faibles - qui nous ont poussés vers ce que nous appelons une évolution, et maintenant une détermination. Nous nous sommes éloignés de deux manières de travailler : la revendication et le reality-show socioculturel. La première consiste à ce qu'un groupe définisse le contenu de son combat et la certitude qu'il est juste et qu'il faut convaincre son interlocuteur (adversaire) du bien-fondé de sa revendication. La seconde, à travers des langages artistiques, est l'illustration par les personnes de qui elles sont dans leurs drames sociaux, cela étant montré à d'autres qui eux ne se montrent pas ».
Si pour l'équipe du Miroir, la revendication garde tout son sens dans le cadre de mouvements sociaux généraux et d'une lutte politique globale, sur le terrain du local il privilégie l'activation du lien social, le rééquilibrage des rapports de force par la communication et la compréhension de l'univers de l'autre, la médiation. « Nous essayons d'éviter le piège du manichéisme des bons et des mauvais. Les personnes avec lesquelles nous travaillons peuvent en parallèle de nos actions faire partie de groupes de revendication. Mais nous pensons que nous ne pouvons pas déontologiquement pratiquer les deux au sein de notre association. Nous ferions perdre de la force et du crédit à nos actions. Nous couperions les possibilités de mettre en relation des groupes et des personnes ayant au départ des souhaits et intérêts différents ».
Se méfier du déballage d'histoires sociales
Quant à la crainte du reality-show socioculturel, elle repose sur le déshabillage public que les langages artistiques pourraient produire. « Nous croyons que les langages artistiques permettent l'expression d'autres parties de soi, enfouies, inconnues qui grandissent, enrichissent, font évoluer. Les langages artistiques permettent de créer des symboles et des symboliques fortes qui transcendent le quotidien tant pour ceux qui créent que pour le spectateur… L'art est social s'il réussit cela. A une époque où les médias pratiquent en masse et comme une valeur le fait de piétiner la parole intime, le monde culturel et socioculturel doit se méfier de verser vers un déballage d'histoires sociales qui contribue, en plus petit, à la même chose. Aller pratiquer l'expression artistique et socioculturelle avec des personnes 'fragilisées' ne consiste pas à s'intéresser à un contenu, à un discours d'illustration et de revendication. Il s'agit d'aller pratiquer l'expression artistique et la création artistique ».
Pas de culture-musée du quotidien.
Rapport 2002. Extrait.
Les contenus véhiculés par les langages artistiques à propos du social, donc de l'organisation de la vie des gens, deviennent trop souvent des « produits » qui alimentent les marchés de la culture. Il y a inspiration de la vie d'un groupe social ou d'une problématique, puis vente et distribution de ces produits dans les réseaux classiques de la distribution culturelle.
Il nous semble qu'il manque trop souvent, pour les personnes concernées, l'étape de la réappropriation. Le rapport de force est alors inégal : il n'y a ni rencontre, ni échange, ni possibilité d'influence des uns et des autres. Trop souvent une catégorie se conforte et l'autre est utilisée.
La vraie rencontre entre les équipes socioculturelles et culturelles avec les personnes et les groupes qui ont inspiré les contenus, mais aussi avec les groupes sociaux qui viennent voir-consommer le propos et la forme artistiques, nous semble beaucoup trop rare. Cette rareté organisée en système est habile et fait en sorte qu'il n'y ait ni échange, ni développement du lien social, mais enrichissement culturel des uns sur le dos des autres. Lorsque la culture elle-même y participe, c'est d'autant plus regrettable.
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